Le Matricule des Anges, magazine littéraire

   Le mensuel de la littérature contemporaine
acheter le Matriculeabonnementoffrir un abonnementanciens numeros

Les articles       

La Tangente
de
Amina Danton
Gallimard
14.50 €


Article paru dans le N° 107
Octobre 2009

par Richard Blin

*

   La Tangente

Des effets de la fiction sur la vie au pouvoir des images, c'est le grand cristal des émotions et de leurs correspondances sensibles que fait miroiter Amina Danton dans son premier roman. Traumatisée par une mère " qui a toujours cru que la vraie vie était ailleurs et qui cognait sur celle qu'elle avait ", la narratrice - qui n'a connu que les livres et qui a décidé, à 17 ans, de " guérir, seule, de ce mal que sa mère lui avait fait en la prenant pour béquille " - a entamé une correspondance avec Pierre R., l'auteur de La Vie rêvée, un livre dont elle a fait un espace miroir. " MA vie avait commencé à partir du jour où il avait répondu ".
Mais au premier rendez-vous, le gros bébé joufflu qu'elle est, comprend immédiatement qu'il va lui falloir devenir une autre, " vaincre le mollusque " en elle, enterrer la grosse fille et renaître en Génica, un au-delà d'elle-même, une fille belle et libre qui saura séduire Pierre R., " rayer définitivement de la carte ce jour où il avait pu si facilement (l') oublier ".
Commence alors une longue dérive marquée par l'attente, l'entrelacement de la réalité des sentiments et de la fiction. Vivant dans un entre-deux fait d'inachèvement et d'ouverture à tous les possibles, elle s'abîme dans le théâtre intime de sa fidélité à un contrat fantasmatique. Doutant de sa propre existence, elle rencontre le monde à travers la photographie, voyage, multiplie les rencontres, cherche l'homme qui lui donnerait " l'impression d'appartenir à la vie ". Parallèlement, pour " dédramatiser" son rapport aux images, elle étudie le cinéma, travaille sur les thèmes du " commencement " et du " Toujours-jamais " alors qu'elle rêve d'un Toujours-déjà, ce qui l'oblige à organiser " un contretemps autour d'(elle). Ou un contresens. En tout cas un suspense ".
Dialogue d'ombres et de lumières sur fond de honte et de hantise, ce premier roman qui s'attache et s'attaque aux mécanismes de l'illusion comme à tout ce qui transforme le corps en un effet d'image est une réussite.

LA TANGENTE
d'AMINA DANTON
Gallimard, 192 pages, 14,50 e

La Tangente de Amina Danton

 

 

 

 

pub

 

© Le Matricule des Anges et ses rédacteurs

Richard Blin

accueil l Le Matricule l courrier l forum l l articles l auteurs l vidéos