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Fanfare
de
Emmanuel Adely
Stock
13.60 €


Article paru dans le N° 040
Septembre-octobre 2002

par A.R.

*

    Fanfare

Le narrateur est assis dans une loge de théâtre. Il assiste consterné à un énième remake des Liaisons dangereuses. Il se demande ce qu'il fait là et se rappelle que quelques heures plus tôt il descendait d'un avion. Qu'il était parti en Egypte sur les traces d'un père qu'il n'a pas connu et que, parmi les reliefs de sa vie, il s'est découvert un frère. Une histoire apparemment simple. Pourtant, tout dans le dernier roman d'Emmanuel Adely semble tiré par les cheveux. À commencer par ce père improbable, ancien ministre égyptien mort en exil. On n'en saura guère plus sur le bonhomme, pas plus que sur la mère -il faut dire que le sujet avait été largement épuisé dans son poignant Jeanne, Jeanne, Jeanne-, ou sur son entourage.
Le narrateur, tout entier recroquevillé sur lui-même, ne s'intéresse à personne et s'autoflagelle avec concupiscence. Adely multiplie avec dextérité les abîmes spatio-temporels et les niveaux de souvenirs, mais l'alchimie ne fonctionne plus. On a pourtant aimé ici ses précédents romans, ses longs monologues tortueux, la plume plantée dans les sédiments de l'âme. Son écriture a perdu ses envoûtements lancinants, le texte, boursouflé, suinte désormais le procédé. Son personnage exaspère. Il ressasse, se plaint, gratte ses pustules et, entre deux tirades, pense à prendre rendez-vous chez son dermatologue. C'est que l'homme peut aussi se montrer terre à terre, à l'image d'une société qu'il condamne sans appel. Il renie son milieu, écoeuré par le spectacle de bobos digérant avec application des extraits de Laclos et estime, lui, avoir, dans le désert, touché du doigt la "réalité". Il croit, dernière nostalgie occidentale, pouvoir décrypter dans la misère austère du tiers-monde, les sublimes vestiges de la vraie vie. On refuse définitivement de le suivre dans cette voie-là.

Fanfare
Emmanuel Adely
Stock
168 pages, 13,60 e

 Fanfare de Emmanuel Adely

 

 

 

 

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A.R.

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