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Les articles       

Les Fantômes d'Oradour
de
Alain Lercher
Verdier
10.00 €


Article paru dans le N° 008
juillet-août 1994

par Christophe Kantcheff

*

   Les Fantômes d'Oradour

En mémoire d'Oradour

Dans la fièvre de commémoration des événements de l'année 1944, la France vient de célébrer le cinquantième anniversaire du massacre d'Oradour-sur-Glane, qui eut lieu le samedi 10 juin. Ce n'était là qu'une occasion de publier le livre d'Alain Lercher, qui dépasse amplement la simple dimension commémorative. Parce que des membres de sa famille y ont péri, et que sa mère et sa grand-mère ont eu la chance de ne pas s'y trouver ce jour-là, "les Fantômes d'Oradour" n'ont cessé d'accompagner Alain Lercher. A partir de cet "héritage" intime, il montre comment ces fantômes ont hanté la mémoire collective en même temps qu'elle ne leur accordait qu'une place fluctuante, et en quoi celle-ci aujourd'hui encore est fragile.
Le livre commence par une relation sobre et précise des faits. Parfois, un très bref commentaire, comme après ce rappel : ce sont des unités aguerries du régiment Der Führer de la division Das Reich, alors qu'elles devaient filer vers la Normandie qui "s'attardèrent" à Oradour. "On ne sait toujours pas pourquoi cette erreur stratégique." Après la guerre est venu le temps du jugement, ou presque. Les officiers allemands n'eurent aucun ennui. Quant aux soldats, la complication vint de la participation d'Alsaciens, les malgré nous, au massacre. Deux régions s'opposèrent : le Limousin et l'Alsace qui refusait toute responsabilité. Cette opposition traversait aussi la famille paternelle de l'auteur. Son père, alsacien, mais qui "avait remué les corps calcinés d'Oradour", ne pouvait suivre les positions des siens. Il y eut amnistie, et le village d'Oradour reconstruit se replia sur lui-même et sur ses ruines. Mais l'époque a changé. On a décidé, en 1993, d'y ériger un "petit Beaubourg de l'horreur". Les propos d'Alain Lercher sur les enjeux de la mémoire, "l'ultime devoir moral que nous nous connaissons" sont nécessaires. Mais il ne procède pas par affirmation. Il s'interroge : que faut-il garder? C'est en retournant sur les lieux qu'il comprend pourquoi il ne faut pas détruire les ruines, comme il ne faut pas détruire le camp d'Auschwitz : parce que les fantômes y restent présents.

Christophe Kantcheff

Les Fantômes d'Oradour
Alain Lercher

Verdier
93 pages, 65 FF

Les  Fantômes d'Oradour de Alain Lercher

 

 

 

 

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Christophe Kantcheff

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