Le Matricule des Anges, magazine littéraire

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Les articles       

Badenheim 1939
de
Aharon Appelfeld
Olivier (L’)
17.50 €


Article paru dans le N° 088
Novembre-décembre 2007

par Delphine Descaves

*

    Badenheim 1939

Badenheim en cette année 1939 est une petite station autrichienne tranquille, et l'hôtel où se retrouvent le chef d'orchestre Papenheim et ses musiciens, ainsi que d'autres locataires - une duchesse, deux prostituées, le docteur Fussholt et sa jeune épouse que l'on devine encline au bovarysme, et d'autres encore - n'est pas sans rappeler certaines pages de La Montagne magique. Mais dès l'incipit une tristesse sourdement menaçante affleure : Trude, la femme d'un notable pharmacien, attend dans l'inquiétude sa fille partie avec un homme. Trude est malade et la mort semble rôder autour d'elle, suscitant d'emblée chez le lecteur un malaise qui ne
le quittera plus.
Les services de santé de la petite ville proposent à tous les juifs de venir se signaler afin d'être enregistrés, et progressivement une délocalisation vers la Pologne s'organise.
Mais, au fil du temps, ceux d'entre eux qui vivent à l'hôtel sont séparés du reste des habitants et mis en quarantaine. Certains s'accrochent alors de façon un peu pathétique à l'idée d'un retour en Pologne. Badenhiem 1939 baigne dans une atmosphère de cauchemar glacé : les êtres - plusieurs d'entre eux sont d'ailleurs physiquement affaiblis - ressemblent aux personnages d'un lugubre théâtre, jouant dans une salle froide et déserte. Tandis que la menace antisémite se rapproche, les jours passent et ils sont de plus en plus isolés, regroupés dans l'hôtel. L'écriture, proche
de celle de la fable, est minimaliste, presque trop, au risque parfois que le récit manque
de souffle. Mais la sensation de mauvais rêve perdure devant ces individus qui " marchent dans les rues en silence, comme si on les poussait " et " se frottent aux murs comme des ombres ". Tout l'art d'Appelfeld tient dans cette manière de mettre en scène une humanité qui, à demi-consciente, s'apprête à aller vers sa propre fin.

Badenheim 1939 d'Aharon Appelfeld
Traduit de l'hébreu par Arlette Pierrot
Éditions de l'Olivier, 166 pages, 17,50 e

 Badenheim 1939 de Aharon Appelfeld

 

 

 

 

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Delphine Descaves

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