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Wilkie Collins Le Mystère Wilkie Collins Sandrine Sénéchal, mars 2000 " Il a introduit dans lespace romanesque les plus mystérieux des mystères :
ceux qui se cachent derrière nos propres portes" Cet éloge du grand Henry James
sadresse à un maître de lintrigue, Wilkie Collins, considéré
aujourdhui comme le précurseur de la "detective novel" anglaise.
Pour le lire .... La dame en blanc (The Woman in White ), trad. de l'anglais par L. Lenob,
Paris, Phebus, 1995, 554p. Pierre de lune (The Moonstone ), trad. de l'anglais par L. Lenob,
présenté par Charles Palliser, Paris, Phebus, 1995, 510p. Qui a tué Zebedee?, nouvelles, trad. de l'anglais par Alexandre Mehl, Toulouse,
Ed. Ombres, 1995, 183p. Sans nom (No Name ), trad. de l'anglais par ...mile Forgues, Paris,
Phebus, 1996, 829p. Armadale (Armadale ), trad. de l'anglais par E. Allouard, préf. de
Michel Le Bris, Paris, Phebus, 1996, 782p. Wilkie Collins, presenté par Francois Rivière, Paris, Librairie des
Champs-Elysées, 1996, 1436p.
soyez critiques!
Impressions de lecture de Sandrine Sénéchal
FRANCE
Sa carrière littéraire avait pourtant bien mal débuté. Après une enfance
solitaire marquée par lautorité étouffante de son père; le peintre paysagiste
William Collins; Wilkie Collins est fermement poussé vers une carrière juridique. A la
mort de ce père en 1847, le jeune écrivain, afin de pouvoir toucher sa part
dhéritage, est contraint par testament de rédiger la biographie hagiographique du
mort et de la publier à compte dauteur ... Son devoir accompli, il se tourne
résolument vers lécriture. De ses études de droit (tout de mÍme sanctionnées
par un titre davocat en 1851) il gardera le goût des grandes affaires criminelles
et des mécanismes de la procédure judiciaire; dune éducation tyrannique, des
troubles nerveux quil tentera dapaiser à forte dose de laudanum.
En 1855, il a intégré la revue Household Words animée par son beau-frère
Charles Dickens avec lequel il partage une passion commune pour le thé tre. Mais
jusquà cette date, ses tentatives littéraires nont connu quun succès
destime; quelques nouvelles et trois romans : "Antonia ou la chute de Rome" ,
"Basil" et "Monkton le Fou"; histoires damour, de haine et de vengeance
où transparaissent déjà ses qualités de narrateur.
Une nuit dété 1855, Wilkie Collins, son frère Charles et le peintre
préraphaélite J. E. Millais sont en promenade dans Londres. A la grille d'une grande
maison de Regent's Park, une jeune femme en blanc, très belle, les supplie de lui venir
en aide avant de disparaître. Fasciné Collins mène lenquÍte pour découvrir que
son apparition, Caroline Graves est séquestrée avec son bébé par un mari à demi-fou.
Il la délivre et devient son amant jusquà sa mort en 1889. Ce qui aurait pu rester
un fait divers romanesque inspire à Collins lintrigue de son premier chef
-doeuvre : "La Dame en Blanc" publié d'abord en feuilleton dans "All the Year
Round" de novembre 1859 à octobre 1860.
A linstar de Arthur Conan Doyle quelques années plus tard le succès de Wilkie
Collins ne naîtra pas de romans ; c'est par le biais de feuilletons écrits pour la
presse qu'il conquiert un large public,séduit par la "Sensation novel" .Ces récits,
publiés dans les journaux bon marché,oùle monde de l'amour et des beaux sentiments se
heurt au mal ,oùle surnaturel cÙtoie le crime le plus sanglant tout cela dans une
Angleterre contemporaine et terriblement. insulaire. Il faut dire que le thème du crime
est "à la mode". Il sous-tend la littérature et le thé tre de cette époque
victorienne qui fut selon les mots de Georges Orwell "notre grand ge du crime, sa
période élisabéthaine pour ainsi dire"
Mais, se détachant de linspiration "Gothic" chère à ses prédécesseurs,
Wilkie Collins place le réalisme au service du suspense. Ses romans ténébreux ont pour
décor une Angleterre familière à ses lecteurs. Celle du 19ème siècle, celle de la
bonne société victorienne et de ses hypocrisies mais aussi celle des nébuleuses
urbaines aux bas-fonds menaÁants . Il parsème ses intrigues, souvent inspirées de
crimes célèbres, dindices quotidiens : une jeune femme aperÁue dans l'ommnibus,
le méchant grand amateur de thé, les becs de gaz des voies sans issues ... A
lintérieur de récits imbriqués en poupées gigognes, il remet au goût du jour la
fonction narrative à la première personne. Le témoignage littéraire et
judiciaire. Un développement dramatique qui le placera comme un des initiateur du roman
moderne comme en témoigne FranÁois Rivière : "... Mais il y a d'abord la
construction remarquable de La Dame en blanc, sa structure qui nous ramène à la
fascination de l'auteur pour les procès et de l'astucieux profit qu'il fait de
l'enchaînement des témoignages... Collins monte sa fiction de faÁon cinématographique
avant la lettre, par souci à la fois de lisibilité et d'ambiguïté. L'intrigue... est
poussée à bout et enveloppée d'une thématique... engendrée... par la vie même de
l'auteur, en ses plus secrets fantasmes. La disposition mÍme du récit, amorcé par X.,
repris par Y., amendé par Z., mis comme entre parenthèses pour mieux assoiffer le
lecteur,... permet l'effet dont parle Borges: les protagonistes, qui ressemblent à des
témoins déposant à la barre, décrivent une action seulement visible pour nous en
pointillés, de loin, mais perÁue par des caractères qui faÁonnent et refaÁonnent sans
cesse la matière mÍme de la fiction."
Le public ne sy est pas trompé. De novembre 1859 à octobre 1860, le succès est
énorme, la foule sarrache chaque livraison, pressée de connaître le secret de la
"Dame en blanc." Des paris sont lancés. Lhystérie est telle que Wilkie
Collins , lui mÍme sen étonne "Les personnages, quels que soient les défauts
que la critique leur puisse d'ailleurs reprocher, --- avaient la bonne fortune de
produire, sur le grand nombre des lecteurs, la mÍme impression que de vivantes
réalités. Les deux " rÙles de femme ", par exemple " (Laura et miss Halcombe) ",
s'étaient faits de si chauds amis que, lorsqu'une crise du roman parut les menacer l'une
et l'autre de quelque sinistre aventure, je reçus plusieurs lettres écrites sur le ton
le plus sérieux, pour me supplier de " leur sauver la vie "! Les trois volumes de
l'édition en librairie publiés en novembre 1860, s'arracheront en quelques jours.
Désormais à labri du besoin, Collins abandonne All The Year Round, pour
se consacrer entièrement à lécriture. Les romans qui suivront (No Name
1862, Armadale ,1866 ...) confirmeront son talent de conteur jusquà la
parution de "The Moonstone" (La pierre de Lune) en 1868; chef
doeuvre de complexité et de subtilité psychologique inspiré de laffaire
Constance Kent, jeune fille 13 ans qui avait assassiné son frère en juin 1861. Délivré
en feuilleton, the Moonstone connaîtra un succès comparable à celui de "La Dame en
Blanc"; au point dit-on dinspirer fortement Charles Dickens pour son roman
inachevé The Mystery of Edwin Drood
Epuisé par ses crises nerveuses et par labus de laudanum, Wilkie Collins se
retire peu à peu de la scène publique pour terminer sa vie en reclus, rapidement
délaissé par une critique condescendante.
20 ans plus tard, Arthur Conan Doyle lui rendra indirectement hommage en nous racontant
les exploits d'un personnage typiquement "collinsien"; un détective bien sùr,
cocaïnomane, presque cynique mais surtout amoureux de la logique et de la vérité : un
certain Sherlock Holmes ...
Réunit, "La dame en blanc", trad. de "The woman in white" par L.
Lenoir; "Le secret", trad. de "The secret" par Old Nick (pseudonyme de
...mile Forgues); "Mari et femme", trad. de "Man and wife" par Charles
Bernard Derosne