Tout chô
 
 
 
Premières impressions.
Ça sort tout juste de chez l'imprimeur, ou plus exactement de notre boîte à lettres.
 

On en cause dans l'Actu web : la sortie du premier livre de LJH (pour Le Jeune Homme) a quelque chose d'encourageant. Jeune auteur comme son pseudo l'indique, mais auteur prolixe déjà puisque de nombreux textes de cet écrivain sont donnés en extraits sur son site.

Mais, puisqu'il est tout chaud, contentons-nous d'évoquer rapidement Perfection, avant d'y revenir en détail dans le prochain numéro du Matricule.

Roman ou récit, le livre se présente comme un recueil de quatre textes autour du Jeune Homme. Le titre pourra sembler péremptoire voire prétentieux, il l'est et chaque phrase du livre confirme ce qui devient dès lors une mode esthétique. LJH écrit fort et direct dans ces dialogues, noue une quantité maldorienne d'adjectifs, laisse la langue prendre tout l'espace, construit une matière narrative avec la foi incommensurable de qui croit plus en l'écrit qu'au réel.
Écrit de jeunesse par définition, Perfection dévoile une vraie voix où brillent quelques merveilles dont le ton et les rythmes évoquent une langueur lusitanienne.

Ça commence très fort :

"Misérable mère! Vous m'avez réveillé à 6h04 et que vous avais-je demandé?
- 6h00.
- Alors, Mère?"

Ça continue avec des encorbellements qui seraient des fautes de goûts si la poésie n'habitait pas, ne squattait pas -serait-on tenter de dire- chaque longue phrase :
"Au dehors brillent les villes et les feux comme de vieux joyaux vifs et stables comme la mer qui porte les navires d'où les naufragés partent s'endormir chez l'ami et saluent le jeune homme qui reste sans réponse, si cela a un sens c'est quelque part comme dans les lampes rouges et oranges ou aussi comme trouver sa place dans un lourd fauteuil brun juste pour la nuit conçu pour regarder les télés étrangères et, dans leur reflet, les gens se mouvoir et se perdre dans la neige des écrans d'un sommeil agité."

Encourageante cette publication, car elle démontre que la singularité en littérature est chose possible et qu'elle ne se sépare pas de la tradition (ici Lautrémont bien sûr). Encourageante aussi parce que une suite est déjà écrite à ce livre. Reste à lui trouver des lecteurs.

Perfection L'Amourier (51 pages, 58 FF)


Paru récemment aussi le nouveau roman de Patrick Deville,
Ces Deux-là (Minuit) est une plongée assez fascinante dans un univers à la Volodine (celui du Nom des singes) et à la Brazil tout à la fois. Un couple fuit la World Lovelies qui régente le monde. Un autre couple navigue en voilier en composant des tangos qui sonnent comme des fados. Un ancien mercenaire, fine lame de la World Lovelies, hérite de son père officier de marine une petite fortune et rencontre celle qu'il pense devenir la femme de sa vie. Tout ce petit monde va se retrouver dans un port poisseux des Caraïbes ou des tropiques, plus propice au naufrage qu'aux départs. Deville est un sacré raconteur d'histoire. On vous en causera dans le prochain numéro du Matricule.

Ces Deux-là (Minuit, 78 FF)

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