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Les articles       

Le Bal des princes
de
Nimrod
Actes Sud
19.00 €


Article paru dans le N° 091
mars 2008

par T.G.

*

   Le Bal des princes

Revenant sur la guerre au Tchad à travers son alter ego des Jambes d'Alice, Nimrod livre un roman impressionnant de force. Son écriture déploie tout l'arsenal de la littérature, contre la barbarie des armes.

Dans ce deuxième volet de la trilogie, le lecteur retrouvera le narrateur des Jambes d'Alice. Il y apparaît plus mûr cependant au point d'avouer d'entrée : " Les pieds des Kimoises ne m'excitent plus ; la poésie de la poussière a vécu. " Il n'est toutefois pas nécessaire d'avoir lu le précédent roman de Nimrod pour entrer dans Le Bal des princes. L'intrigue n'en est pas l'essentiel. Nous sommes au Tchad, dans le pays kimois. Le narrateur, enseignant, se retrouve dans la situation du personnage d'Isabelle de dos de Jacques Serena.
Revenu chez lui après vingt jours d'errance liée à l'état de guerre du pays (et à ses amours avec Alice), il se voit pour le moins boudé par sa femme, Maureen. La belle a du tempérament et la colère chevillée au corps : " Sa peau, chaque pli de ses vêtements protestent. " Pour fuir l'orage conjugal, ou obéir à un désir d'Histoire, notre homme décide de retourner vers le front des combats, à Éré où vit sa grand-mère. Ainsi, par personnage interposé, Nimrod peut-il depuis la France traverser son pays perdu, le reconstituer grâce à une très grande variété de couleurs lexicales. Ce sont là de belles pages de liberté, la " liberté d'un homme triste " chanteur de blues, amateur d'arbres. Il apprend en cours de voyage que le colonel Degoto s'apprête à arriver également à Éré. L'officier de l'armée gouvernementale avait lancé une contre-offensive victorieuse contre les forces d'Hassane-Hissène (entendez : Hissène Habré) boutant hors d'Éré la coalition du Nord. Moment historique pour le village que cette visite à laquelle notre héros fait plus qu'assister : le colonel le remarque et lui confie une mission : qu'il aille l'attendre à Bongor. Nous sommes en juin 1979.
Entre chaque événement (retour à Kim, colère de Maureen, arrivée à Éré, rencontre avec le colonel), Nimrod déploie une langue d'une beauté dense, propre à retranscrire tout à la fois le paysage et les sensations du personnage. Comme il le faisait déjà dans Les Jambes d'Alice, le récit s'offre aussi la possibilité de discourir sur les fleurs, le fleuve, la littérature avec une acuité qui n'exclut pas la musicalité des phrases. Il en sera ainsi tout au long de ce roman. Nimrod, avec tout l'éventail d'un lexique qui s'étend jusqu'au latin, pose sur le chaos tchadien un regard à hauteur d'homme. Rien, ici, n'est expliqué. Rien ne nous est asséné. On avance dans l'éparpillement d'un monde qui a perdu le sens avec la même profondeur de champ que notre Candide. Candide en matières militaires, mais homme d'une culture universelle, impressionnante. Le colonel et lui forment un couple façon carpe et lapin. Homme à femmes qu'il aime " comme on s'imagine que seul pourrait le faire un boucher " et qu'il consomme en peignoir (" Ce ne sont pas des manières ! Car sous la douceur du peignoir s'excite le gland du colonel "), le colonel ne déteste pas non plus humilier ceux qu'il reçoit dans le même apparat : " le colonel s'est avancé vers moi (...). Je ne pouvais aller à lui, son peignoir, vous comprenez ? " Son portrait par le peuple est un moment d'anthologie. Nimrod use du dictionnaire de citations pour dresser, a contrario des phrases littéraires citées, le profil de l'officier. On se dit alors que l'homme de lettres tient sa revanche sur les hommes de guerre. En effet, Le Bal des princes, par sa force et sa beauté, pourrait bien rester plus longtemps dans l'Histoire que les héros nationaux dont les noms, ici, sont déjà grimés. Mais l'émotion est forte aussi lorsque notre narrateur retrouve son ami le capitaine Doubaye dont les hommes, il le devine, ont rendez-vous avec la mort : " Les militaires cultiver l'art de verser le sang des autres - le cas échéant, le leur. La probabilité pour qu'advienne cet événement était d'une sur deux - le capitaine Doubaye me l'avait confirmé. Donc, aux soldats, les roses d'hémoglobine ; à moi, celles du verbe : les conséquences, dans les deux cas, n'étaient pas les mêmes. " L'émotion monte au fil des pages. Nimrod donne à voir quelques scènes fortes, saisissant dans l'écriture des images qui restent comme celle d'un ami d'enfance, retrouvé au bar d'un hôtel : " Il fumait devant sa chope de bière, comme vaincu par elle. "

Le Bal des princes Actes Sud, 221 pages, 19 e
Notons aussi la sortie de Rosa Parks Actes Sud-Junior
93 pages, 7,80 e

Le Bal des princes de  Nimrod

 

 

 

 

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T.G.

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