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Chroniqueur
Note 187-56 B / deuxième feuillet




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Renseignements généraux/Département Ile-de France/Objet : Éric Zemmour/sous-objet : activités littéraires.

Suite à la note 187-56 B / premier feuillet, il paraît utile de revenir sur le journaliste Éric Zemmour et sur son roman Petit frère (parution le 03/01/2008 chez l'éditeur Denoël, ISBN 9782207256688), inspiré par le meurtre d'un jeune Juif dans une cité du XIXe arrondissement. La précédente synthèse en a extrait quelques éléments de type socio-politique - identifiant précisément les racines du communautarisme actuel, ils pourront être exploités avec profit. Restent à relever dans la présente note d'autres informations, de nature linguistique, issues là encore d'une connaissance approfondie du terrain.

À plusieurs reprises, Zemmour relève les phénomènes discursifs propres aux Français d'origine maghrébine. Il circonscrit notamment les difficultés d'expression caractérisant la première génération d'immigrants : voir les pages 103 - " Ses mots étaient rares, son français heurté, son regard fuyant " - et 136 : " Son accent maghrébin marqué, son baragouin abscons où les mots de français et d'arabe s'entrechoquaient comme des cailloux dans un cours d'eau, sa bouche obtuse de honte et ses cheveux rougis au henné trempés de larmes, tout donnait à la confession de Mme Chadli un air à la fois pathétique et ridicule " (note : les indices physionomiques - " regard fuyant " ou " bouche obtuse de honte " - nous seront utiles). Il distingue clairement cet idiome de celui, plus coloré mais non moins approximatif, qu'adoptent les immigrés de deuxième et surtout troisième génération. Ce " sabir franco-arabe, à la syntaxe improvisée, au vocabulaire métissé et à la graphie créolisée " est à plusieurs reprises dévoilé dans les dialogues, comme page 323 : " Tu m'as vidé les couilles grave. Tu es une vraie reine de la pepi. Allah t'a donné une bouche de suceuse et un cul de lopesa, sur ma vie ! " Qui plus est, loin de se limiter à la reproduction de ce " discours ", Zemmour en décrit l'émergence chez un jeune musulman : " Les mots désormais se vengeaient, ils désertaient son cerveau (...). Les fils de Satan, murmura-t-il (...), ces mots français, des karbah, des putes comme les femmes de ce pays ". Il s'agit bien sûr d'un mâle : car le texte montre encore des pratiques langagières divergentes chez les " petites soeurs " devenues " les souffre-douleur des garçons maghrébins qui les traitaient de "sales Françaises" parce qu'elles ne dissimulaient pas leur corps dans des survêtements informes (...) et qu'elles employaient des mots qu'ils ne comprenaient pas ".
Il s'agit certes d'un roman. Zemmour, dans diverses interventions a d'ailleurs prévenu toute confusion entre sa propre personne et celle du narrateur, journaliste homme de lettres. Mais ici, la forme fictionnelle ne contrevient nullement à la dimension d'investigation : les caractéristiques du parler populaire peuvent être d'autant appréhendées qu'elles tranchent sur l'expression républicaine de ce narrateur, qui sait corriger les fautes d'orthographe de sa petite amie et dit " aimer la langue française d'amour ". Cette affection transparaît dans sa maîtrise parfaite de la conjugaison - " Je n'aimais pas que Clothilde s'humiliât ainsi. Je ne supportais pas qu'on prétendît que je couchais avec une grosse " -, dans son utilisation raisonnée des adverbes et des verbes - lorsqu'il décrit un " Marocain fêtard, amateur de vin et de belles voitures, même volées " ou son chauffeur Abdou : " Je l'avais ramené de mes nombreux séjours à Marrakech " -, ou encore dans la vigueur de ses formules : " Je la pris par-derrière ; je crois que j'avais encore du mal à m'habituer à ses gros nichons ".
Son savoir comme sa pratique feraient donc de Zemmour un informateur de premier niveau. Un seul aspect pose problème : il semble que ses principaux terrains de recherche (parler des banlieues, décadence du français, usage du subjonctif imparfait, style mâle) ont tous fait, ces derniers mois, l'objet d'un développement dans la revue Le Matricule des Anges, par le biais de la " chronique " avec la langue dont le roman constitue une illustration presque parfaite. Le nom de Zemmour n'apparaît pourtant pas dans l'organigramme des rédacteurs, ni même dans le fichier des abonnés. Reste toutefois que notre homme a récemment noué des contacts avec le milieu littéraire, ainsi que l'atteste l'élogieuse couverture médiatique de son ouvrage, comme sa participation, aux côtés d'un critique de livres, au débat télévisé qu'organise le dénommé Laurent Ruquier. Une prochaine note pourra peut-être éclairer cette curieuse conjonction d'intérêts.

Gilles Magniont

   

Revue n° 091
(mars 2008).

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