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Les articles       

Electre à la Havane
de
Leonardo Padura
Métailié
9.00 €


Article paru dans le N° 029
janvier-mars 2000

par Anne Riera

*

    Electre à la Havane

Le jeune cadavre d'un travesti apparaît au chapitre deux. Le Conde fait la gueule, écrase sa clope. C'est lui le flic. Un flic façon Chandler, un écrivain raté, comme suspendu au bout d'un fil, "sans femme derrière lui et sans rien devant pour l'aimanter vers l'avenir".
Cette petite pelote policière n'est qu'un travestissement parmi d'autres proposé par l'écrivain et journaliste cubain Leonardo Padura. Roman noir, policier métaphysique, portrait de La Havane, dénonciation du réalisme socialiste, tour à tour mélancolique et révolté, son roman, comme ses personnages, se farde et s'escamote, échappe à toute classification.
Cuba apparaît comme un décor de carton-pâte, une scène monumentale, un "théâtre de la cruauté" où chacun joue sa partition avec une "tranquillité qui fait horreur". Hypocrisies, lâchetés, mensonges, trahisons, il n'est qu'un dénominateur commun, la peur. La Havane même reste insaisissable, noyée sous un soleil liquide qui voile et déforme ses contours. Au coeur de cette macabre pantomime, le Conde va pourtant trouver un allié inattendu.
Le Marqués est un vieil homosexuel, un dramaturge peu fréquentable, banni des planches, rayé des dictionnaires et des anthologies au début des années 70, accusé de moeurs décadentes et d'esthétique petite-bourgeoise. Le Conde écoute mortifié son histoire, celle d'un homme qui plutôt que l'exil a choisi de rester, pour ses compatriotes, une blessure ouverte, l'image même, toujours vivante, de ce qu'ils voudraient pouvoir oublier. C'est pour lui que le Conde va chercher la vérité, parce que "le manque de mémoire est l'une des qualités psychologiques de ce pays. Son autodéfense", parce qu'elle fonctionne comme un exorcisme. Or sans mémoire "il n'y a pas de culpabilité, et s'il n'y a pas de culpabilité, il n'y a pas même besoin de pardon."

électre à La Havane
Leonardo Padura

Traduit de l'espagnol (Cuba) par René Solis et Mara Hernandez
Métailié
231 pages, 56 FF

 Electre à la Havane de Leonardo Padura

 

 

 

 

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Anne Riera

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