Le Matricule des Anges, magazine littéraire

   Le mensuel de la littérature contemporaine
acheter le Matriculeabonnementoffrir un abonnementanciens numeros

Les articles       

Les Bibliothèques idéales
de
Jean-Luc Parant
Musées de Strasbourg (Les)
17.00 €


Article paru dans le N° 076
Septembre 2006

par

*

   Les Bibliothèques idéales

Le poète construit d'inlassables et vertigineuses machines à voir le monde. Et l'immobilité devient mouvement.

Jean-Luc Parant surprend. Mille fois sur le métier il remet son ouvrage et, chaque parution éclaire d'un jour nouveau sa monomanie : l'oeil, les yeux, le regard. Ce tome quatre continue l'oeuvre en cours, c'est-à-dire cet exercice de style qui consiste à parler d'un objet, sans s'occuper de son aspect. L'exemple scolaire de ceci reste le classique descriptif d'une boule de billard (la boule étant un autre objet de prédilection de Parant, une autre façon d'aborder le même sujet), qui n'évoque ni sa forme ni sa couleur. Tout élève finit par le découvrir : ignorer l'apparence physique, c'est sans aucun doute s'attacher à la fonction.
Or, le paradoxe vient de ce que le regard ne voit pas ce par quoi il voit, sa fonction n'existe que dans la mesure où il ignore son propre aspect. Si on ajoute à cela l'opposition jour et nuit, intérieurs et extérieurs (autant de paramètres qui changent la nature du regard), puis les différents regards selon qu'il s'agisse d'une femme, d'un homme ou d'un enfant et l'on imagine l'infinie variété des circonstances poétiques que l'auteur peut développer. " L'homme ouvre les yeux dans le jour et ses yeux cillent et ne restent pas ouvert sans cesse. Dans leur battement continu ils se ferment à chaque instant comme s'ils étaient toujours aveugles de la nuit de l'autre côté de la terre ". Le rapport de l'être au monde prend soudain une, voire (si l'on peut dire) plusieurs dimensions, presque irréelles. " Si la femme touchait ses yeux, ses yeux deviendraient des mains, comme si l'homme attrapait les oiseaux c'est que leurs ailes seraient des mains, ou que les mains des ailes ". Les phrases, les mots ne cherchent pas à éblouir, seul l'assemblage des idées donne naissance à une poétique, qui chamboule l'ordre des choses, sans doute la raison en est-elle que " l'homme pense parce que dans sa tête où il fait nuit il recherche le jour où il pourrait exister. " Et des idées à l'analyse, il n'y a qu'un pas que franchit l'étude publiée par les éditions Jean-Michel Place. Sur le principe, " un auteur parle d'un autre ", Jean-Louis Giovannoni nous livre sa vision de l'oeuvre du poète. En huit lois, dites physiques au regard du fait que l'oeuvre de Parant s'ancre dans la matière, dans la vie il aborde tout ce qui dans la langue et son rythme, le façonnage de concepts fait de répétitions, comme un malaxage jusqu'à l'extrême usure, montre l'originalité de cette poésie. Suivent une anthologie faite d'extraits, et quelques inédits, classés chronologiquement illustrant les thématiques chères à Parant, non pas sous l'angle de leur apparition presque tout est en place dès l'origine mais de l'évolution de celles-ci, leur enrichissement à force de ressassement.
Le musée de Strasbourg honore, quant à lui, un autre versant de son travail en publiant le catalogue d'une exposition des différentes facettes de ses obsessions : les boules, mais aussi les livres en cire en terre, les serre-livres... Le volume regroupe, outre les photos de l'expo, des contributions sensibles. Ainsi Pierre Tilman : " Parant est son propre parent. Il s'est mis au monde et ne veut être apparenté à personne d'autre qu'à lui-même ", Pierre Vilar évoquant le " Nuage de boules en spirale, tourbillon évidé d'un oeil au centre du flux, c'est le vortex qui entraîne la parole poétique de Jean-Luc Parant " ou encore Kristell Loquet qui découvre que dans cette oeuvre rotative : " La lecture mot à mot, phrase après phrase et page après page serait comparable à une sorte de parcours dans la nuit où les mains découvrent ce qui les entourent objet après objet, obstacle sous les doigts après obstacle sous les doigts. "

Les Yeux quatre
L'envolement
des yeux

Jean-Luc Parant
José Corti
242 pages, 18 e

Traité
de physique
parantale

Jean Louis
Giovannoni
Jean-Michel Place
125 pages, 11 e

Les BibliothÈques
idéales
de Jean Luc
Parant

Musée de
Strasbourg
127 pages, 17 e

Les Bibliothèques idéales de Jean-Luc Parant

 

 

 

 

pub

 

© Le Matricule des Anges et ses rédacteurs

accueil l Le Matricule l courrier l forum l l articles l auteurs l vidéos