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Les articles       

Agnès, (suivi de) Ah! Anabelle
de
Catherine Anne
Actes Sud
14.48 €


Article paru dans le N° 006
février-avril 1994

par L. Cazaux et T. Guichard

*

    Agnès, (suivi de) Ah! Anabelle

Elle écrit ses pièces, elle les met en scène, elle se retrouve parfois sur les planches, Catherine Anne vient de publier Agnès, récit d'un inceste. Sortie de scène.

Dernière pièce écrite et mise en scène de Catherine Anne, Agnès est un récit très fort qui raconte l' inceste entre une petite fille de 12 ans et son père. Catherine Anne commence à se faire connaître en 1987 avec la mise en scène d'Une Année sans été. Etiquetée "espoir du théâtre français" par la critique, elle alterne ses expériences de metteur en scène-écrivain (Combien de nuits faudra-t-il marcher dans la ville, Eclats, Tita-Lou, Le Temps turbulent) et d'actrice (La Maman et la putain). Nous la retrouvons après le spectacle, au bar du théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis. Visiblement, la jeune femme n'aime pas trop parler d'elle. Son regard fuit de tous côtés, elle cherche, dans ses réponses un moyen de retourner la question à ses interlocuteurs. Soudain, au détour de la conversation, elle se pose, rentre en elle-même et se livre... un peu. Mais l'inquiétude reprend vite le dessus. Elle esquive la question suivante... Une rencontre farouche.
Qu'est ce qui vous a amené au théâtre?
Je n'ai pas eu une enfance baignant dans le théâtre. Mais à 12-13 ans, j'ai fait des spectacles, avant même d'en voir. Et très vite je me suis intéressée à la mise en scène et à l'écriture. A 15-16 ans, j'ai décidé de venir à Paris, pour faire l'école de la rue Blanche puis le Conservatoire national d'Art Dramatique. C'était une façon pour moi de comprendre ce qui se passait sur un plateau, pour pouvoir mieux diriger les acteurs. Je ne suis pas une comédienne venue ensuite à la mise en scène, c'est l'inverse...
C'est le théâtre qui vous a poussé à écrire?

Je ne crois pas. J'écris depuis très longtemps. Mais le terrain qui m'amuse le plus, c'est le théâtre, c'est là, peut-être, que j'ai trouvé la forme la plus adaptée à ce que j'avais envie d'exprimer. Ce que j'aime passionnément, c'est la mise au bord du vide des mots. C'est un travail qui demande une grande exigence littéraire et une grande modestie. Les mots doivent être écrits en laissant des trous, des abîmes pour que les corps puissent en prendre possession. Les mots sont orphelins, comme le sont les acteurs. La rencontre entre les mots et les acteurs est magnifique.
Vous écrivez en fonction d'une future mise en scène?

Non. En écrivant je ne pense pas à la représentation théâtrale, seulement à des choses de la vie. Mais quinze jours, trois semaines avant le début des répétitions, je fais une lecture avec les comédiens. Ça me confirme les passages à réécrire.
Comment est née Agnès?

En plusieurs temps. J'ai d'abord lu un témoignage d'une jeune femme victime d'un inceste. J'étais en train d'écrire Le Temps turbulent et de me poser des questions de forme sur comment faire du théâtre autrement que dans la linéarité. J'étais en panne. Ce reportage m'a beaucoup touchée. J'ai refermé le livre, mais le sujet est remonté et ça a commencé à vouloir travailler là-dessus.
Ça?

Oui, ça s'est fait malgré mes défenses. Ce sujet a provoqué beaucoup de réactions négatives, en premier lieu les miennes. N'ayant pas vécu cela, il me semblait que je ne pouvais pas en parler. Mais ça a voulu s'écrire. Ça m'a tellement agacée que je me suis laissée faire. J'avais le sentiment que ce serait une pièce très différente des autres et que j'en serais débarrassée au bout de quinze jours. Mais après avoir écrit Le Temps turbulent, j'ai eu envie de retravailler Agnès. Je ne sais pas pourquoi j'ai écrit ce texte et je ne veux pas le savoir mais je sens que c'est intimement important.
On a l'impression qu'Agnès est différent de vos autres livres. Vos pièces étaient plutôt métaphysiques, celle-ci serait plus ancrée dans le social?

C'est quoi le social? (Catherine Anne a un superbe sourire de gamine...) Disons que c'est la première fois qu'un de mes sujets est aussi virulent. Cette pièce est plus proche de la question du pouvoir quoique... Elle en est plus proche, visiblement.
La structure d'Agnès est assez complexe puisqu'il y a trois temps différents, trois Agnès?

C'est ça qui est bien. Sans le tiraillement entre ces trois Agnès, la schizophrénie théâtrale de ce choeur, je n'aurais pas pu raconter cette histoire-là. Impossible d'aborder un tel sujet dans la linéarité. J'ai beaucoup travaillé le rapport entre l'action et la narration. Comment monter ensemble des morceaux pour qu'ils se donnent de la lumière les uns les autres.
(Catherine Anne veut s'échapper. Elle accorde une dernière question)
Etre une femme, cela change beaucoup de choses dans votre façon d'écrire?

Sûrement. (un temps) : C'est ma réponse...

Agnès, suivi de
Ah! Anabelle

Catherine Anne
Actes Sud-Papiers
103 pages, 95 FF

 Agnès, (suivi de) Ah! Anabelle de Catherine Anne

 

 

 

 

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