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Dominique Poncet : Les Pentes Fabuleuses
Impressions de lecture

de Jean-Paul Gavard-Perret

25 Jan 2000

L'impur

La narration permet à Dominique Poncet de passer vers un domaine bien différent de celui du fantasme, où la fiction, comme le récit, a toujours tendance à jouer en pure perte pour - justement - égarer le lecteur dans une feinte d'ébranlement : tout se réduit pour celui-ci à en avoir ou pas à branler. Pourtant et paradoxalement existe dans Les Pentes Fabuleuses cette envie (et plus) de réintroduire ce qui a trait au corps. Et ainsi par la relation psychologique (des profondeurs) mais aussi par un contenu d'une certaine manière social voire politique, le jeu-relation avec la réalité passée (jeunesse de l'auteur) met en mouvement non le fantasme d'une vie mais une prolifération de l'imaginaire.

On doit ajouter que l'utilisation du parcours narratif est à la base d'une création musicale tant s'imbrique deux lignes, deux narrations : celle relative à un trajet dans le passé et celle relative au développement, au déroulement du discours lui-même. Dès lors la chronologie à la fois remontée et démontée chantourne le fantasme et va raconter ces moments où l'exploration par l'écriture, de l'écriture évolue comme une nouvelle aventure. En conséquence il ne peut être question de retour en arrière même si "objectivement" il n'est question que de cela : mais cette mémorisation fait appel à plusieurs temporalités, et sous la ligne mélodique majeure apparaissent ainsi des secondes et des tierces et dès lors c'est d'un nouveau parcours qu'il s'agit.

Dominique Poncet introduit d'autres données que le souvenir (source du fantasme) à l'intérieur de ce parcours afin d'injecter en permanence le fétiche dans le fétiche et d'induire un sorte d'état d'éveil, d'écoute. Aussi, si des "choses" se sont passées aux "deux bouts de la nuit et aux deux bouts du jour", l'auteur ne s'intéresse plus à la tricherie - retournement du leurre passé par le présent. L'imagination qui présidait aux jeux de l'enfant exacerbe l'imagination présente de celui qui écrit et qui doit trouver des solutions afin que son récit ne tombe pas dans l'ornière, dans le creux de la commémoration.

Cependant et parce qu'il n'est pas attaché à une pureté (concept toujours bien vague au demeurant) Poncet est intéressé par son inverse : cette impureté de matière qui provoque des déséquilibres et des perturbations : ce sont elles qui bousculent la narration, une narration qui ne fait que les renverser encore plus par effet de retour ou plutôt d'avalanche. C'est pourquoi le texte devient, sinon un morceau de musique, du moins une sortes de variations musicales, une partition. Dès lors parler, comme Poncet, à la première personne ne revient plus à ne rien dire, à ne rien raconter. L'auteur ouvre par les trous dans la cuirasse d'un genre (le récit) à la perversion du souvenir et de la réalité, à la perversion comme expression de l'imaginaire afin de regarder par en-dessous de cette réalité revisitée, de cette réalité de l'enfance passée qu'on n'observe généralement que du dessus par myopie et défaut de mémoire.

Jean-Paul Gavard-Perret


Dominique Poncet, Les Pentes Fabuleuses, éditions Comp'Act, Chambéry

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