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Les articles       

La Fonte des glaces
de
Alain Nadaud
Grasset
19.10 €


Article paru dans le N° 032
septembre - novembre 2000

par T.G.

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   La Fonte des glaces

Enquêtant sur la disparition d'un Français en U.R.S.S., Alain Nadaud dresse un tableau sarcastique du sort fait aujourd'hui aux écrivains... en France.

L'auteur (ainsi qu'il se définit dans le roman) est rappelé en Normandie pour assister à l'enterrement de sa grand-mère qui lui laisse, en héritage, une mission particulière : faire la vérité sur le sort de son mari disparu en 1937 en U.R.S.S.. Xavier Thureau, responsable du service de presse de l'ambassade de France y a été arrêté par le N.K.V.D., l'ancêtre du K.G.B.. Depuis, et malgré un séjour de sa femme à Moscou, l'homme est porté disparu.
Son petit-fils effectuera deux voyages en Union soviétique, le premier durant l'ère Gorbatchev mais les langues ont encore du mal à se délier, le suivant, lorsque c'est la corruption qui dirige le pays. Il en ramènera des témoignages et un dossier pris à la Loubianka (les archives). Ce sont ces documents, arrangés de manière à donner au lecteur un récit à la chronologie respectée qui constituent l'essentiel du livre.
Ainsi nous sont montrées deux facettes de l'U.R.S.S. : celle d'avant-guerre où règne la terreur et celle d'aujourd'hui, misérablement offerte aux truands, à la mafia, aux petits pouvoirs. Dans tous les cas, c'est le mensonge, la vérité travestie qui écrit l'histoire. Chaque document est mis en doute, chaque témoignage est frappé du soupçon.
Lorsqu'il entre à la Loubianka, avec de faux papiers, il se voit présenter un écrivain, Fédor Ivanovitch Paskine qui "passe pour avoir publié d'excellents romans après la guerre, mais trop imaginatifs pour être conformes à la ligne du Parti". Aujourd'hui Fédor "est chargé de remettre en ordre quelques dossiers sensibles". Autrement dit, la fiction dans l'art est interdite et la réalité se doit d'être réécrite par la fiction. Allez vous y retrouver.
On sent Alain Nadaud plus fasciné par ces rapports ambigus entre l'Histoire, la mémoire, la vérité et la fiction que par le destin, fort romanesque de Xavier Thureau. Ce dernier, qui fut peut-être un agent français ou un agent soviétique accompagnait les écrivains français en visite dans le pays (ainsi Gide et Malraux). Il rencontra une superbe chanteuse de cabaret, fille d'un haut responsable de la Sécurité d'État. L'histoire des deux amants, telle qu'elle est racontée dans les documents, ressort plus de la collection Arlequin ou de S.A.S. que de la littérature : rencontre romanesque, nuits romantiques, chansons d'amour et in fine, sortie de la belle chanteuse en passionaria. C'est du romanesque de pacotille, une histoire qui sent le fantasme à deux sous. Mais ce n'est pas l'auteur qui écrit : il ne fait que livrer des documents officiels ou des témoignages.
C'est sur le sort de l'écrivain qu'Alain Nadaud s'attache à semer le trouble. Xavier Thureau est soumis au même sort que d'illustres écrivains déchus. Il doit, après de longues tortures, écrire une confession aussi peu crédible pour nous qu'elle le sera pour les autorités. Écrire cette fausse autobiographie n'est pas aisé : il faut s'attribuer des fautes que l'on ignore, deviner la psychologie malade de ses juges afin de leur servir ce qu'ils souhaitent. Sinon les tortures se poursuivront. L'écrivain est dans sa cellule et attend le verdict de son jury : si le manuscrit est refusé cela "voudra dire qu'on n'aura pas trouvé (s)a confession crédible".
Si le roman joue sur la véracité historique, avec ses notes de bas de page, qu'il nous soit permis d'y voir aussi une critique de notre république des lettres contemporaine. Comment ne pas deviner en effet, dans ces geoliers brutaux, l'image des éditeurs qui attendent de leurs auteurs une autobiographie graveleuse seule susceptible de remporter un succès commercial?
On sait, depuis les Lettres persanes ce qu'il en est de la littérature exotique...

La Fonte des glaces
Alain Nadaud

Grasset
330 pages, 125 FF

La Fonte des glaces de Alain  Nadaud

 

 

 

 

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T.G.

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