Vos critiques     

Classement par ordre d'arrivée

Voici les critiques que nous avons déjà reçues, bonnes lectures et bonnes découvertes.
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Index des livres abordés
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Le premier à s'élancer dans cette rubrique a été David Boher. A 27 ans, ce jeune homme vit à Maurepas (78, France) et travaille comme journaliste pigiste pour différents organes de presse comme L'Arche, Passages, Actualité Juive. Il n'a pas d'e-mail (l'envoi fut postal) mais si vous avez des remarques à lui faire, vous envoyez vos messages au Matricule qui fera suivre.

PORTRAIT

Anacristina Rossi : Un temps pour se taire, un temps pour parler. une vie aux caraïbes, une vie en Europe.

Anacristina Rossi a dit un jour que I'écriture érotique d'une femme était un acte politique. Par la littérature, on peut briser l'injuste silence pesant sur la sexualité féminine, car "la sexualité qui s'exhibe (...) est celle des mâles, des hommes". Dans Maria la nuit, son premier roman, Anacristina Rossi suit ce principe et touche au passage à d'autres tabous, suscitant I'outrage des éditeurs de son pays, le Costa Rica, ce qui l'amena à se faire éditer d'abord en Espagne en 1985.
C'est que pour I'écrivain, les mots doivent être dits. Ce sont eux, par exemple, qui rapprochent un homme et une femme. Ils doivent être dits, mais ensuite, au-delà, il y a le "noyau des choses", I'essentiel qui ne se vit que par l'expérience, en silence : "En Europe, on croit qu'on peut dire la plupart des choses par des mots (...). La tradition indienne, [dont je me sens proche] c'est que beaucoup de choses se passent sans [eux]"
La parole et le silence : deux nécessités apprises peut-être des deux cultures caraïbe et européenne.
Anacristina se méfie aujourd'hui profondément des utopies, mais en 1973, à vingt-et-un ans, elle milite au Costa Rica dans une troupe de théâtre de la gauche révolutionnaire. Ses parents, inquiets, tentent de I'en arracher. Son père finit par lui proposer de partir pour l'Europe. Elle passe quatre ans en Angleterre, dix autres en France avant de retourner au Costa Rica. Etudes, psychanalyse, traductions, journalisme, deux romans et un livre de contes. Malgré ces années d'éloignement, I'attachement d'Anacristina Rossi à son pays n'a pas faibli. Mais elle s'identifie aussi à une région plus vaste : "[mes] Caraïbes à moi, c'est les Caraïbes [du] Nicaragua, c'est aussi les Caraïbes des îles, on partage beaucoup de choses (…) : c'est mon territoire..."

Depuis deux ans, Anacristina Rossi vit aux Pays-Bas où elle écrit cette fois le roman d'une psychologie masculine, peut-être pour briser les silences trop pudiques de celle-ci. Des silences qu'il faut vaincre, au contraire de ceux qu'il faut vivre, comme dans la tradition indienne.

David Boher (Maurepas, 78 - France)

 

Maria la nuit
Anacristina Rossi

Actes Sud 264 pages, 128 FF

Note du Matricule :

Sur le fond, rien à dire si ce n'est que ce roman d'Anacristina Rossi avait été adressé à Christine Fiszer-Guinard, notre collaboratrice, qui ne l'a pas apprécié du tout et nous n'en avons pas parlé dans nos colonnes. Cela ne signifie pas que le livre est mauvais. les jugements subjectifs de chaque membre de la rédaction sont souverains…

Quant à la forme, David Boher range son papier dans la catégorie du portrait qui est, avec l'interview, un des genres les plus difficiles du journalisme. Là où, me semble-t-il, son article nous laisse sur notre faim c'est à propos de l'oeuvre elle-même de l'écrivain. Si nous en avons une image très schématique (l'érotisme féminin) nous ne savons rien ni de l'intrigue, ni du style. Pour un portrait, on aimerait avoir une présentation biographique (légitimée par l'actualité éditoriale) puis une analyse du roman. Le fait qu'elle soit étrangère, qu'elle parle d'érotisme féminin et qu'elle ait publié un livre ne suffit pas à éveiller notre intérêt. A part ça nous avons des infos et c'est déjà beaucoup!

T.G.

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Portrait

ARNALDO CALVEYRA, OU VIVRE D'ABSOLU

"...Mettre en jeu les mots (...), c'est la seule chose qui m'intéresse" : Arnaldo Calveyra est un poète. Les mots, il les "met au travail", il les "réveille", il les aime : ce sont "des objets qui prennent vie" et qui viennent le visiter le jour, tandis qu'il marche dans les jardins publics, et la nuit, quand il dort : "les rêves, pour moi, et heureusement dit-il, sont des pédagogues, ils viennent pour me donner des mots meilleurs que ceux que j'ai trouvés la veille". Arnaldo Calveyra est un poète, mais il navigue entre les formes littéraires. "Je ne crois pas beaucoup aux genres, dit- il. Je crois que les choses viennent comme elles veulent. C'est pour ca que je ne serai jamais romancier..." "Les gens ont besoin d'intrigues, les gens veulent savoir comment les choses finissent alors que {le processus] est beaucoup plus intéressant". S'il écrit des contes, c'est parce qu'ils deviennent poèmes par la chute. S'il se fait parfois auteur de théâtre, la trajectoire du dramaturge est une trajectoire sociale qui ne l'intéresse pas beaucoup et à laquelle il préfère la création poétique entre les quatre murs d'une chambre. Arnaldo Calveyra aime les mots, et c'est pour eux qu'un jour de 1961, à trente-deux ans, il quitte son pays, l'Argentine. La province d'Entre Ríos, au nord de Buenos Aires, l'a vu vivre une enfance campagnarde, d'où lui vient sa sensibilité aux éléments dans sa prose. Après un écoeurement consécutif à la publication, à quinze ans, d'un roman qui n'est pour lui qu'une erreur, il se consacre totalement à la poésie. Il suit des études littéraires mais surtout lit beaucoup et travaille avec son maître, Carlos Mastronardi. Puis son poste de professeur dans le secondaire dévore tout son temps : l'écriture devient impossible. Il part alors pour Paris, "création de l'Homme", "création universelle". Il vit de petits boulots, de traductions, mais a gagné l'essentiel : "J'avais le temps, c'était mon capital"...

Quand Arnaldo Calveyra aborde la situation passée et actuelle de l'Argentine, transparaît chez lui une certaine tristesse. L'homme est heureux cependant : "peut-être [grâce à] cette quatrième dimension qui est la mienne. D'être là-bas et d'être ici, parce que j'ai deux continents à ma disposition". Peut-être aussi parce que sa vie tend vers cette "justice poétique" qui doit être selon lui le rôle de la poésie. Chez Arnaldo Calveyra, le poète se devine aux gestes et au regard. "Il y a des gens qui vivent d'absolu", dit-il, et il est sûrement l'un d'eux.

David Boher (Maurepas, 78 - France)

Arnaldo Calveyra
Si l'Argentine est un roman

Actes Sud, 1998 - 204 pages, 100 FF

L'homme du Luxembourg,
Actes Sud, 1998
96 pages, 65 FF

Note du Matricule :

Un peu les mêmes remarques que pour le papier sur Maria, la nuit. Même si, ici, le portrait est plus attachant, plus complet. On aimerait quand même entendre, lire, comprendre cette poésie dont on ne sait rien. La difficulté d'écrire sur la littérature c'est, d'abord, d'identifier le fait littéraire. Et le faire émerger dans l'article. Si Calveyra avait été peintre, nous aurions pu avoir exactement le même article, non?

Mais l'article de David Boher donne tout de même envie d'aller lire cet auteur.
T.G.

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Voici maintenant deux articles de :

Michel Chillot, un médecin généraliste de 41 ans, marié et père de deux enfants (une fille de 14 ans et un garçon de 12 ans). Sa passion? La littérature, bien sûr. Ses écrivains préférés? "Impossible de répondre, ils sont trop nombreux."
Il a commencé à écrire des critiques sur les livres qu'il aime pour un serveur réservé aux médecins, sinape (accessible par internet, sinapse.bplorraine.fr port 3004 ou par modem).

La promenade en mer

De la plage du Bouil, j'aperçois au loin les contours de l'île de Ré. Je ne suis jamais allé à l'île de Ré. Mais son nom me paraît familier. Je pense à une chanson de Clause Nougaro (Dans l'île de Ré, Ma belle adorée...) et surtout au roman d'André Mauprat*,La Promenade en Mer. J'ai lu ce livre à sa sortie en 1989 et il m'a profondément marqué.Il y a des livres que l'on oublie dès que l'on a terminé de les lire, même si leur lecture nous a procuré du plaisir. D'autres livres restent présents en nous pour toujours, ils sont rares mais La Promenade en Mer fait partie de ceux-là. Un homme, au seuil de la mort, écrit une longue lettre à sa fille Hélène âgée de 26 ans pour lui faire des révélations sur les années de tourment qu'ils vécurent ensemble. La mère d'Hélène s'est suicidée peu de temps après sa naissance. Placée en nourrice jusqu'à l'âge de 10 ans, le retour au domicile paternel sera difficile. A l'adolescence la crise éclatera. Dans cette relation très tumultueuse entre un père et sa fille, seule leur passion commune pour la mer et les opéras de Mozart ("c'était ce soir-là que pour la première fois, n'est-ce pas? nous avions écouté ensemble, d'un bout à l'autre, un opéra de Mozart, cette Flûte Enchantée ....") leur procurera la félicité. Le père achète une maison à l'île de Ré et acquiert un dériveur, un quatre mètres vingt. L'auteur décrit magnifiquement leurs sorties en mer. Tout lecteur qui se sera essayé à la pratique de la voile sera ému en lisant ces lignes. "Suspendue entre le ciel et l'eau, rayant l'azur d'une diagonale de chair, ne touchant plus aux choses que de la pointe du pied sur le liston et du mince fil d'acier qui te rattache au mât, tu creuses encore tes reins et étends tes bras en arrière comme si, d'un dernier élancement, tu voulais tout à fait quitter le monde, te délivrer de la pesanteur, te perdre dans la lumière et le vent. Et les jambes écartées, les bras en croix, la face basculée contre le ciel, les paupières closes, dans cette pose à la fois tendue et abandonnée, ardente et livrée, tu semblais gouter une félicité prodigieuse" Hélène connaît une passion tragique avec un garçon sans scrupule. Après le drame (le citer enlèverait du plaisir à ceux qui voudraient lire ce livre) son père, professeur d'histoire, accepte un poste aux USA, à l'université de Yale puis à Cambridge en Angleterre. Hélène l'avise par courrier de ses fiançailles et de son mariage avec Vincent, avocat stagiaire. Apprenant qu'il est atteint d'une maladie incurable, il décide de revoir sa fille une dernière fois. Il trouvera une femme de 26 ans, épanouie et mère d'une petite fille. "Cette femme épanouie, cette femme posément radieuse dont tu dressais devant moi la brisante splendeur, elle affirmait simplement que n'était plus, que ne serait plus jamais celle que tu fus, dont peut-être déjà à peine tu te souviens, et qui si violemment, si lancinamment me tourmenta: la fille maigre à force d'être mince, transparente à force d'être pâle, et dont les yeux consummaient la face -l'adolescente, puis la femme aux gestes trop abruptes, aux humeurs trop imprévisibles, aux élans trop tendus, aux passions trop murées, qui m'est toujours restée plus mystérieuse qu'une étrangère et dont, durant tant d'années, j'ai tant redouté."

La Promenade en Mer
André Mauprat

Editions La Manufacture
791 pages, 110 FF

*André Mauprat est psychiatre au centre hospitalier spécialisé de Charleville dans les Ardennes. Il a publié en 1986 sous son vrai nom, André Jeannot, un essai sur Balzac (Honoré Balzac, le forçat de la gloire) préfacé par Félicien Marceau de l'académie française. Ce livre fut distribué par les laboratoires Ciba-Geigy et n'est pas disponible dans le commerce. J'avais entendu à la radio une interview de Félicien Marceau à propos de ce livre qui s'offusquait qu'un livre de cette qualité ne soit disponible qu'aux seuls médecins, incapables d'en apprécier les qualités, par l'intermédiaire de la visite médicale. Je ne sais pas si André Jeannot a écrit depuis d'autres livres.

Michel Chillot
michel.chillot@hol.fr

Note du Matricule :

Infos, enthousiasme, sensibilité, citations : rien à dire si ce n'est : bravo! Michel Chillot est un ange. Au Matricule, on interdit l'utilisation du " je " dans les critiques (c'est un long débat mais disons que lorsqu'on dit " je " dans une critique on détourne une partie du message pour parler de soi. Mais ici, Michel Chillot parvient à écrire un " je " qui s'efface, qui se fait humble. L'envie de lire ce roman d'André Mauprat est d'autant plus forte.

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Jean Reverzy, un médecin écrivain à redécouvrir
Jean Reverzy (1914-1959) médecin généraliste à Lyon connaît la gloire littéraire lors de la parution de son premier roman en 1954, Le Passage, qui obtient le prix Renaudot. Le Passage raconte l'histoire d'un homme, Palabaud, qui a vécu en Océanie et qui revient en France pour mourir d'une cirrhose. Il consulte un médecin à Lyon, "compagnon des voyages anciens" qui l'accompagne jusqu'à la mort, ultime destination. Jean Reverzy nous retrace l'itinéraire médical de Palimbaud à travers plusieurs portraits de médecins, dont le sien comme médecin de quartier populaire:
"Fixé dans ma ville, j'étais devenu le médecin d'un quartier malheureux; j'avais accepté ce destin et un horizon de hautes maisons misérables. Des infiniment pauvres, des intouchables puis des ouvriers, des employés chétifs avaient frappé à ma porte: je les avais soignés comme, là-bas, j'eusse soigné les lépreux. Tout le jour, ils venaient s'étendre sur mon divan brûlé par leur fièvre, verni par la sueur de leur angoisses".
Reverzy ne nous parle jamais de guérison: le médecin écoute, observe, examine puis doit accompagner son patient vers la mort en gardant sa dignité. Il se proclame "le compagnon des agonisants" Misère, Soufrance et mort sont les compagnons de route du médecin. "Mes scrupules et mes craintes peuvent paraître excessifs: Palabaud serait bien mort n'importe où!...Dans un hôpital, je voulais que Palimbaud évitât la salle commune et la curiosité des étudiants.". Le livre se termine sur l'autopsie de Palimbaud, demandée par le Professeur Joberton de Belleville par "intérêt scientifique grave" pour confirmer son hypothèse de "cirrhose pigmentaire". Mais le cadavre qui "n'a pas de sens" ne livera pas ses secrets: "C'est la réalisation décevante d'un souhait noble de connaissance et de pénétration qui ne sera jamais satisfait". A noter un savoureux portrait d'un garçon de salle d'autopsie qui nous rappelle des souvenirs de faculté! Place des angoisses est le second roman de Jean Reverzy. Un roman autobiographique en fait. C'est un travail sur la mémoire: la découverte du monde hospitalier en 1933 puis l'installation.dans un quartier populaire de Lyon. Un homme, le Professeur Joberton de Belleville, a profondemment marqué Jean Reverzy. Pour parler de lui, il emploie le terme "Le Maître". Joberton de Belleville est un mandarin qui règne en souverain dans son service. Le jeune étudiant perce l'intimité du Maître. Retenu pour traduire un article anglais, il est invité à dîner chez le Professeur qui habite la Place des Angoisses et fait la connaissance de son épouse et de son fils. Le souvenir qu'il garde de cette soirée évoque le monde proustien: "le souvenir du dîner de la Place des Angoisses garda longtemps pour moi les prestiges d'une histoire douteuse, aux allures de fable, imaginée dans le demi-sommeil, et qu'il me sembla, au fil des années, mieux comprendre" Mais Jean Reverzy garde toujours un oeil critique sur ce système hospitalier: une visite en "cortège", un hôpital qui déhumanise le malade "Je n'eus de surprise que devant les demis-vivants allongés sur les lits et manoeuvrant aux ordres bref du Maître et de ses disciples. En trois heures, j'appris tout du dialogue sommaire de la médecine hospitalière et de la maladie populaire.", et des maladesqui "attendaient la venue du cortège; les heures et les jours coulaient; ils ne cherchaient pas à comprendre: leur maladie serait ce que voudraient les medecins." Mais le livre de Jean Reverzy va plus loin.dans une réflexion sur la mort: "sa réflexion prophétique sur la mort des médecins" et la fatigue: "Etrange associée à ma vie! Le premier jour où sa main se posa sur mon épaule, je ne me doutai pas qu'elle m'accompagnerait si longtemps. Plus tard, comme une vieille douleur, je me suis pris à l'aimer. Récompense de tant de marches, de gestes et de paroles jetées à des êtres dont je n'ai pas retenu le nom, elle demeure comme le souvenir de leur passage et du mien. Et si je redoute encore la mort, malgré la certitude d'un néant mérité, c'est par crainte que rien ne subsiste du merveilleux fardeau accroché à mes épaules." Place des angoisses est publiée en 1956 et Jean Reverzy meurt probablement d'un infarctus du myocarde le 9 juillet 1959. En écrivant son livre, je pense que Jean Reverzy se savait déjà malade. Son premier malade Dupupet avait "le coeur malade", le Professeur Joberton de Belleville publie sur l'angine de poitrine et meurt d'une crise d'angor. Il en arrive à s'identifier à son malade: "Et Dupupet prit place parmi les morts priviligiés: le souvenir du vieillard épuisé, en révolte contre sa lassitude, luttant par de lents mouvements des bras et des jambes soulevant son édredon, s'accordait déjà à cette fatigue qui chaque jour me gagnerait davantage" En lisant l'oeuvre de Reverzy, la comparaison avec Céline s'impose à l'esprit. Je trouve que ce qui les différencie est que Céline est un écrivain médecin alors que Reverzy est un médecin écrivain. Dans les livres de Céline, les thèmes médicaux ne servent qu'à nourrir son style. J'espère que ces impressions sur l'oeuvre de Jean Reverzy vous donneront envie de le lire.

Biographie de Jean Reverzy

10 avril 1914: Naissance à Balan, près de Lyon. Fils d'un officier. Mère irlandaise
1916: Mort du père tué au combat
1931: Baccalauréat. Premiers poèmes envoyés à un académicien. Il lui est conseillé, en retour, de se consacrer à ses études. S'inscrit en mathématiques spéciales pour préparer l'école navale. Ne pourra passer le concours par suite de sa déficience physique.
1932: Début des études médicales
1934: Reçu externe des hôpitaux de Lyon
1938: Reçu interne provisoire
1939: Titularisé interne des hôpitaux de Lyon
1940: Obligé de démissioner des ses fonctions d'interne pour attitude non conforme
Février 1940: Thèse de docteur en médecine: Epithélioma du rein chez l'enfant
1940-42: Fait des remplacements de médecine générale
1942: Entre dans la résistance
1943: Arrêté par les allemands et transféré au fort de Montluc. Libéré le 10 juillet 1943
1944: Médecin-chef du macquis de l'Allier
1945: S'installe comme médecin de quartier à Lyon
1945-1952: Médecin généraliste. Chaque été, il effectue des voyages en Europe, au Moyen-Orient
1952: Début des malaises non identifiés qui confirme Reverzy dans la certitude de sa mort prochaine
Octobre 1952-Janvier 1953: Voyage en Océanie
1953: Au retour de son voyage en Polynésie, il publie ses premiers articles
1954: Publie son premier roman Le Pasage (Julliard), qui obtient le prix Renaudot 1954, et lui assure brutalement plus de 100000 lecteurs, la célébrité, une vie publique. Il n'en abandonne pas pour autant la médecine. Projette de retourner en Océanie
1956: Publie son second roman Place des Angoisses (Julliard)
1958: Publie son troisième roman Le Corridor (Julliard, Lettres Nouvelles)
9 juillet 1959: Meurt probablement d'une crise d'infractus du myocarde à Lyon
1960: Publication posthume de deux projets avancés de roman (Julliard, Lettres Nouvelles): Le silence de Cambridge, La vraie vie
1961: Publication posthume d'un ensemble de textes inédits ou déjà parus, écrits entre 1953 et 1959 sous le nom de A la recherche d'un miroir (Julliard, Lettres Nouvelles)

Bibliographie

+Place des angoisses, collection de poche Points Seuil (épuisé?)

+ Le Passage, collection de poche Points Seuil (300 pages, 40 FF)

+ Oeuvres complètes de Jean Revezy, Flammarion (épuisé?)

Michel Chillot
michel.chillot@hol.fr


Note du Matricule :

Ne pas confondre Le Passage de Reverzy avec l'imbécile premier (et espérons dernier roman) de l'ex-président de la République Valéry Giscard D'Estaing… Le Passage a réuni pas mal d'aficionados qui en parlent comme si ce livre était un Sésame. A signaler que la librairie Le Dilettante (Paris, 9, rue Cham de l'Alouette 75013 Paris Tél. : 01 43 37 98 98) avait quelques exemplaires de l'édition originale (en tout cas de l'édition hors poche) et qu'elle fait partie de la chaîne qui fait circuler ce livre. A noter également la nouvelle édition de La Vraie Vie (Le Passeur 1998; 123 pages, 75 FF). Pour les oeuvres complètes, le livre semble épuisé.

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Maison des autres, suivi de Un moment comme çà.
Silvio d'Arzo

édition Verdier, collection terra d'altri

Maison des autres de Silvio d'Arzo (1920-1952) est une nouvelle sur le thème du suicide. Nous sommes en Iltalie à Montilice, un tout petit village de montagne de l'Appennin «sept maisons adossées et rien d'autre» peu après la fin de la deuxième guerre mondiale. Un prêtre d'une soixante d'années est intrigué par la venue dans le village d'une femme un peu plus vieille que lui, Zelinda que d'Arzo compare à «un vieil olivier des fossés». Jour après jour, il l'a voit laver du linge dans le canal. Il ne sait comment entrer en contact avec elle, «elle vivait seule, plus loin que le sentier des ormes, juste à la limite de la paroisse, et après ce ne sont que ravins, toubières ou pire encore».
Un soir, elle vient rendre visite au curé sous prétexte d'une question futile. Avant de se quitter, le prêtre lui demande« êtes-vous bien sûre, Zelinda, de n'avoir rien d'autre à me dire?». Puis il se quitte.Les jours passent. Le prêtre apprend par sa gouvernante que Zelinda est venue à la cure pour déposer une lettre mais qu'elle l'a reprise. Il va la voir et insiste pour en connaître le contenu. Zelinda lui confesse la dureté de sa vie, «j'ai une chèvre que j'emmène toujours avec moi : et ma vie, c'est exactement la sienne». Elle vient à la question essentielle: peut-on «avoir la premission de finir un peu plus tôt?». Et le prêtre reste silencieux, ne trouvant pas les mots pour lui répondre.
Il ne s'adresseront plus la parole. Pendant trois mois, le prêtre ira la voir au canal. Puis plus rien.

Tout est écrit avec une économie de moyens. Sylvio d'Arzo réussit à trouver les mots justes pour raconter le drame de cette vieille qui vient demander à son curé la permission de se suicider.Un curé qui doute de son utilité : «Mais j'ai vraiment peur de ne plus pouvoir être utile à grand-chose dans un cas de ce genre. Tout cela est pour moi une autre langue...Fêtes, saintes huiles, un mariage sans façon, voilà désormais mon lot.»
Il décrit admirablement cette région de désolation : l'automne est pluvieux, «les pluies avaient déjà commencé. Partout une odeur d'herbe mouillée : le matin dans les bois, on trouvait des tas de moineaux morts noyés», l'hiver «les sentiers sont durcis par le froid et le bruit d'un pas s'entend presque d'en bas, du fond de la vallée».
Il rend avec grand talent l'atmosphère minérale de cette région qui semble le bout du monde par des touches de couleur: rougêatre, violet, bleu, rouille, couleur de vieux laiton, des touches d'argent, couleur gris de pigeon, noirci, sombre, ombre.
«Ici en haut, il y a une certaine heure. Les ravines et les bois, les sentiers et les pâturages deviennent d'une couleur vieille rouille, puis violette, puis bleue : dans le soir naissant, les femmes soufflent sur leurs réchauds, penchées au-dessus des marches, et le bruit des clarines de bronze arrive clairement jusqu'au village. Les chèvres se montrent aux portes avec des yeux qui semblent les nôtres.»
Un grand livre.
Un reproche pour l'éditeur, pourquoi s'être limité à ne réunir que deux nouvelles de Sylvio d'Arzo? Il en résulte un petit livre (par l'épaisseur) écrit en gros caractères qui se vend 58 francs. Toutefois, il faut reconnaitre que la présentation est soignée.

Michel Chillot

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Prison. François Bon. Editions Verdier.

par Gilles Moraton

De son expérience d'ateliers d'écriture en prison, François Bon a tiré un livre que l'on peut d'emblée qualifier d'humaniste. Humaniste dans le grand sens du mot. Pas un brin de voyeurisme, pas de commisération, pas d'apitoiement, les prisonniers savent pourquoi ils sont là et leur lucidité claque dur, il faut, lecteur, faire aussi son chemin dans le livre comme l'auteur l'a fait aux côtés des prisonniers. paroles rapportées, directement ou indirectement, de vies à peine ébauchées, de malheurs amoncelés sur des malheurs.
le livre engagé d'un homme qui ne veut pas fermer les yeux sur la misère du siècle, un livre qui dit : il y a des gens, là, des hommes, en prison mais des hommes, tâchons de ne pas rester indifférents, il en va de notre humanité à nous.
Le texte des prisonniers et l'écriture de François Bon se mêlent, se répondent, s'affrontent parfois; et s'ils vous remuent autant de l'intérieur ces gens-là, c'est que rarement leur parole est donnée à entendre. Elle en vaut pourtant la peine.

Prison. François Bon. Editions Verdier.

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Bruno Fuligni. L'Etat c'est moi. Editions de Paris

par Eric Dussert :

Puisque le Matricule des Anges a enfin trouvé son logis au pays de la Fiction, des Hyperliens et autres Virtualités exponentielles, je profite de cette belle occasion pour souligner l'intérêt d'un livre qui vient de paraître aux Editions de Paris dirigées par Max Chaleil. Il s'agit d'un essai intitulé L'Etat c'est moi qui fait l'étude volubile et plaisante d'un phénomène méconnu qui va s'amplifiant, celui des " Monarchies privées, principautés de fantaisie et autres républiques pirates ".

Tout en évitant les écueils de l'archipel du droit constitutionnel, aride royaume des juristes, Bruno Fuligni fait revivre depuis le XVe siècle des personnages qui ont décrété un jour qu'il fallait un empire à leur mesure. Ce sont, nous dit l'auteur, des "cryptarques" (contraction de "monarques cryptiques"). Partagés entre la joie enfantine de construire leur propre univers et l'affirmation de leur omnipotence sur un territoire parfois imaginaire - mais pas toujours -, ils constituent une formidable Equipe d'aventuriers, de flibustiers et de réveurs qui d'Amérique du Sud jusqu'à Montmartre en passant par les Iles du Pacifique ont fondé des dynasties et des Etats pour lesquels ils ont édicté des lois, émis des timbres, battu monnaie et même mené campagne.
Première tentative de classification d'un phénomène marginal et foisonnant, ce livre se lit aussi comme un excellent roman d'aventures. Et en effet, celles-ci ne manquent pas dans l'existence du roi des Canaries ou de Nestor 1er, ce roi d'Araucanie dont Francis de Miomandre s'est inspiré dans son roman de 1917, Le Veau d'or et la Vache enragée. Conquêtes, couronnements, trafics divers et pirateries, alliances et trahisons sont autant d'épisodes qui donnent à ces maîtres du monde et d'un jour une qualité toute romanesque.
Mystificateurs, utopistes ou assoiffés de pouvoir, les cryptarques en chambre sont plus nombreux aujourd'hui qu'on peut l'imaginer. Ils se sont dotés avec internet d'un outil parfaitement adapté à leurs "jeux" géopolitiques. Bien qu'immatérielles, les républiques de Conch, de Cuervo Gold, d'Elgaland-Vergaland ou de Port Colice se visitent. Du moins, leurs gouvernants existent et peuvent communiquer. Il suffit de les contacter aux adresses que Bruno Fuligni a eu la bonne idée de diffuser.

Amis des "Etats non reconnus", unissez-vous.

Eric Dussert

Bruno Fuligni
L'Etat c'est moi.
Editions de Paris
54, rue des Saint-Pères, 75007 Paris
239 pages, 125 FF

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Une journée d'Ivan Denissovitch d'A. Soljenitsyne (collection 10.18)

Si c'est un homme de Primo Levi (Pocket)

par Michel Chillot :

Déclaration universelle des droits de l'homme : 50ème anniversaire.


Deux livres sont à lire absolument :
"Une journée d'Ivan Denissovitch" d'A. Soljenitsyne (collection 10.18)
"Si c'est un homme" de Primo Levi (Pocket)

"Une journée d'Ivan Denissovitch", publié en Russie en 1962 dans le numéro 11 de la revue Novy Mir, organe de l'Union des Ecrivains soviétiques sous le règne de Khrouchtchev, fait connaître Soljenitsyne au monde entier. Le livre sort en France en 1963 aux éditions Juilliard. Pierre Daix, ancien déporté de Dachau, en écrit la préface et ne manque pas de faire le parallèle avec ce qu'il a vécu.
Soljenitsyne nous fait le récit de la vie d'un simple paysan russe, Ivan Coukhov, matricule M. 854 interné dans un camp spécial pour la huitième année, durant une journée de l'hiver 1950-1951.
"Une journée d'Ivan Denissovitch s'inscrit dans l'effort actuel pour laver la révolution des crimes qui la souillent, mais plus profondément sans doute, c'est un livre qui vise à rendre à la révolution toute sa signification. De même qu'il dépasse les manifestations de la terreur proprement dite pour montrer dans quelle mesure les rapports humains ont été altérés et l'homme rendu étranger à l'homme, de même il place ses lecteurs, qu'ils vivent en régime socialiste ou non, devant cette responsabilité qu'ils ont de vivre en homme. Oui, rien n'est jamais acquis à l'homme, pas plus la révolution que ce qui le distingue de l'animal. Rien, ni personne ne peut jamais libérer les hommes de cette responsabilité, et s'ils viennent à l'oublier ou à croire qu'ils ont gagné, ils se démettent, ils abandonnent ce seul combat qui fait d'eux des hommes, qui les a arrachés à la bête, mais qui ne peut, par là même, avoir de halte ou de cesse, parce que ce combat, c'est l'histoire des hommes.
Il n'est pas d'autre assurance contre la régression jusqu'à la barbarie, contre l'anéantissement atomique."

Pierre Daix (préface)


Si vous ne voulez lire qu'un seul livre sur l'holocauste, lisez sans plus attendre "Si c'est un homme" de Primo Levi.

Primo Levi est né à Turin en 1919 et soutient une thèse de chimie en 1941. Arrêté en décembre 1943 dans les montagnes du Val d'Aoste alors qu'il participait à la résistance, il est déporté dans le camp d'Auschwitz en 1944. Son livre est publié en 1947 par un petit éditeur qui l'accepte.
Le livre de Primo Levi est beaucoup plus qu'un simple récit sur la vie dans les camps de déportation. Primo Levi analyse les rapports entre les prisonniers et leurs bourreaux.
Primo Levi se donne la mort en 1987.
"Nous savons d'où nous venons : les souvenirs du monde extérieur peuplent notre sommeil et notre veille, nous nous apercevons avec stupeur que nous n'avons rien oublié, que chaque souvenir évoqué surgit devant nous avec une douloureuse netteté.
Mais nous ne savons pas où nous allons. Peut-être pourrons-nous survivre aux maladies et échapper aux sélections, peut-être même résister au travail et à la faim qui nous consument : et puis ? Ici, momentanément à l'abri des avanies et des coups, il nous est possible de rentrer en nous-mêmes et de méditer, et alors tout nous dit que nous ne reviendrons pas. Nous avons voyagé jusqu'ici dans les wagons plombés, nous avons vu nos femmes et nos enfants partir pour le néant; et nous, devenus esclaves, nous avons fait cent fois le parcours monotone de la bête au travail, morts à nous-mêmes avant de mourir à la vie, anonymement. Nous ne reviendrons pas. Personne ne sortira d'ici, qui pourrait porter au monde, avec le signe imprimé dans sa chair, la sinistre nouvelle de ce que l'homme, à Auschwitz, a pu faire d'un autre homme."

Mic (31 Dec 1998)

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