Article paru dans Le Matricule des Anges
                               Numéro 1 de novembre 1992


Portraits de l’artiste en jeune fille

O
n sort d’un livre de Lalla Romano, comme d’un cinéma après la projection d’un film émouvant. On souhaiterait l’éternité pour la mélancolie qui nous submerge. La voix de cette romancière nous immerge au coeur de nos sentiments et il faut qu’elle se taise, la lecture achevée, pour se rendre compte de sa prégnance. Cette " capacité à parler à voix basse " qu’évoquait Eugenio Montale dans la préface à Ces petits Mots entre nous (Denoël), Lalla Romano la met au service d’une autobiographie toute en retenue. Des deux romans publiés aujourd’hui par La Différence, La Pénombre, écrit de 1962 à 1964, est certainement le plus réussi. Parce qu’il touche à la plus tendre enfance, Lalla Romano s’y livre à un étourdissant travail de mémoire, revivant son histoire dans cette Italie du début du siècle. Le récit se déploie dans l’émotion des êtres retrouvés, les silhouettes sortent de la pénombre de l’oubli. Lalla Romano va de visages en visages, de souvenirs en souvenirs, comme on franchit un torrent de pierres en pierres. Elle retrouve avec un bonheur inégalé, les réflexions de l’enfance. Toute la réussite vient de cette méticulosité à décrire ce qu’une petite fille peut penser des mystères du monde adulte. Une jeunesse inventée relate les années de formation intellectuelle que seul le mystère de l’amour perturbe.

La Pénombre
Lalla Romano

Editions de la Différence
237 pages 98 FF

Une Jeunesse inventée
Lalla Romano

Editions de la Différence
295 pages 98 FF

© Le Matricule des Anges et les rédacteurs

Accueil Le Matricule des Anges