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On nécrit jamais pour le plus grand nombre Thierry Guichard Votre premier livre, Tout contre Léo, a défrayé la chronique car il abordait la question du sida. Quel était votre objectif ? Parler aux enfants de cette maladie-là ? Provoquer ? Montrer quil ny a pas de sujets tabous dans la littérature jeunesse ? Christophe Honoré À lépoque, je ne savais pas trop ce quétait la littérature jeunesse, je ne savais pas sil y avait des sujets tabous ou pas. La vraie question au départ, cétait écrire un livre, oser lécrire et surtout, oser réclamer le droit dêtre lu. Je savais que mon premier livre évoquerait le deuil suite à cette maladie-là, cest ce qui ma donné envie de me mettre à écrire. Ce nétait pas pour traiter un fait de société, cétait beaucoup plus intime que cela. Je vis à lépoque actuelle et le cours de ma vie fait que ce sujet-là me touche, mais ce nest en aucun cas " comment vais-je mintroduire en littérature jeunesse ? bon alors il y a eu linceste, il ny a pas eu le sida, je prends ce thème-là ". Dune part, je ne savais pas du tout quil y avait aussi peu de livres jeunesse, où des personnages étaient atteints du sida, dautre part je ne pense pas du tout que ce soit un livre qui traite du sida, en tous les cas de la manière dont on pourrait sattendre à ce quun livre traite dun sujet de société. Je nai jamais traité daucun sujet de société dans aucun de mes livres. Thierry Guichard Mais alors, pourquoi pour enfants ? Quand vous lavez écrit vous aviez vingt-cinq ans, vous auriez pu écrire cette histoire-là pour des adultes.Christophe Honoré Javais cette histoire, je voulais dire à quelquun qui était en train de mourir de cette maladie-là que je narrivais pas à laider on nécrit jamais pour le plus grand nombre, moi je ny crois pas, jai écrit pour une ou deux personnes à chaque fois, après il y a dautres gens qui lisent et tant mieux et cette personne-là je voulais lui dire ça, que jétais là. Ensuite sest posée la question du narrateur : je voulais parler à la première personne, jaurais très bien pu écrire un livre pour adultes. Mais à partir du moment où jai voulu que cela se déroule au sein dune famille, je me suis dit, pourquoi ne pas raconter du point de vue du petit frère ; et comme il a dix ans, pourquoi ne pas faire en sorte que des enfants de dix ans puissent lire le livre ? Voilà, je nai jamais eu la volonté décrire pour la jeunesse, ça na jamais été un projet défini à lavance ; maintenant, après coup, je suis très content davoir débuté en littérature avec des livres jeunesse car cest à mon avis une bonne école pour devenir écrivain. Jai envoyé mon manuscrit à LÉcole des loisirs qui la accepté. Si cela navait pas fonctionné ainsi, je pense que je naurais jamais essayé de nouveau décrire un livre pour enfants. Je connais des écrivains pour adultes qui disent " les livres pour enfants, cest vraiment tellement à part " etc., je ny crois pas, ce nest pas à part, ce nest pas vrai, cela dépend de ce que lon veut faire en livres pour enfants, mais cest exactement la même chose décrire un livre pour enfants que décrire un livre pour adultes, en tant quécrivain du moins, cest exactement le même travail. Thierry Guichard Dans votre trilogie (Tout contre Léo, LAffaire Ptit Marcel et Mon cur bouleversé), on se rend compte que le personnage de Marcel na pas toujours le même âge et que vous linvestissez pourtant dune manière très forte ; cela ne semble pas être quelque chose dextérieur, que vous auriez créé. Donc, lorsque vous dites que cest la même façon de travailler pour adultes que pour la jeunesse, cela veut dire que le personnage de Ptit Marcel a la même utilité pour vous, écrivain, quun personnage adulte, vous linvestissez de la même manière ?Thierry Guichard Quand vous dites que cest un crayon, cest tout de même un personnage qui vit en Bretagne, qui revendique la Bretagne, on a vu que vous la revendiquiez également (Bretonneries, éditions Thierry Magnier), on a limpression, tout de même, quil peut y avoir des passerelles entre ce crayon et vous.Thierry Guichard Ce que vous venez de dire va nous permettre dentrer un peu plus dans la fonction de lécriture, de la littérature et de leur évolution. Si on prend lordre chronologique dans LAffaire Ptit Marcel, un événement important va enclencher laction : Mémère, la grand-mère de la famille, lors dun repas, fume clope sur clope ; Ptit Marcel qui est à table lui fait une remarque : " tu vas mourir du cancer ". Elle lui répond " le jour où tu ne me verras plus avec une clope au bec, je serai morte ", elle écrase alors sa cigarette et meurt. Évidemment cest une blague que fait la grand-mère, mais ce qui est important, cest que dans ce roman-là, au langage correspond la réalité. Dans Tout contre Léo, le langage va avoir une autre fonction ; comme vous le disiez tout à lheure, ce nest pas un livre sur le sida, mais sur la responsabilité qui nest pas prise dans la famille pour gérer un drame annoncé. Ptit Marcel découvre en effet par hasard, et sans que ses parents le sachent, lors dune discussion entre le reste de la famille, que Léo a le sida et quil va en mourir. Le premier réflexe du père : " il ne faut rien dire à Ptit Marcel ". Tout le livre va jouer sur ce vide, sur le fait que Ptit Marcel sait, mais est censé ne pas savoir ce que les autres savent ; un drame va arriver et tout le monde doit faire comme si de rien nétait. Il y a alors une scène que je trouve admirable ; lors dun repas, tout le monde se tait alors que dhabitude cest plutôt vivant et Ptit Marcel se met à raconter une blague une blague quil ne se serait pas permis en temps normal mais là, non seulement cest permis, mais tout le monde rigole, et tout le monde attend quil continue, quil continue À ce moment-là on comprend que le langage est faux.Je finis ma longue question, dont je nai pas encore le point dinterrogation, avec le dernier livre, Mon cur bouleversé, où on va voir apparaître cinq ans après le deuil de Léo lécriture de Marcel et comment cette écriture va se substituer au réel, ou comment cette écriture va permettre de prendre le réel en charge. Quand vous dites que vous avez eu un deuil dans votre famille, est-ce que cette écriture vous permet je ne vais pas vous comparer à Proust, mais le mot est lâché de reconstituer le passé, la réalité des choses à travers lécriture ? Si on continue dexplorer cette évolution dans Mon cur bouleversé qui est plus libre, moins démonstratif, Marcel passe au stade où il essaie de raconter sa propre vérité en écrivant des poèmes. Il se rend compte quil ny arrive pas, quil y a un abîme entre la vérité quil ressent et celle quil arrive à écrire et à partager avec dautres gens. Même quand Cécile lit les poèmes, cest un malentendu. Il se rend compte que ce quil écrit est forcément un malentendu. Il y a donc un cheminement ; dans les trois livres, ce nest pas le même rapport à la vérité. Je pense que la vérité, dans un livre, est constitutive de lécriture, cest-à-dire quelle nexiste jamais avant. Il me semble que le vrai danger dans le livre pour enfant cest lorsque les écrivains font comme si la vérité existait avant leur écriture. Thierry Guichard Cest-à-dire que la langue serait un instrument pour décrire la vérité ?Thierry Guichard - Ce que vous dites rejoint la notion déthique : " moi, adulte, écrivant, je ne détiens pas la vérité et je dois faire abstraction de ce que je pense être la réalité pour la chercher dans lécriture ". Mais lorsque vous écrivez, vous interdisez-vous décrire certaines choses non pas en fonction dun lectorat mais en fonction de Ptit Marcel, en fonction du personnage ?Thierry Guichard Avec Yvan notamment ?Thierry Guichard Beaucoup dangoisses sexpriment à travers Anton ou Ptit Marcel. Souvent les enfants sévanouissent, car il y a une émotion trop forte à un moment donné. Langoisse, dans Tout contre Léo, cest " est-ce que Léo est pédé ? Non je ne peux pas le croire ! " Et la deuxième angoisse cest " est-ce que je ne suis pas lâche parce que je nen parle pas ? ". ça fonctionne beaucoup sur une sorte dexploration par lenfant dun univers qui est encore dans le noir, dont il ne sait rien. Est-ce que cest par-là que vous atteignez léthique, est-ce quà ce moment-là, lorsque vous vous mettez à écrire, vous ne savez rien non plus ?Thierry Guichard On na pas entendu ça, hier, je vous rassure, à propos des séries : il fallait au contraire quon comprenne tout et quon soit dans des pantoufles, alorsCe nest pas parce quon écrit pour enfants quil faut écrire sur ce quon comprend. La lecture construit la relation au lecteur. Ne comprenant pas exactement sur quoi jécris et investissant fortement des narrateurs à la première personne, nous tombons dans le domaine de leffroi. Vous dites que mes personnages sont souvent angoissés, mais ce nest pas une angoisse morbide Thierry Guichard Ce nest pas Chair de Poule Thierry Guichard Après léthique, je voudrais explorer un deuxième terme, celui de justesse, de limage juste. Dans Mon cur bouleversé, le Ptit Marcel ou Marcello - on lappelle Marcello depuis quil est parti en Italie, cest aussi intéressant de voir quil change de nom à partir du moment où le langage ne peut plus dire la réalité - revient dune pièce de théâtre en bus avec toute la classe et en passant devant un hôtel, il voit sa mère avec un homme quelle embrasse. Ce quil voit de cette image-là, comme un effet de zoom cest que la mère se met sur la pointe des pieds pour lembrasser, ce qui la rend responsable et coupable daimer quelquun dautre. Si elle sétait fait embrasser, elle aurait été victime, et on imagine que Marcel aurait pu sinventer toute une histoire, mais ce geste suffit à bouleverser complètement sa perception de la famille, de sa mère, etc. Jai limpression que vous traquez ce genre dimages dans vos romans.Thierry Guichard Il paraîtrait que votre nom est inscrit sur des listes de livres interdits, que vous êtes quelquun de " pas bien ". Est-ce parce que dans Zéro de lecture vous incitez à ne pas lire, que dans Je ne suis pas une fille à papa vous parlez dhomosexualité féminine, que vous parlez dhomosexualité dans Mon cur bouleversé, que vous parlez du sida En tout cas vous seriez plutôt du côté du mal, on va dire ça comme ça. Si on accepte la notion de bien et de mal, on se rend compte en vous lisant queffectivement il y a des actes de Ptit Marcel qui sont mauvais. Dans Tout contre Léo, Ptit Marcel, non seulement détruit les vitres dune médiathèque toute neuve, mais incite son compagnon Yvan à être complice de ce geste-là. Dans Mon cur bouleversé, il déchire des morceaux de la tapisserie de la salle de bains, il se branle dès la deuxième page, ce nest pas bien de se branlerChristophe Honoré Je ne crois pas que ce ne soit pas bien de le faire, ce nest surtout pas bien de le dire ! Je pensais que ces interdits nexistaient pas en littérature adulte et je me suis aperçu à mes dépens que cétait la même chose : il y a des choses quon nécrit pas. Je ne crois pas que ce soit ces sujets-là qui dérangent, ce qui dérange dans mes livres, ce nest pas lhomosexualité, ce nest pas le sida, ce nest pas les familles éclatées, ou quon casse des vitres de médiathèques. Non, ce qui dérange cest que je parle à la première personne. Cest que jai cette volonté-là, de ne pas me cacher derrière mes livres et dêtre au contraire complètement à découvert, même dans les livres pour enfants. Ce qui dérange, ce nest pas lhomosexualité de Léo dans Tout contre Léo, cest que puisse transparaître ce que je suis à travers ce livre. Thierry Guichard Vous êtes quelquun de pas bien en réalité ?Christophe Honoré Mais oui, sûrement, déjà le fait que je sois homosexuel, je ne suis pas sûr quon ne se dise pas quun écrivain homosexuel nest pas dangereux pour les enfants, il ne faut pas faire de la paranoïa, mais Thierry Guichard Cest vrai, on le dit je ne dis pas que cest vrai que cest dangereux, rassurez-vous mais on le dit, on le lit mêmeChristophe Honoré Cest pour cela que certains de mes livres sont sur des " listes rouges " et vu ce que jécris pour adultes, cela ne va pas sarranger. Donc ce ne sont pas les thèmes abordés qui dérangent, parce que je suis sûr que raconté autrement, on trouverait ça très bien, on dirait " Ah ! oui, cest important de pouvoir parler de ça aux enfants ". Ce qui dérange, cest la première personne. Quand je dis la première personne, ce nest pas le fait que je fasse parler mes narrateurs à la première personne, mais cest lidée que même si ce sont de réelles fictions, avec des personnages, avec une intrigue, que cette intrigue est élaborée jaime beaucoup les récits très élaborés je ne mefface jamais dans mes livres. Cest ce que ressent ladulte de manière très agressive dans certains de mes livres et qui fait quil a du mal à se dire que pour un enfant ce nest pas dangereux. Pour avoir " navigué " dans des classes, à voir le contact qui peut sélaborer rapidement avec les enfants, ils ont limpression quon leur a raconté une histoire mais quils connaissent un peu de la vie de cette personne qui leur a raconté lhistoire. Thierry Guichard De lintime est passé ?Christophe Honoré De lintime est passé. Pour la littérature adulte, cela semble évident que lécrivain ne raconte pas comme ça de nulle part une histoire alors quen littérature jeunesse, on voudrait que lécrivain soit comme un esprit qui raconterait une histoire qui viendrait don ne sait trop où ! En lisant mes livres, on sait très bien doù elles viennent, elles viennent de ma vie ou de la vie des gens qui me sont proches et lobservation que jai pu avoir de cette vie-là ; elle ne vient pas dailleurs, elle ne vient pas dun imaginaire incroyablement développé, je nai aucune imagination Thierry Guichard Ce quon remarque tout de même dans ces actions qui seraient de lordre du mal chez Ptit Marcel, cest quelles répondent à un silence, à un refus de la parole de la part de tout le reste de la société et notamment de la famille. Cest parce quil ne peut pas parler de Léo et de la maladie de Léo quil casse les vitres de la médiathèque, et cest parce quil ne peut pas parler de la décrépitude de sa famille, quil déchire chaque jour un peu de la tapisserie de la salle de bains. Le mal surgit de ce silence.Christophe Honoré Oui, nous revenons aux images justes : cétait pour éviter davoir un chapitre où Ptit Marcel dit " je suis très en colère contre tout le monde et vraiment cette colère je narrive pas à lexprimer ". Cest plus intéressant de montrer un comportement plutôt quune psychologie. Lidée quil arrache la tapisserie de la salle de bains sest glissée au coin de la page, ce nest pas du tout une phrase clignotante, il ny a pas deffet sur ce passage-là. Thierry Guichard Oui, ce nest pas au centre du livre.Christophe Honoré Mais cest un indice qui dit beaucoup plus quune vraie scène. Après, savoir si cest " le mal " ! Surtout mes personnages ne sont pas des héros. Dans Tout contre Léo, au moment où il retourne à Paris avec son frère, alors que tout va bien, non plutôt que tout va mal mais cest le retour du frère, cest leur dernier moment ensemble, Ptit Marcel saccage tout. En tant que jeune lecteur on est très frustré car Marcel ne sait pas quoi faire de ce moment de retrouvailles à Paris. Il ne se passe rien, ils vont de banc en banc, ils se retrouvent bloqués la nuit parce quils ont oublié le code de lhôtel et le lendemain Marcel sen va sans dire au revoir. Il est décevant, Marcel, cest ce qui est intéressant, car cela vient raisonner à lintérieur du jeune lecteur, jespère Thierry Guichard Il nest pas idéalisé en tout cas.Christophe Honoré Pas du tout. Dans Mon cur bouleversé il écrit des poèmes ; jaurais pu écrire des poèmes en faisant en sorte que ce soit réussi, histoire de dire " il est fort ce Marcel, vous avez vu cest un vrai poète ". Mais non, jai même poussé jallais dire le vice, mais ce nest pas le vice jusquà reprendre mes poèmes écrits quand javais quatorze ans et ils étaient nuls ces poèmes ! Thierry Guichard Mais votre lâcheté fait que vous les mettez sous le nom de Ptit Marcel et non pas du grand ChristopheChristophe Honoré Oui, en même temps je les assume et je me doute que certains lecteurs adultes vont dire " eh bien ! dis donc, pour des poèmes, il ne sest pas foulé, il nest pas doué ! ". Mais à quatorze ans on nest pas forcément Rimbaud, quoi ! et effectivement on peut écrire des choses aussi creuses que ce qua écrit Marcel dans Mon cur bouleversé. Mais on parlait déthique tout à lheure, elle est là à un moment enfin léthique, léthique de lécrivain on pourrait jouer aussi à lécrivain et faire un très joli poème et que le lecteur se dise " ah ! en plus, il y a de la poésie dans ce livre, cest beau ". Sauf que non, ce nest pas de ça dont on parle, il faut donc avoir lhonnêteté de ne pas faire ça. Thierry Guichard On va rester dans léthique parce que je crois que cest quand même quelque chose dessentiel dans votre uvre et je voudrais évoquer votre dernier roman pour adultes enfin dernier en cours, on espère quil y en aura dautres La Douceur. Au centre de La Douceur il y a quelque chose qui est de lordre de lhorreur et de lindicible. Un crime a été commis, on va le découvrir et le lire aux alentours de la page 104. Le roman commence par larrestation de deux enfants les criminels par les gendarmes ; ce premier chapitre consiste à ne surtout pas évoquer ce qui vient de se passer. On vérifie la propreté des tables, on repère la saleté dun aquarium, on regarde les verres, on essaie de trouver du cidre, etc. La société, le corps social, lautorité cest-à-dire les gendarmes et la directrice de la colonie de vacances essaient dévacuer non pas le crime lui-même mais la simple évocation du crime. Vous précisez cependant que les gendarmes ont classé cette affaire comme " crime horrible ", un adjectif qui ne veut pas dire grand-chose pour essayer dévacuer. En tant que romancier, vous allez dabord nous faire accepter daller jusquà la lecture de cette chose que la société ne veut pas dire et non seulement vous allez nous faire aller jusquà ces pages, douloureuses à lire, mais vous allez au-delà, cest-à-dire que vous allez nous apprendre à les digérer ; puis on va suivre lévolution des personnages qui ont vécu ce drame. On rejoint alors vos livres pour la jeunesse, Tout contre Léo ou Mon cur bouleversé, où il y a le drame du deuil que Ptit Marcel na pas le droit de vivre et ne pouvant pas le vivre, il se met à écrire pour essayer de le reconstituer.Alors léthique dans tout ça, cest peut-être cette fonction civique et même politique de lécrivain renonçant à mettre le mot " mal " sur un mal, mais lexplorant pour y trouver de la douceur. Avez-vous effectivement cet objectif ? Écrivez-vous de la même façon un roman adulte quun roman jeunesse ? Christophe Honoré Je crois profondément au récit et à lidée quun roman cest, entre autres, loccasion damener le lecteur à se représenter quelque chose quil ne veut pas se représenter. Cest quelque chose qui est impossible à faire dans la réalité, on ne peut pas rêver à votre place.Thierry Guichard Par contre on peut essayer de faire en sorte que tout le monde ait le même rêve ce qui est quand même le but de quelques entreprises capitalistes. Christophe Honoré Oui, mais ce sont des rêves matériels ; je parlais de ce que vous rêvez profondément : je ne peux pas le rêver et je ne peux pas vous le faire rêver non plus. Je crois que ce qui est intéressant dans les livres, mais ce qui est à la fois dangereux, cest lidée, non pas de faire en sorte damener le lecteur à rêver quelque chose quil na pas envie de rêver ce serait une démarche totalitaire mais lidée de jouer avec cela, que ce nest jamais anodin, innocent, de dire à quelquun " je vais vous raconter une histoire, écoutez-moi ". Je pense avoir été toujours très prudent, justement, par rapport à ça. Même si parfois je malmène un peu le jeune lecteur, par exemple en utilisant des gros mots dans mes livres pour enfants ce que lon ma reproché car il ny en a pas dans mes livres pour adultes. Ce nest pas un effet de réel, mais au contraire un effet de distanciation, ça " réveille " le lecteur. Cela peut lui plaire un peu, parce que cest aussi une façon de le draguer, mais je pense que je les utilise dans des moments où le lecteur ne peut être flatté.Est-ce " politique " de prendre en compte le lecteur ? Il est vrai quhormis lanecdote, Tout contre Léo, Mon cur bouleversé, La Douceur ou même LInfamille ont le même trajet : une personne à qui on fait croire que ce qui sest passé ne sest pas passé puisquil na pas le droit de le raconter et qui a malgré tout une espèce dinstinct, de survie ce nest pas le bon mot pour raconter. En racontant, que ce soit vrai ou faux, on est vivant : cest la question centrale de la littérature. Donc écrire un livre pour enfants ou un livre pour adultes revient au même. Ce nest pas que ce soit les mêmes thèmes, mais cest la même écriture, la même démarche. En revanche autant je ne suis pas du tout prudent en livres pour adultes je vais peut-être apprendre à lêtre autant, en livres pour enfants, je le suis. Thierry Guichard Vous avez dit que lécriture, ou plutôt la position de lécrivain, pouvait être dangereuse et je voulais vous proposer linjonction du marquis de Sade, qui dans La Philosophie dans le boudoir disait " À quelque point quen frémissent les hommes, la philosophie doit tout dire ". Si on remplaçait le mot philosophie par celui de littérature, seriez-vous daccord avec cette phrase-là ?Christophe Honoré Oui. Thierry Guichard Voilà, cest rédhibitoire, vous êtes daccord avec le marquis de Sade !Christophe Honoré Mais évidemment, il faut tout dire, ensuite il ne faut pas tout dire nimporte comment, cest clair ! Quoiquen littérature adulte si, mais en littérature enfant, et cest ce qui est intéressant, on ne peut pas dire nimporte comment. Et puis quitte à tout dire, autant essayer de dire ce qui nest pas Thierry Guichard Mais ce qui est intéressant, aussi, cest " À quelque point quen frémissent les hommes ", est-ce que vous avez, quand vous écrivez, lenvie que là où vous nous emmenez, on en frémisse un peu quand même, que ce soit lenfant ou que ce soit ladulte.Christophe Honoré Oui, que ça fasse peur, enfin pas peur du coup je vais dire que je suis un écrivain dérangeant que ça inquiète, ce nest pas non plus le mot, mais que ça réveille. Dans La Douceur, par exemple, toute la question est la sexualité enfantine et cest Sade justement qui disait, je crois " je ne suis jamais aussi barbare que ", allez, on va y aller Thierry Guichard Il serait temps...Christophe Honoré " je ne suis jamais aussi barbare que quand je bande " et je pense queffectivement les enfants ne sont jamais aussi barbares que quand ils bandent. On admet très bien la cruauté des enfants, on admet également très bien que ce sont des êtres sexués, ce sont des lieux communs sauf que jamais on ne lincarne dans des récits. En littérature adulte, cest intéressant de travailler avec la mémoire du lecteur et le projet est de représenter ce quil ne veut pas se représenter, dessayer de faire en sorte quil noublie pas ce quil a vécu cest peut-être un peu naïf En littérature pour enfant, on ne joue pas avec la mémoire des jeunes lecteurs car ils nont pas cette lucidité. Jai un peu essayé de le faire dans Je joue très bien tout seul, un livre écrit avant La Douceur, qui est vraiment le reflet en littérature enfant de ce livre adulte mais je joue avec le hors champ ou lellipse ; alors quen littérature adulte, le hors champ serait vraiment obscène. Il fallait que je raconte cette scène dans les détails, ce rituel. En littérature adulte, on se dit quon est écrivain et que cet indicible, il faut bien essayer dy mettre des mots, sans forcément dire quon comprend Thierry Guichard Alors si jai appelé Sade pour le réquisitoire, je vais peut-être appeler Michel Leiris pour la défense. Sil faut vraiment tout dire et quelque soit le point où frémissent les hommes, la tendance opposée, je la retrouverais dans une phrase de Leiris qui disait " on croit être élevé, on est colonisé ". Cest un peu contre ça que vous vous battez, en tant quécrivain, et notamment écrivain pour la jeunesse ?Christophe Honoré Oui, cest un beau combat. Pour moi, malheureusement cest un combat où en littérature je ne me sens plus vraiment de forces mais oui, la colonisation des esprits par les livres, enfin des esprits enfants, est quelque chose dassez , je ne sais pas en même temps, je ne suis pas sûr quen littérature jeunesse ce soit possible de mener ce combat-là sans être idéologue, vous voyez ce que je veux dire ? Thierry Guichard Vous menez ce combat en écrivant sur lintime. Vous avez annoncé que vous alliez arrêter décrire pour la jeunesse lan prochain, soit à trente ans. Je me demandais si finalement pour vous, léthique, la justesse et lefficacité de ce que vous écrivez, ne venaient pas, comme disait Rimbaud, de lacte de faire le deuil de cette impossibilité de lidylle. Chez vous ce serait votre propre enfance : le deuil étant fait vous navez plus la possibilité de continuer dans ce registre ?Christophe Honoré Arrêter décrire pour la jeunesse à trente ans ne signifie pas quon nest pas capable décrire des livres pour enfants après trente ans, mais cest que je nai plus de livres à écrire autour de ce deuil. Effectivement, la famille est un souvenir denfance et travailler autour de mon enfance signifiait travailler autour de la famille. Dailleurs dans Mon cur bouleversé, Marcel est devenu un personnage de livre adulte, un narrateur de livre adulte de par sa liberté et sa manière de raconter les choses. Je nai pas écrit pour la jeunesse pour écrire pour la jeunesse : les livres jeunesse mont permis de parler de ce qui me tenait vraiment à cur ; cétait à la fois une contrainte et une formation. Maintenant, je ne pense pas en avoir fait le tour, mais je ne veux pas exploiter un filon, je ne suis pas vertueux pour autant, je pourrais le faire et gagner un petit peu dargent car malgré tout cest plus facile de gagner un peu dargent en littérature jeunesse quadulte ; dernièrement, une maison dédition ma proposé décrire un livre sur une histoire de vétérinaire, dans le registre frisson ou humour, mais pas policier car ils en avaient déjà une ce coup de fil a été un déclic, je nai même pas compris quon puisse me le demander ! De plus je nai pas de plaisir décriture, je pourrais le faire en tant quexercice, tout simplement, une contrainte comme ça, détourner un peu la contrainte, réussir à mettre tout de même de lintime etc., et en même temps je nai pas suffisamment de plaisir ludique décriture pour le faire, mon rapport à lécriture est dans un rapport moins joyeux, Thierry Guichard Dans les livres jeunesse que vous avez écrits, on la dit, vos personnages Ptit Marcel ou Anton, sont très proches de vous mais dans Je ne suis pas une fille à papa, il est question dune petite fille qui a deux mamans ; elles lui ont promis de lui révéler à lâge de raison cest un terme intéressant laquelle est sa mère naturelle. Est-ce que ce récit-là est un récit que vous mettez au même registre que les autres et est-ce que vous vous êtes mis dans la peau de cette petite fille-là de la même manière que vous vous êtes mis dans la peau de Ptit Marcel ?Christophe Honoré Non, Thierry Magnier, léditeur de ce livre, va hurler, mais jai deux livres un peu satellites qui sont Une toute petite histoire damour et ce livre-là, Je ne suis pas une fille à papa. Ce sont des livres moins proches de moi, en fait Je ne suis pas une fille à papa est un livre que jai écrit tout de suite après Tout contre Léo, mais il a eu des problèmes dédition et est paru bien après, soit lannée dernière. Cest un livre que jaime bien pour son côté cinéma, comédie musicale, cest un conte, le seul que jai écrit, mais il a un côté, pas militant, car je ne pense pas quil soit militant, mais un peu idéologue. Je ne suis pas sûr, justement, quau niveau du point de vue, il soit toujours juste. Thierry Guichard Si ce nest quand vous évoquez le cinéma, peut-être.Christophe Honoré Voilà, il a une justesse de point de vue dans les rapports de cette petite fille avec ses mamans, et dans cette idée que cest une famille malgré tout, mais cest une démonstration, ce livre, cest lidée quune petite fille peut être heureuse avec ses deux mamans, enfin il y avait cette idée-là, il y avait cette vérité-là au départ. Et cest pour ça que je ne le renie pas ce livre, il me semble quil mest moins essentiel que dautres livres parce que pour le coup, je comprenais ce que jécrivais, vous voyez ce que je veux dire On peut dire que cest un livre qui a un côté fait de société même sil nest pas du tout provocateur car il est très mignon, mais il est un peu à part. Pour Une toute petite histoire damour, cest un peu plus complexe, à lorigine cétait une commande de Je bouquine de Bayard que jai acceptée. Cétait un peu après Tout contre Léo, ils avaient beaucoup aimé ce livre, savaient que jétais critique de cinéma et mont demandé décrire un récit autour du cinéma. Je me suis dit " après tout, pourquoi pas, écrire avec une contrainte ". Jai situé le récit dans le quartier où jhabitais à lépoque, autour du canal Saint-Martin, jai choisi une famille dont la mère est morte, monoparentale, donc cela restait proche de moi Mais malgré tout je savais que jécrivais pour Je bouquine je ne suis pas en train de dire du mal de Je bouquine et je me disais en gros " calme-toi, si tu acceptes de le faire, il faut avoir lhonnêteté et la loyauté dy aller et de le faire pour quils lacceptent " mais finalement ils ne lont pas accepté. Thierry Guichard Donc vous dites tout de même du mal de Je bouquine !Christophe Honoré Non, ils avaient tout à fait le droit de ne pas accepter ce texte. À lépoque javais cette naïveté-là, je pensais être un écrivain pour enfants comme les autres, mais je ne suis pas capable et je nai pas de plaisir à répondre à une commande. Le héros du livre, qui a une dizaine dannées, rencontre une fille qui tombe amoureuse de lui parce quil lui dit que son père est acteur de cinéma et qui se sert de lui pour draguer son père. Il commence à être jaloux de son père, alors quau début du livre il en avait honte : ce rapport de honte et de jalousie quun fils peut avoir avec son père était quelque chose qui métait très proche. Mais il est mal foutu ce livre ! On commence à Paris, il y a un côté Doisneau, un peu Zola, le père au chômage, un peu alcoolique, le fils va laider à sen sortir, il passe un casting, bref le conte de fée, mais arrive cette fille et en tant quécrivain, je ladore, cest clair, au moment où elle arrive, je me dis " enfin ! " elle vampirise tout le dernier tiers du livre. Il y a deux-trois scènes que jaime vraiment beaucoup dans ce livre où elle prend le récit et soudain, cest clair que je ne suis plus du tout dans lhistoire que jai annoncée, cest pour ça que je dis quil est très mal foutu, moi qui suis dans des récits assez élaborés, là cest complètement déséquilibré ; puis je me rends compte quil faut finir et je dis, allez hop, elle part, ils se retrouvent à Cannes. Et cest fini et comme cest formidable ! Quand je disais tout à lheure que chaque livre est un documentaire sur lécriture, sur la façon dont lécrivain la écrit. Ce livre est un échec au niveau littéraire.
Débat avec la salle
Intervention de la salle Je voulais vous remercier pour La Douceur qui me paraît un livre vraiment important. Vous avez employé à plusieurs reprises le terme " je vais être prudent ", cest un terme qui fait peur dans la bouche dun écrivain, alors est-ce que vous pourriez dire un petit peu de quel type de prudence vous voulez parler ? Christophe Honoré Jai tendance à dire trop vite, que la littérature jeunesse et la littérature adulte cest la même chose. Or la prudence cest justement ce qui différencie un peu, ce que jécris en jeunesse de ce que jécris en littérature adulte. En littérature adulte, mon mot dordre cest dêtre imprudent ; en jeunesse cest malgré tout dêtre prudent.Thierry Guichard Oui, vous lavez dit notamment en parlant de la réception de La Douceur : " maintenant je vais être plus prudent ". Cest la méthode Coué, ça ! Christophe Honoré En littérature jeunesse, on na jamais de retour, ni en bien, ni en mal ; et encore jai eu la chance davoir quelques articles sur Tout contre Léo et de temps en temps, des fois, on a des professionnels de léducation en gros des instits, des profs ou des bibliothécaires avec lesquels on peut en parler un peu. Donc on est peu exposé en tant quindividu, alors quavec La Douceur je men suis quand même pris " plein la tête " en tant quindividu, parce que la publication dun livre pour adultes est devenue un jeu compliqué Je vais essayer dêtre clair en donnant des exemples Jai participé à une émission de télé dernièrement où je me suis fait piétiner. Je suis sorti de là, jétais à la fois très très en colère, au bord des larmes, je lai très très mal vécu, parce que jai vraiment eu limpression dêtre capturé et quune fois que jai été là, on a abusé de ma confiance. Et en même temps, je participe aux jeux du cirque, il ny a aucune raison que je men plaigne. Cest pour cela que je dis que par moments, je devrais être plus prudent, cest vraiment en tant quindividu, beaucoup plus quen tant quécrivain. Pour La Douceur, je nimaginais pas me faire autant cogner dessus, de cette façon-là ! Cest-à-dire que jimaginais quon allait me dire que cétait un livre moralement suspect, un livre dégoûtant pour moi, ce nest pas grave mais je nimaginais pas quon allait parler du livre dune façon qui allait nier le livre. Le discours ne disait pas cest un livre dérangeant ou choquant mais il disait ce livre ce nest que ça. Cela me niait complètement en tant quécrivain et quand je dis que je serai plus prudent, cest que je vis assez mal cette rentrée, je me pose des questions aussi sur ce que je vais pouvoir écrire après, parce queffectivement, cest très facile de se dire " arrêtons tout ! " ce nest pas si compliqué que ça, je ne suis pas convaincu que ça ne me faciliterait pas énormément la vie darrêter décrire. Donc la prudence, pour moi, elle est là. Mais peut-être que je finirai par écrire un livre pour écrire un livre, parce que je suis un peu un écrivain et que voilà, mon métier cest décrire Donc, quand je parlais de la prudence, cétait plutôt essayer de prendre plus conscience de ce que lon peut provoquer en tant quécrivain. En littérature jeunesse, je dis que je nai pas de retour, mais jai eu aussi des retours très violents au début ; des gens venaient me voir dans des salons en me disant que cétait honteux, on est donc toujours agressé et en même temps, on a les attachés de presse, les éditeurs, qui nous disent que cest le jeu Alors, il faudrait réussir à être un mur complet. Je ny arrive pas pour linstant. Jai répondu sur la prudence ? Autre réaction de la salle Je suppose que vous parlez de lémission " droit dauteur " qui est passée dimanche matin. Je trouve que vous avez très bien répondu et que vous vous êtes très bien défendu : lanimateur voulait vraiment faire une lecture réductrice de votre livre en faisant toute léconomie des 104 premières pages du livre et en ne voulant lire quun passage. Jai trouvé que cétait vraiment courageux de la part dun auteur, car ça ne doit pas être facile dintervenir dans une émission de télévision ; pour les lecteurs, aussi, cétait encourageant. Donc il ne faut pas vous laisser impressionner ni renoncer Christophe Honoré Mais tant mieux, je vous remercie de votre soutien. Je ne suis pas en train de dire que sous prétexte quon est invité on na pas à être critiqué. Jaurais bien aimé quil commence son entretien en me disant " je naime pas votre livre mais parlons-en et je vous donne un espace de parole ". En plus comme on est sur la 5e on ne sattend pas à être traité comme sur TF1, mais je me suis rendu compte que cétait un combat en fait et cest ça qui ma complètement perturbé, cest que je nétais pas venu pour me battre, Christine Angot, bizarrement, à côté de moi, était venue pour se battre et en face il ne voulait pas se battre parce quil aimait son livre, mais moi, je nétais pas venu pour me battre, jétais venu parce que, voilà, cétait gentil de minviter et je me suis rendu compte quil voulait se battre, et après coup, je ne peux pas raconter les coulisses de lémission mais [rires dans la salle]En plus jai moins de trente ans, jai été chroniqueur dans des revues, je suis typé jeune écrivain trash donc je dois être un jeune écrivain violent qui bouscule la société, etc., et on te met dans une case comme ça et on ne peut vraiment pas en sortir et cest vrai que jai trouvé ça vraiment malhonnête.Dautant plus que lanimateur ne pouvant lire cet extrait, il a fait pire, il a paraphrasé, donc il dit toute cette scène de rituel qui est effectivement pour le coup une scène illisible puisque moi jai voulu aller jusquau bout et en la disant, il sait très bien quil tue le livre, enfin il ne tue pas le livre mais Intervention de la salle En fait, je trouve quon nest pas très loin de la littérature de jeunesse dans ce genre démission et avec ce type de comportement, car les listes décrivains jugés dangereux pour la jeunesse, sont argumentées avec la même technique : quelques lignes, quelques pages sorties du contexte pour tuer ou discriminer un livre. Christophe Honoré Vous avez raison, cest exactement la même démarche de censure, cest un gros mot, mais cest exactement ça, dailleurs toutes les associations familiales qui se battent contre certains livres cest exactement ce quils font, je vois à LÉcole des loisirs, il y a eu des tracts " LÉcole des loisirs pervertit vos enfants ", ils ont repris une citation de Christophe Donner, deux trois gros mots dun de mes livres, une situation scabreuse dun livre de Guillaume Le Touze ou Florence Seyvos, comme par hasard il sagit toujours décrivains intéressants, (je ne parle pas pour moi ), ceux qui sont dans limage vraie, limage juste et ce sont ceux-là quon pointe ce qui est normal puisquen une phrase, ils disent beaucoup. Alors que ceux qui ne disent rien, ne disent rien sur toutes les pages ; si on prend une phrase dun écrivain qui ne dit rien, ça ne dira toujours rien. Mais vous avez raison cest exactement le même principe, cest nier la lecture, cest croire quun livre est un objet posé comme un pull dont on photographierait létiquette un peu déchirée pour en montrer létat ; sauf quun livre ce nest pas un objet, cest une lecture et cest complètement insensé de le réduire ainsi ; cest tout le jeu de la critique littéraire aussi de réussir malgré tout à parler dun livre sans le réduire à un objet, ce qui est alors un vrai travail que certains font réellement.Intervention de la salle Et le prochain Honoré, est-ce quon devra attendre neuf mois avant de le lire ? Christophe Honoré Jai limpression de faire les Compagnons de la chanson, mais le prochain sera le dernier à LÉcole des loisirs pour la rentrée prochaine. Je veux prendre le temps, cest un livre que jai tout à fait en tête qui nest pas du tout une fiction, lidée est décrire une vraie autobiographie, lisible par les enfants, cest lidée de parler à la première personne, de raconter mes dix ans, mais en faisant justement des pactes avec le lecteur sur lidée que je nai plus dix ans mais trente ans, que cest forcément un travail de souvenirs et que je vais essayer de raconter ce quétaient mes dix ans ; je vais me permettre, pour lavoir écrit un peu, de dire à un moment au lecteur " là, ce que je vais te raconter cest faux mais cest quand même beaucoup plus intéressant que ce dont je me souviens ", essayer détablir un jeu, je ne sais pas si je vais y arriverQuestion Ma question ne portait pas forcément sur la littérature de jeunesse, je me demandais justement si La Douceur était un tournant et si vous comptiez poursuivre dans cette voie-là ? Christophe Honoré Oui, en littérature adulte ce ne sera pas dans neuf mois, parce que je suis lent, mais je pense que je vais continuer à écrire des livres pour adultes, au fur et à mesure quils simposeront.Marie-Pierre Rigollet Je remercie Christophe Honoré pour la justesse de ses paroles.
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