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Les articles       

La Dernière Neige
de
Hubert Mingarelli
Seuil
11.43 €


Article paru dans le N° 032
septembre - novembre 2000

par T.G.

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   La Dernière Neige

Comme de la neige, les mots d'Hubert Mingarelli recouvrent le drame d'un enfant dont le père meurt. La page devient un linceul d'une éclatante pureté.

Hubert Mingarelli est un fourbe. Il écrit de courtes phrases qui ne pèsent pas plus lourd que le duvet d'un poussin rachitique à peine éclos et, la centaine de pages lues, vous n'avez plus qu'à aller courir comme un dératé, donner 150 coups de poing à votre oreiller façon punching-ball, manger douze tablettes de chocolat, bref : tenter l'impossible pour évacuer le trop plein d'émotion. On le sait, le romancier creuse toujours le même fertile sillon au bout duquel s'ouvre une plénitude. Découvert l'an dernier par la grâce d'un éditeur qui le fit passer de la littérature jeunesse où il fait partie des tout meilleurs écrivains, à la collection au cadre rouge, Hubert Mingarelli n'a jamais cessé d'arpenter une lisière au centre de laquelle ce qui n'est pas dit fait toute la substance de ses romans. Un secret est enfoui là, à la source d'une écriture délicate, attentionnée qui explore continuellement le rapport d'un fils à son père.
Le narrateur de La Dernière Neige est un jeune adolescent au moment des faits. Son père, mourant, est alité dans sa chambre d'où s'entend la minuterie du couloir extérieur qu'actionne la mère pour sortir la nuit. Lui, l'enfant appelé à grandir vite, s'est épris d'un milan qu'un commerçant expose devant son bazar. Pour pouvoir l'acquérir un jour, le jeune garçon travaille dans un hospice de vieillards. Il propose aux pensionnaires de, simplement, les accompagner dans leurs promenades le long des allées du parc. À charge pour eux de lui donner ce qu'ils souhaitent.
Le soir, il raconte à son père comment (d'après lui) le milan a été capturé. Cette histoire fait figure de mythe, non pas en ce qu'elle raconte (Mingarelli ne nous le dit pas), mais par le simple fait qu'elle rapproche le père du fils, qu'elle fertilise leur complicité faite de beaucoup de silence et de quelques phrases rituelles. La fiction, qu'invente le narrateur, introduit ainsi une autre réalité, un espace libéré du malheur. Sur les hautes cimes des arbres, on n'entend pas la minuterie du couloir quand, la nuit, la mère quitte le foyer...
Mais la fiction renverse aussi les rôles : c'est l'enfant qui raconte des histoires jusqu'à ce que s'endorme le père. La paternité est ainsi partagée et, devant l'inexorable, cette pensée que puisse se transmettre cet héritage est plus qu'un bonheur. Il n'y a pas de pathos dans ces pages toutes en retenue, mais quand même une forme de cruauté : l'enfant, pour obtenir l'argent nécessaire à l'acquisition de l'oiseau commettra ce qui à ses yeux est un crime (n'en disons pas plus). Pour ce faire, il devra marcher toute une journée et une bonne partie de la nuit dans la neige épaisse, loin de la ville. Les pages qui racontent cela ont la consistance d'un rêve halluciné. La neige, qui recouvre tout, efface peu à peu le paysage, gomme, avec la complicité du brouillard, l'horizon. L'enfant est comme perdu au coeur de la blancheur, seul face à sa conscience, à sa peur, à l'angoisse, jamais évoquée, de perdre son père. C'est ici que le temps se fige, c'est, probablement, sur cette blancheur-là que s'écrivent les premiers mots de ces fictions qui jusqu'alors n'étaient que dites.
Écrire, dès lors, c'est marcher à l'intérieur de soi. En supprimant les indications de lieu, en respectant tous les silences, en ouvrant encore un peu plus le texte à notre présence, Hubert Mingarelli n'en finit pas d'être l'enfant qu'il décrit. Et comme les pensionnaires de l'hospice, nous lui sommes reconnaissants de nous avoir guidés là, où, depuis toujours, coule une silencieuse émotion.

La Dernière Neige
Hubert Mingarelli

Seuil
125 pages, 75 FF

La Dernière Neige de Hubert Mingarelli

 

 

 

 

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T.G.

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