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Les articles       

Un apostolat
de
Albert t'Serstevens
Durante
22.00 €


Article paru dans le N° 042
Janvier-Février 2003

par Jean Laurenti

*

   Un apostolat

Quelques mois après sa création, la Cité Kropotkine, phalanstère agricole animé par un groupe d'adeptes du communisme authentique, vient à manquer de sel. Faut-il en acheter et ainsi se compromettre dans un échange marchand?
Ce dilemme préfigure la décomposition du rêve du petit groupe fouriériste que t'Serstevens peint avec une évidente délectation. Un apostolat, favori malheureux du Goncourt 1920, est le deuxième roman de cet écrivain belge né en 1886 et auteur d'une oeuvre abondante. Ami de Cendrars, Mac Orlan, Dorgelès, Picasso, Suarès ou encore Morand, ce voyageur infatigable préférait la poussière des grands chemins à l'atmosphère confinée des salons littéraires. Il est mort en 1974 sans avoir connu la célébrité qu'il n'a d'ailleurs jamais convoitée.
Un apostolat est construit autour du douloureux apprentissage de Pascal, ange blond rêveur, et de la perte de ses grandes espérances. Le désastre lamentable de la Cité Kropotkine résulte de l'ineptie des principes qui l'ont fondée : une avant-garde repliée sur une autarcie vertueuse irradierait par son exemple la société tout entière et la gagnerait au communisme. En mettant en scène avec une ironie féroce les errements de la communauté, la sottise de son maître à penser ou les élans mystiques de Pascal, t'Serstevens prend des accents flaubertiens : "Chapelle enviait la sérénité du paysan que les problèmes de la philosophie n'accablent point (...)". "Il cherchait à convaincre (les visiteurs) des splendeurs du communisme." Pascal, pour sa part, s'éloigne de ses "Frères" bien avant la dispersion du groupe. Reclus dans la bibliothèque, "comme un bénédictin dans sa cellule", il essaie de comprendre "comment le bonheur des hommes pouvait être enfermé dans une équation." Après son départ précipité, il se fera apôtre de l'amour universel : dans le plus grand dénuement, il prêchera à Londres, puis distribuera ses écrits dans les rues de Paris. Mais las de la vanité de ses efforts et de l'indifférence des hommes, il va finalement retirer sa défroque de missionnaire pour se glisser dans la couche douillette de la riche femme d'un financier et recevoir son éducation sentimentale. L'ultime chapitre s'intitule "Vie nouvelle". Tout un programme.

Un apostolat
Albert t'Serstevens
Durante
239 pages, 22 e

Un apostolat de Albert t'Serstevens

 

 

 

 

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Jean Laurenti

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