Le Matricule des Anges, magazine littéraire

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Les articles       

American Vertigo
de
Bernard-Henri L?vy
Grasset
20.90 €


Article paru dans le N° 072
Avril 2006

par T.G.

*

    American Vertigo

Sous couvert de défendre les États-Unis, le philosophe de Saint-Germain se livre à un éloge brouillon du capitalisme. Chasseur d'exotisme, BHL a bâti avec American vertigo un bazar où la pensée est bradée.

À l'aune de son écriture, Bernard-Henri Lévy ne mérite pas de collectionner sur sa chemise la trace crémeuse des tartes qu'on lui a réservées. Le style d'American Vertigo ne manque pas d'énergie. La phrase se déploie en de courtes séquences qui entraînent le lecteur toujours plus loin. Et l'on trouve même un talent de portraitiste à notre homme lorsqu'il dessine le Président américain : " Il a, dans le regard, dans l'excessive proximité des yeux, ce quelque chose d'imperceptiblement affolé qu'ont les enfants dyslexiques qui sentent qu'ils vont se tromper, qu'ils se feront gronder pour cela ".
On aurait aimé que ce trait soit représentatif de tout le livre, mais, à part le récit ironique d'une cérémonie indienne en l'honneur du sénateur Daschle, le reste ressemble plus à un inventaire dressé à la va-vite par un homme pressé. C'est que ce valeureux spécimen de l'élite intellectuelle française s'est donné un programme chargé en rencontres et dîners (au point qu'apprenant que sa fille vient d'accoucher, il fera l'aller-retour Washington Paris dans la même journée...) Trop pressé, le VIP ne peut donner de l'Amérique autre chose qu'une multitude d'images zappées, pour la plupart convenues, choisies pour leur exotisme spectaculaire ou le clinquant de ses interlocuteurs (Sharon Stone " elle porte une jupe et un chemisier beiges. Un châle sable ", entre autres).
Partant en guerre contre " l'anti-américanisme primaire " (difficile d'être pour), l'ami des Américains se propose donc de suivre les traces d'Alexis de Tocqueville (1805-1859), à la tête d'une équipe dont on ignorera la composition et le rôle exact. Seul BHL écrit, comme si, seul, BHL rencontrait ceux qu'il rencontre. Mais passons. Le lecteur est gavé comme une oie par les observations d'un homme qui ne semble porter de regard que sur la surface des choses. Le livre semble autant dicté par les couvertures des magazines (pour ou contre le mariage gay, la peine de mort, les bordels, la guerre en Irak ?) que par une réelle plongée, en profondeur, dans ce " pays magnifique et fou ". De quelques anecdotes et discussions, notre sociologue tire des conclusions qui ne défriseraient pas un caniche : observant que sur les autoroutes la voie de gauche n'est pas réservée aux véhicules les plus rapides, BHL en profite pour broder sur le sens " de la démocratie automobile en Amérique ". Qu'il ait si peu à dire de ce qu'il voit en devient presque étonnant : exceptionnellement, il est autorisé à visiter Quantanamo : que tire-t-il de trois jours sur la base cubaine ? " Quelque chose dans l'air, le bleu du ciel et de la mer ", les maisons des officiers, le " McDonald's " et le nom des camps : cinq pages, et rien, ni information ni émotion. Aller à Quantanamo pour obtenir la preuve qu'on est un VIP...
Pour masquer le vide de cet album dévertébré, BHL prend soin de noyer son lecteur sous les références, noms de personnalités, sigles, mouvements religieux, etc. Jeté en vrac sur le papier, le texte en devient obèse : est-ce là le résultat d'un mimétisme avec son objet ?
Mais le pire n'est pas là : le pire, c'est quand BHL fait mine de croire que les USA sont en Irak pour rétablir la démocratie, le pire, c'est quand il fait mine de croire que le Patriot act n'a été voté que pour lutter contre le terrorisme. Des hommes qui entourent Bush, et dont il en rencontre une partie, BHL oublie de dire les liens qu'ils ont avec les groupes d'armement ou pétroliers. Alors qu'en préambule il se dit sans a priori, notre philosophe parle des " atteintes aux droits constitutionnels qu'implique la lutte contre le terrorisme " (p.22) sans remettre en cause le bien-fondé de ces atteintes-là ni douter des raisons du Patriot act. Et bien plus loin, évoquant l'absence de secours pour la New Orleans noyée sous Katrina, il s'en prend à Michaël Moore et à ceux qui, écrit-il, " voudraient obliger à choisir entre faire des digues chez soi et construire la démocratie chez les autres. " BHL vise-t-il le poste de directeur du tourisme américain pour ainsi falsifier les faits ? Car, jusqu'à preuve du contraire, pas plus que la présence d'armes de destruction massive sur le sol irakien, l'instauration de la démocratie ne semble avoir présidé à l'envoi des marines à Bagdad. Mais dans les grands dîners, ce genre de choses peut-être ne se disent pas.

American Vertigo
Bernerd-Henri Lévy
Grasset
494 pages, 20,90 e

Ce que la presse en a dit...
New York Times :
" Il y a de nombreux moments, voyageant en voiture avec lui, où vous avez envie de lui dire de la fermer cinq minutes et de mieux regarder le paysage. "

The Economist : " Monsieur Lévy (...) passe beaucoup trop de temps à nous dire des choses que nous savons déjà. "

Los Angeles Times : " Mis à part le fait qu'Alexis de Tocqueville et Bernard-Henri Lévy sont tous les deux français, ils n'ont rien en commun. "

 American Vertigo de Bernard-Henri L?vy

 

 

 

 

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