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Les articles       

Cartes postales de l’enfer
de
Neil Bissoondath
Phébus
20.00 €


Article paru dans le N° 107
Octobre 2009

par Virginie Mailles Viard

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    Cartes postales de l’enfer

Nous sommes le rôle que nous jouons. (...) Vous incarnez un rôle et prenez la responsabilité qui l'accompagne, celui du gentil petit garçon qui remise son vrai moi dans un obscur recoin. " Le petit garçon a d'abord remisé son prénom dans le placard de la maison familiale. Alec a très tôt choisi qui il serait sur la scène de son existence, mais avant toute chose qu'il serait le seul à savoir que c'est une posture. Un masque. Un faux-semblant. Alec vit dans une famille modeste au Canada. Toronto peut-être. Un père qui travaille sur une chaîne de montage, une mère au foyer. Un monde terne, voilà le terreau sur lequel naît son désir de métamorphose. Il veut devenir décorateur d'intérieur, et conscient des stéréotypes en la matière se dit homosexuel.
À la maison, il est peintre en bâtiment. Une disjonction d'identité sur laquelle Alec s'épanouit totalement. Ici pas de déchirure, pas de morale, être soi est dérisoire. " Il y a quelques siècles déjà, Shakespeare avait compris que c'était de la bouillie pour chats. (...) Les moi auxquels nous sommes censés nous conformer sont de simples constructions. " Sa supercherie prend de l'ampleur, le voilà trônant dans des bureaux, à la tête d'une entreprise florissante. La mort accidentelle de ses parents lui donnera une liberté totale. Puis il rencontre Sumintra, jeune Indienne, encordée dans une famille soucieuse des usages. Elle est son double en féminin, elle qui cache à ses parents sa vie d'étudiante débridée. Poussés l'un vers l'autre, ils avancent masqués, seule la chair parle, violente et unique passerelle entre ces deux êtres désincarnés.
Un ouvrage sombre et qui se ferme sur une écriture sèche, économique et directe. Elle dit la violence de l'usurpation, et de l'univers familial qui circonscrit et dirige les identités de ses occupants. Neil Bissoondath a construit une architecture en triptyque. Trois coups de théâtre jusqu'au dénouement tragique. Pas pour tout le monde bien sûr, juste pour celui qui voulait lever le masque.

CARTES POSTALES
DE L'ENFER

de NEIL BISSOONDATH
Traduit de l'anglais par Lori Saint-Martin et Paul Cagné, Phébus, 217 pages, 19,50 e

 Cartes postales de l’enfer de Neil Bissoondath

 

 

 

 

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Virginie Mailles Viard

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