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L'inceste de Christine Angot
Impressions de lecture

de Frédéric Vignale

29 octobre 1999

A qui l'Angot?

Il me faut bien l'avouer, ces derniers temps, je suis attiré par la littérature"scandaleuse", attiré également par le jeu médiatique du livre "élu" que, une fois ou deux par saison, on diabolise à l'extrême, par effet de mode ou de marketing.
La dernière fois, j'avais lu, aimé et défendu Michel Houellebecq pour"Les particules élémentaires", aujourd'hui par acquis de conscience, je viens de lire "l'Inceste" de Christine Angot publié chez Stock. Première impression : il doit y avoir des aficionados d'Angot, même si Angot est un pseudo et que lorsqu'on lit ce type d'autofiction, on préfère avoir le vrai nom de l'Auteure en première de couverture. Des aficionados, parce que ce livre semble être le produit sur-mesure pour fan moyen d'Angot, l'énième suite d'autres témoignages, je dis bien "témoignages" car il me semble que c'est le maître-mot de cette écriture-là.
Mais prenons les choses dans l'ordre; j'ai voulu lire Angot à cause ou grâce à quelques prestations télévisuelles de la nouvelle Reine Christine cathodique au petit bonheur la chance de mes zappings quotidiens. Mais le zapping a ses inconvénients, je n'avais retenu que deux choses, deux impressions vagues : Livre maudit et Tapage médiatique. De plus un côté purement "people" et règlements de compte showbizz semblait agrémenter la polémique au fil des semaines. J'étais donc piqué au vif. Le marketing est tout de mème bien fait!
Je ne lis pas la quatrième de couverture, cela me gâche trop souvent la lecture, je la lirai si je finis le livre. Je me contente de la couverture noire,"sobrissime luxe" qui doit certainement être motivé me dis-je en souriant. (Je ne me doutais pas à quel point.)
J'ai du mal à "rentrer" dans le livre. Le style déroutant impose un rythme de tous les diables (noirs!) et une participation active (trop ?) de la part du lecteur moyen que je suis. Mais c'est ce que Christine veut, je me laisse donc aller, après quelques pages d'égarement nécessaire et largement voulu par l'Auteure. Je suis finalement sans trop m'en rendre compte "dans" le livre et je parviens même à camper avec justesse quelques personnages, mais suis un peu gêné par l'omniprésence de la maladie leader de cette fin de siècle, c'est mon côté hypocondriaque, je préfère toujours le filigrane, le sous-entendu et le détour lorsque l'on évoque la maladie.
Bref, elle est là, en plus de tout le reste; (ce qui rend vite l'atmosphère un peu glauque et qui est également, je pense, une volonté motivée d'Angot) le mal-être, le refus de l'homosexualité puis sa fascination, le non-amour, l'incapacité à avoir du talent, les comportements compulsifs, la folie, la médiocrité et... l'inceste bien entendu, mais il faut bien dire qu'on l'attendait de pied ferme celui-là dès le titre du bouquin.
Tout à coup je m'interroge sur l'essence même de la littérature, question que ne m'étais pas posée à propos de Houellebecq. Mauvais signe me dis-je, en souffrance, pourtant j'admire le parti-pris idéologique d'Angot qui, c'est le moins qu'on puisse dire ne choisit pas la facilité. Autre question que vient aussitôt : quel est le lectorat d'Angot ? Difficile d'être fan d'Angot à long terme me dis-je, qu'en pensent les communautés homo et hétéro ? On sort de la littérature en tous cas. On glisse davantage vers le témoignage à tendance littéraire, parsemé un peu malhabilement de temps à autres de citations, d'extraits de poèmes comme pour se donner bonne conscience (je me rappelle mes dissertations de lycée et du travail littéraire un peu scolaire de mes jeunes années).
Malgré tout, je trouve le livre pudique et je ne porte aucun jugement moral (comment le pourrais-je d'ailleurs ?), bien plus pudique que l'on pourrait croire de prime abord.
Il ne s'agit en aucun cas d'un livre d'exhibitionniste, ni d'un livre graveleux, pornographique ou que sais-je encore, c'est un livre qui fait mal, c'est certain et surtout à son Auteure!
Nous lecteurs, nous sommes comme étrangers du drame ambiant, de la cassure de la félure, nous demeurons de l'autre côté de la frontière, nous assistons au déballage d'une vie étrange, inquiète à laquelle on demeure à distance tout en y étant fortement impliqué par un jeu pervers.
Mais on se doit d'admirer le courage du désespoir d'Angot, le courage qu'elle a de ne pas se tirer la balle (d'Angot!) qui la hante et la poursuit comme une malédiction.
Christine Angot met, en fait, en scène sa propre mort, la folie du quotidien, les mouvements convulsifs de l'amour et de la haine, la souffrance d'être autre et semblable à la fois. Un ètre "androgyne des sentiments". Ce face à face tumultueux est passionnant et déstabilisant, cruel et belliqueux. Tout est accentué par l'écriture d'Angot, tourbillonnante, haletante, par ces phrases insensées ou trop bien pensées. Car la question n'est pas d'être pour ou contre le livre d'Angot car son écriture n'est pas faite pour récolter tous les suffrages, il n'y a aucun pathos, ni démagogie. Son talent d'écriture n'est pas non plus corporatiste, ghettoïste ou encore réservée à une élite. Elle relance pourtant le débat sur l'essence même de la littérature et ce n'est déjà pas si mal!
Un livre singulier à ne pas mettre entre tous les yeux, tout de même.

Frédéric Vignale

Réponse du Matricule : On peut dire que vous êtes à la fois logique avec vous-même et illogique avec nous. Logique car ayant aimé le dernier Houellebecq, vous nous auriez surpris en aimant aussi le dernier Angot. Illogique car plus vous en parlez, plus vous semblez avoir été touché par L'Inceste.
Votre article fait penser à un ancien papier de Pierre Marcelle dans Libé où le bonhomme visiblement était parti dans l'idée de démolir Sujet Angot (si mon souvenir est bon) et finissait par avouer plus qu'un intérêt.
Toujours est-il que votre papier donne furieusement envie de lire L'Inceste.
Merci donc.

Lisez aussi l'article du Matricule sur l'Inceste

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