Le Matricule des Anges, magazine littéraire

   Le mensuel de la littérature contemporaine
acheter le Matriculeabonnementoffrir un abonnementanciens numeros

Les articles       

Tuer Catherine
de
Nina Yargekov
P.O.L
18.00 €


Article paru dans le N° 102
Avril 2009

par Chloé Brendlé

*

    Tuer Catherine

Attention, ceci n'est pas un roman policier. Ni même un roman, d'ailleurs. Étiqueté " roman " sur sa couverture, mais réfractaire à toute fiction, à tout récit linéaire, loin des " petits contes bien ficelés ", Tuer Catherine est un récit sans sujet. " En finir " à la fois avec le sacro-saint sujet du livre, l'histoire, et avec la croyance en un sujet grammatical uni et en paix avec lui-même, tel est le pari de ce premier récit diabolique. Le " je " de l'écriture est ainsi diffracté en autant de voix et de styles qui le hantent et le déchirent : du dialogue de théâtre au monologue intérieur (ou mieux, " plurilogue " intérieur) en passant par la forme de la notice, la narratrice raconte la lutte de l'écriture.
Ou comment tenter de tuer l'intruse, l'ennemie intime, " tragédienne de pacotille, minable héroïne de roman de gare ", la dénommée Catherine, qui parasite les pensées et le style de la narratrice, pour faire enfin advenir une voix. Tuer pour faire exister. Récit en forme de poupées russes (une voix en cache toujours une autre), tout en spasmes et en convulsions, sismographie de l'écriture. Le lecteur se trouve tiraillé par ces démons intérieurs, plongé dans le magma de cette conscience explosée sur le papier. Piégé. Malmené. Trop peut-être. Mais en tout cas dérangé à son tour dans sa case bien assignée de lecteur. Écriture à cerveau ouvert, " cortex-fiction " selon les mots de l'une des voix, ce texte est l'anti-recette du roman. Et l'on comprend qu'il s'agit d'écrire non " sur " soi mais " contre " soi, de décortiquer sa conscience. Faire oeuvre d'équilibriste sur le fil ténu qui sépare le silence de la cacophonie. Jouer les désillusionnistes. Le nom de l'assassin, pardon, de l'écrivain ? Nina Yargekov. Là encore, le doute est permis : la narratrice sème des anagrammes de ce nom. " Sudoku littéraire ", comme elle le suggère, ou tragédie d'une narratrice ? À voir au prochain délit romanesque...

tuer catherine
de nina yargekov
P.O.L, 248 pages, 18 e

 Tuer Catherine de Nina Yargekov

 

 

 

 

pub

 

© Le Matricule des Anges et ses rédacteurs

Chloé Brendlé

accueil l Le Matricule l courrier l forum l l articles l auteurs l vidéos