Le Matricule des Anges, magazine littéraire

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Les articles       

La Langue maternelle
de
Marie Cosnay
Cheyne
15.00 €


Article paru dans le N° 115
juillet-août 20100

par Lucie Clair

*

   La Langue maternelle

C'est une figure - de style tout d'abord, mais comme chacune, riche de vérités profondes - dont Marie Cosnay s'empare. Le père est mort, l'ouvrage s'ouvre sur un enterrement - est-ce le sien, ou celui inventé (secrètement espéré) ? Le père - ou plutôt, donc, sa " figure " - est (devrait être) cet absolu : ordre, autorité, interdits édictés, qui s'incarnent aux yeux d'une petite fille, et aussi, celui qui la conduit, la protège, la rassure, l'aide à grandir - tout simplement l'aime. " Si au jour de la mort de mon père j'avais toujours rêvé de connaître l'amour, je suis aujourd'hui bien déçue, il faut me rendre à l'évidence que l'amour il n'y en a pas, pas le moindre signe d'amour, pas un homme purifiant les crues du passé, pas un dont la voix serait étrangère et douce polie comme un galet - les bords émoussés les bords de la voix comme le restant de l'homme émoussé, pas un homme ni un amour.
" Parole d'enfant, celle qui reste lovée secrète au plus intime de chacun. Parole triste des chagrins inconsolables, et qu'une voix intérieure parvient pourtant à traverser, la voix de La Langue maternelle, langue des abysses, langue recomposée, musicalité de l'être, langue que l'enfant s'invente pour mieux se materner, se bercer de la douceur absente, " voir par-delà le père, voir dans les flammes orangées " - échapper à l'effondrement.
Une langue " faite de consonnes labiales et pas une voyelle, pas une seule. C'est une langue imprononçable ", sortie de la gangue d'une langue paternelle vorace, qui claquemure et violente - l'homme si souvent danger pour Marie Cosnay revient ici sous sa figure d'ogre - homme et père dont la seule langue est celle des " rêves dégradés, l'héritage de la honte, coquille de famille, locutions de famille, paroles et mots de passe de famille, honte de famille ". Murmure et cri tout à la fois, la langue de l'enfant - en apparence aussi absurde et vaine que les " propriétés " de Michaux, et pourtant tout aussi fertile - est la langue unique du poète, et du survivant.

La Langue maternelle de Marie Cosnay
Cheyne éditeur, 76 pages, 15 e

La Langue maternelle de Marie Cosnay

 

 

 

 

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Lucie Clair

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