Le Matricule des Anges, magazine littéraire

   Le mensuel de la littérature contemporaine
acheter le Matriculeabonnementoffrir un abonnementanciens numeros

Les articles       

La Brèche
de
Vladimir Makanine
Gallimard
5.90 €


Article paru dans le N° 081
Mars 2007

par Françoise Monfort

*

   La Brèche

Publié une première fois en France en 1991, année de l'effondrement de l'URSS, La Brèche traduit à travers une parabole fantastique les souffrances d'un auteur né en 1937 sous l'ère stalinienne. La brèche est le dernier lien qui relie le personnage de Klioutcharev au monde souterrain des intellectuels. Un boyau dans lequel il étouffe et doit se frayer un chemin à coup de pelle, de pic et de pioche, outils qui lui entaillent la chair autant qu'ils l'aident à progresser. Au cours de ses expéditions il déplore de ne pas être doté d'un corps de ver de terre avec des accents de sincérité proches de ceux prêtés par Kafka à son homme-cancrelat. Soumis aux caprices des mouvements tectoniques, le trou se rétrécit de plus en plus.
Klioutcharev se sait à terme condamné à vivre en surface, dans sa ville-fantôme où subsistent encore quelques îlots de vie à l'abri de stores opaques : sa femme et son fils handicapé, une veuve enceinte, une famille amie. Le salut est dans la non-existence, à l'écart d'une foule anonyme qui gronde au loin, menaçante, " masse commune où personne ne répond plus de rien, prêt à piétiner tous ceux qui ne marchent pas épaule contre épaule ". Les rues désertes où clignotent des feux rouges inutiles, les cabines où le téléphone " sonne occupé pour l'éternité " rappellent un décor de Beckett dans un style parfois trop dénué de mordant pour restituer totalement l'horreur sous-jacente au récit. Coiffé du bonnet de ski à pompon censé afficher son statut, l'intellectuel Klioutcharev fait le va-et-vient entre les deux mondes. Il s'imprègne des " paroles élevées " proférés par les résistants souterrains, s'accroche au " verbe " comme à une bonbonne d'oxygène, symbolisant à lui seul des générations entières d'écrivains condamnés au silence d'État.

La BrÈche de Vladimir Makanine
Traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs, Gallimard, " L'Imaginaire ", 119 pages, 5,90 e

La Brèche de Vladimir Makanine

 

 

 

 

pub

 

© Le Matricule des Anges et ses rédacteurs

Françoise Monfort

accueil l Le Matricule l courrier l forum l l articles l auteurs l vidéos