Article paru dans Le Matricule des Anges
                               Numéro 1 de novembre 1992


Redonnet l’intrigante

Aujourd’hui n’est pas un jour comme un autre. C’est sûrement ce que Marie Redonnet a dû se dire en attaquant la rédaction de son cinquième roman, Candy Story. Les décors anémiés de son imagination, la langueur ouatée et dépersonnalisée de son monde, ont disparu, ou plutôt ont mué, laissant place à des lieux reconnaissables, traversés par des hommes et des femmes à l’état civil bien établi. Dans Candy Story, on tue même pour rien. Un carnage. Au revolver sans silencieux. Mais cela change-t-il quelque chose au fond? Cette histoire médiatico-policière où s’entremêle une multitude de personnages aux noms identiques se révèle bien être le symbole de ce désordre habituel dont semblent se nourrir avidement des protagonistes sans scrupules. Derrière ce tourbillon de civilisation, écrit comme un faux scénario, Marie Redonnet reprend le fil de ses hantises. Que reste-t-il de bon lorsque le poids de la nostalgie nous abandonne? Mia, la fille de Ma, raconte sa vie, ses doutes, ses souvenirs de Sise, ville de son enfance, son présent, partagé entre les tendres visites à sa vieille mère et la volonté d’écrire un second roman.
Marie Redonnet utilise à jamais cette langue qui semble fatiguée, à bout de souffle mais dont la concision, son incroyable régénérescence paraît capable d’ensevelir l’horrible sens du temps présent.

Philippe Savary


Candy Story
Marie Redonnet

P.O.L.
138 pages 79 FF

© Le Matricule des Anges et les rédacteurs

Accueil Le Matricule des Anges