Le Matricule des Anges, magazine littéraire

   Le mensuel de la littérature contemporaine
acheter le Matriculeabonnementoffrir un abonnementanciens numeros

Les articles       

Le Blanc Fouquet
de
Franck Herbet-Pain
Gallimard
20.00 €


Article paru dans le N° 112
Avril 2010

par Richard Blin

*

   Le Blanc Fouquet

On sait peu de chose de la vie réelle de Jean Fouquet, le plus grand peintre du XVe siècle français, l'auteur des célèbres portraits du roi Charles VII, peint dans sa vérité sans beauté, et d'Agnès Sorel, la " Dame de beauté ", la favorite, qui servit de modèle à une Vierge à l'enfant. S'emparant de ce peu, et porté par sa sensibilité et son empathie, Franck Herbet-Pain nous propose, en 187 séquences, une sorte de restitution de cette vie singulière. Procédant par touches, instantanés saisis dans ce qu'ils ont pu être, c'est le regard qu'il privilégie. Le monde, le réel n'existent que vus, perçus, rêvés à travers le regard du petit Jean d'abord, de l'apprenti ensuite. Une manière fragmentée de donner corps à une individualité, de faire émerger scènes révélatrices et expériences fondatrices. Un style visuel particulièrement bienvenu s'agissant d'un peintre, héritier des imagiers du Moyen Âge, portraitiste, miniaturiste, enlumineur. Car l'époque est encore à la peinture dans les livres, et l'artiste est d'abord un artisan qui doit réduire en poudre " la malachite verte, l'azurite bleue, le schiste noir ", avant de les mélanger aux différents liants, dans les odeurs d'huile et d'ammoniac.
Fils d'un prêtre et d'une femme non mariée - " défaut de naissance " qui l'empêchait de recevoir de l'argent de l'Église, mais qu'une requête auprès du pape Eugène IV permettra de lever - Jean Fouquet (écureuil en patois), voyagea en Flandres - où il rencontra Van Eyck - et en Italie où il côtoya Fra Angelico et Filarete. Des rencontres qui lui permirent de parfaire la perspective et le sens de la profondeur dans ses oeuvres, dont la puissance de la couleur et le jeu des volumes dans l'espace sont particulièrement saisissants. Il travailla pour deux rois - Charles VII et Louis XI -, enlumina livres d'heures et Grandes chroniques, en mettant du mouvement dans l'Histoire. Installé à Tours, où il était né, et où séjournaient souvent le roi et sa Cour - guerre de Cent Ans oblige -, il y mourut, lentement empoisonné par la couleur " qui signerait sans son nom, son oeuvre ", le blanc royal, le blanc Fouquet.

Le blanc Fouquet de Franck Herbet-Pain, Gallimard, 144 pages, 20 e

Le Blanc Fouquet de Franck Herbet-Pain

 

 

 

 

pub

 

© Le Matricule des Anges et ses rédacteurs

Richard Blin

accueil l Le Matricule l courrier l forum l l articles l auteurs l vidéos