Classement par ordre d'arrivée
Voici les critiques que nous avons déjà reçues, bonnes lectures et bonnes découvertes. (et n'oubliez pas que vous pouvez commander chaque livre cité sur ce site).
Index des livres abordés
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Le Grand cahier d'Agota Kristof
Impressions de lecture de Vanicaramel
Paris, FRANCE
Cruelle vie
Non non, elle s'appelle vraiment comme ça ! Cette dame hongroise installée en Suisse a, l'air de rien, écrit le roman le plus horrible qu'il m'ait été donné de lire. Certains parlent d'humour noir : c'est bien pire que ça !
Des jumeaux racontent, sous la forme d'un recueil de rédactions au ton délibérément objectif, la vie qu'ils mènent chez leur grand-mère (dite la Sorcière) dans un pays où la guerre fait rage. L'hygiène plus que douteuse de l'aïeule peut prêter à sourire, ainsi que la sensualité exacerbée de la servante du curé, mais la scène de zoophilie, les terribles épreuves que les jumeaux s'infligent ensemble ou mutuellement (pour ne plus sentir la douleur, y compris morale, ni la faim...), la découverte du charnier, sont autant de moments insoutenables dans ce court roman.
Faut-il en conclure que dans un monde impitoyable seuls survivent les plus cruels ? Leçon que semblent avoir bien comprise les deux enfants, qui tirent leur inquiétante force de leur géméllité : complémentarité, cohésion et réciprocité sont alors les clés de leur incroyable instinct de survie.
Anne F. Garréta : Sphinx
de Eva Domeneghini
Sphinx
A sa sortie, en 1986, "Sphinx" révéla une jeune romancière qui étonnait par la maturité de son style et les commentaires unanimes louaient la réussite d'un roman audacieux, étrange et parfaitement bien mené. Notre auteure connaissait son affaire, soit, mais il fallait surtout s'arrêter sur l'originalité du livre, sur ce qui provoque encore aujourd'hui l'admiration du lecteur lambda: l'asexuation des deux protagonistes principaux: le narrateur et A***, vivant un amour passionné et tragique, sont à jamais des personnages ambigüs par la force des choses. Une histoire d'amour dont les protagonistes gardent une telle part de mystère, voilà qui excite une légitime curiosité...
Sphinx, suite de l'article içi
Tout m'énerve de Pascal Pellerin
Impressions de lecture de Vanicaramel
Paris, FRANCE
Le Paris de Paca
L'Homo Pacabêtus est un parigot (râleur comme il se doit), qui observe l'âme humaine (et ses turpitudes!) à travers la fumée d'un cône trempé dans du viski.
L'Homo Pacabêtus est du genre à fréquenter Tarlouze-land (le Marais) pour vomir toutes ses tripes dans une cave remplie de mousse et d'hommes à poil, pour y dégoter la femme de sa vie, une GwenDo qui se prend pour un mec, ou pour déniaiser les débutants avec son copain d'enfance.
L'Homo Pacabêtus a une PacaMaison où il dîne de coquillettes au beurre en compagnie de son obèse de chat rebaptisé GroCon, et où il fait un peu de Minitel (à question bête Pacabête offre une réponse moins bête qu'il n'y paraît), à la suite de quoi il reçoit celui qui aurait pu être son Grand Amour...
L'Homo Pacabêtus a un job chiant mais où il se défoule, avec la complicité d'une hystéro-hypocondriaque, contre les gens du premier étage. Il a aussi une mère chiante au dernier degré, à laquelle la moindre frayeur concernant son piti chéri déclenche une migraine effroyable. Enfin, vous l'avez compris, l'Homo Pacabêtus veut agir (avec le corps, avec les mots) pour ne pas se sentir seul, pour oublier qu'il est vieux -à 28 ans... pour ne pas trop penser, en attendant de rencontrer celui qui comblera ses sens ET son esprit (le Prince Charmant, eh oui!) J'ai rigolu de bout en bout, mais impossible d'expliquer aux collègues, intrigués par mon hilarité, que j'adore qu'on me raconte avec un langage cru et drôle des situations inénarrables (genre Le Mal attaque au Monop, comprenne qui pourra!). Âmes sensibles s'abstenir quand même...
La Béguine de Suzanne Bernard
Impressions de lecture d'Alice Granger
FRANCE
A propos de La Béguine, de Suzanne BERNARD (Editions Stock)
A contre-courant nous allons, dans ce beau livre agréable à lire, jusqu'à quelque chose d'ancien, jusqu'à quelque chose d'irrationnel qui habite à l'intérieur de la Béguine. Tout commence par cet objet intérieur, qui semble vouloir envers et contre tout poursuivre son intimité dans l'éternel présent hors du monde, dans le giron naturel comme une matrice....
A propos de La Béguine, suite de l'article içi
Journal de Michel Polac
Impressions de lecture de Vanicaramel
Paris, FRANCE
Journal de Michel Polac
C'est peut-être la curiosité qui donnera aux gens, connaissant le Polac cinéaste, homme de télévision et de radio, l'envie de découvrir l'envers du décor avec ce Journal. Mais pour moi, Polac est l'auteur de "Pourquoi m'as-tu", et cela justifiait amplement mon désir de retrouver la force de son écriture, surtout si elle est "brute de décoffrage".
Dans ces pages, sélectionnées par Pierre-Emmanuel Dauzet parmi les carnets de 1980 à 1998, on ne trouvera pas (ou très peu) le Polac des médias, mais plutôt le grand lecteur sans complaisance qui n'épargne sa hargne qu'à de rares Cioran, Rosset et... Houellebecq!
Il y a là aussi le Polac qui court les femmes, à la recherche de la fusion des corps, pour lui seule forme du bonheur pur sur Terre, mais qui par là-même en devient misogyne (et misanthrope tout court! Comment croire en effet en une Humanité qui a produit les SS et Le Pen? -Polac rêve encore et toujours le retour de son père déporté).
Et surtout le Polac qui s'est toujours interrogé sur le Pourquoi de la vie et ne trouve que des réponses au Comment. Et qui s'interroge sans cesse sur ce Journal qui vampirise sa vie pour en échange lui offrir peut-être une justification à son existence. Mais la tentation du suicide se fait d'autant plus présente que le corps vieillissant le lâche et que la mort rôde (trop) longuement autour de sa mère avant de l'emporter enfin.
Je n'oublie cependant pas ces pages émouvantes sur la vie du criquet et autres sauterelles unijambistes que Polac a recueillis : vaut-il mieux vivre à l'abri dans une cloche à fromage, ou libre mais à la merci des oiseaux? (Mais faut-il vivre, tout simplement? question que semblent ne pas se poser ceux qui n'ont pas conscience d'eux-mêmes, contrairement à celui dont la conscience est exacerbée par l'écriture de soi - Heureux les simples d'esprit qui...).
On sort de ce pavé à regret, comme si on se quittait soi-même, avec le désir lancinant de rencontrer l'homme en chair et en os... et dans la terreur de rejoindre le bataillon des initiales qui parsèment le Journal !
La Douleur du Dollar de Zoé Valdès
Impressions de lecture de Vanicaramel
Paris, FRANCE
La Douleur du Dollar
Les charters y déversent leurs touristes assoiffés de salsa, mais La Havane conservera toujours pour les Cubains le parfum mêlé de la mer, des corps talqués et... du jambon rôti à la créole dont Zoé Valdès donne la recette au détour d'une page de son roman.
Laissons de côté les bizarreries de la narration, techniquement parlant, pour ne s'attacher qu'à l'histoire de la Même Cuca qui rencontre, dans un bar noyé d'alcool et de musique, le Prince Charmant, l'Homme de sa vie, le Ouane qui pue du bec mais dont elle va rêver sept ou huit ans avant de le revoir... et de partager à peu près sa vie...
... jusqu'à ce que lui disparaisse de la sienne, la laissant avec un bébé sur une île alors officiellement florissante mais où tout manque, surtout pour les gens comme Cuquita et ses voisins et amis. Accablement? Rage? Désespoir? Un peu de tout, mais noyé sous un humour corrosif (ah ces pages où les politiques sont descendus en flamme à la mode NPA et ses Guignols de l'Info!).
Pour en revenir à Cuquita, le Ouane lui revient quand elle est bien vieille, le soir à la chandelle (de récup')... et qu'est-ce qu'il lui réclame? un bête billet vert (lui qui vit aux States maintenant!), le dollar qu'il lui avait confié juste avant de s'évanouir dans la nature.
Mots crus et lyrisme, ricanement et grands rires francs, on s'attendrit ou on s'indigne, au fil des pages, comme si on sirotait un verre de rhum bien fort mais bien doux à la fois.
L'emprise de Régis Debray
Impressions de lecture d'Alice Granger
FRANCE
Cher Régis Debray,
A propos de L'emprise
Votre nouveau livre n'est pas seulement intéressant en lui-même, mais aussi par les réactions qu'il suscite, de la même façon que votre séjour et reportage sur le Kosovo en suscitèrent.
Cette impression : attaquer pour être attaqué, dans la certitude d'être attaqué, voire d'être rejeté. Le contraire du paranoïaque, qui tire parce qu'il est persuadé qu'on lui tire dessus.
Une contradiction : devoir presque la vie aux médias (autrefois), jouir grâce aux médias et à votre célébrité d'un temps de parole enviable donc résider dans un certain ciel, et en même temps presque tout faire pour que ces médias manifestent une réaction d'intolérance à votre égard, une réaction de rejet...
L'emprise, suite de l'article içi
Ciconia ciconia de Carole de Sydrac
Impressions de lecture d'Alain Mazoyer
Paris, FRANCE
"Ciconia ciconia" nouveau roman
Muriel se retrouve seule et décide de se faire muter en Alsace, région qu'elle ne connaît qu'au travers de la publicité touristique. Or l'Alsace est une région aux racines parfois tourmentées mais solides, alors que Muriel, ex-enfant de la DDASS, souffre précisément d'un manque de racines personnelles. Pour tromper son sentiment d'exclusion, Muriel fréquente le zoo de l'Orangerie à Strasbourg, près du Parlement européen. Elle y rencontre des cigognes bien sûr, mais aussi un lynx dépressif, une charismatique catholique, un pasteur marié en plein désarroi, un dentiste juif au passé trop lourd pour lui, qui l'entraînera dans un périple sensuel puis tragique. Au fil du récit, Muriel va essayer d'ouvrir trois cages, dont celle du lynx, assumant de jeter la panique à Strasbourg! Entre-temps un enfant sera tué, un homme mourra, un autre suspens commencera. Carole de Sydrac ose plonger le lecteur dans l'angoisse et le pathétique mais avec la pudeur du rire. Et son héroïne principale, c'est finalement l'Alsace, traitée avec beaucoup d'ironie teintée de vitriol, et avec en filigrane une réflexion sur la liberté individuelle. Passionnant, émouvant, drôle, ce quatrième roman de Carole de Sydrac n'est pas de ceux qu'on oublie facilement.
Il est des nôtres de Laurent Graff
Impressions de lecture d'Emmanuel Renart
Rouen, FRANCE
Il est des nôtres
CHERS ANGES, je vous propose cette petite bafouille sur un texte qui mérite qu'on s'y arrête. Faux recueil de nouvelles, parfait roman accordant fond et forme et lorgnant sans d'abord avoir l'air d'y toucher du côté de chez Bove. Rien que ça. Vous avez compris que je vous en conseille la lecture.
Bien à vous, Emmanuel Renart, amateur et lecteur bénévole.
Il est des nôtres, suite de l'article içi
L'Adversaire d'Emmanuel Carrère
Impressions de lecture de Vanicaramel
Paris, FRANCE
L'Adversaire (Carrère)
Un médecin, une véritable sommité qui fréquente les hautes sphères politiques et médicales, trucide femme enfants et parents,et rate son suicide. Tout ça parce qu'en réalité il est autant médecin que moi Spice Girl, et qu'au bout de 18 ans de mensonge total, il se dit qu'il vaut mieux éviter de décevoir sa famille qui risque de tout apprendre, et donc il élimine ses proches pour leur épargner la honte. Logique, non?
Emmanuel Carrère, fasciné par cette imposture extrême, prend contact avec le "docteur Romand" pour tenter de comprendre ce qui se passait dans la tête de cet homme pendant qu'il était censé participer à un congrès et qu'en réalité il bouquinait sur un parking.
Et puis le malaise de Carrère, qui devient très vite celui du lecteur, s'intensifie lorsqu'on se rend compte que, une fois jugé par les Hommes et mis en prison, Romand s'invente cette fois, avec l'aide de visiteurs de prison plus ou moins affiliés ý l'Eglise, une vie de saint martyr : loin de prendre la mesure de ses actes, il se présente comme une victime du Diable (l'éternel Adversaire de Dieu) et donne ostensiblement des preuves de sa reconversion... dont on ne peut que se demander si elle ne le met pas au-dessus des lois! Il ne reste qu'à espérer que le temps passé en prison lui permettra quand même une prise de conscience aussi minime soit-elle.
C'est un roman qui mêle habilement reconstitution, analyse et histoire de la genèse-même du roman. C'est passionnant et surtout profondément troublant.
Première ligne de Jean-Marie Laclavetine
Impressions de lecture de Vanicaramel
Paris, FRANCE
Première ligne
Il parait que la rentrée littéraire a vu poindre cette année près de 500 premiers romans : oui, il y a trop de romans! oui, trop de gens se prennent pour des auteurs! oui, l'écriture peut être une drogue! Et c'est le sujet principal de ce roman.
Ce n'est pas n'importe qui, l'auteur de Première Ligne, puisqu'il est entre autres membre du comité de lecture chez Gallimard... (qui l'a d'ailleurs publié...): on imagine donc bien que les lamentations et exaspérations du pauvre Cyril Cordouan, éditeur de son état dans le roman, à la lecture des tonnes de manuscrits qu'on lui envoie chaque jour, sont directement inspirées des lamentations et exaspérations de Laclavetine himself.
Alors Cyril Cordouan a une idée de génie : créer le club des Auteurs Anonymes : "Je m'appelle Bidule et j'ai un probléme avec l'écriture", car il se donne pour mission de sauver les gens de leur vice.
Mais qui décide de qui doit écrire ou non? Ecrire pour dire quelque chose qui soit digne d'être porté à la face du monde, ou simplement pour mettre sa propre vie en mots, n'est-ce pas deux façons différentes de se voir auteur? Oui, mais ce que dénonce le roman, c'est surtout l'impudence de certains (de tous?) de se voir auteur d'un best-seller...
A part ça, des intrigues secondaires : où disparaît réguliérement la maîtresse de Cyril? Comment la veuve d'un des "auteurs" refusés par Cordouan se vengera-t-elle de ce dernier? Qui écrit ces premiers chapitres de roman, qui à chaque fois met en scène de mille manières la mort de ce même Cordouan? Pas transcendant, mais un bon roman quand même... qui ne vaut pas celui que je vais écrire moi-même... ;-)
Le psychanalyste de Leslie Kaplan
Impressions de lecture de Vanicaramel
Paris, FRANCE
Le psychanalyste
La construction de ce gros roman rappelle un peu celle de la Maladie de Sachs, puisqu'on tourne beaucoup autour de Simon Scop, le psychanalyste (freudien) du titre. On l'entend cependant assez vite penser, voire s'énerver silencieusement contre ses analysés! Mais le personnage le plus intéressant du roman semble être Eva, qui cherche sa vérité dans les mots de Kafka, son auteur fétiche.
Car, bien évidemment, c'est un roman sur les mots : tous cherchent leur vérité, et s'en approchent grâce à un lapsus, un rapprochement d'homonymes... Qu'ils soient aidés de Kafka, de Simon ou de tout autre personnage de rencontre, tous jouent avec les mots comme avec des objets magiques, jeu vertigineux qui leur fait souvent dire : "J'ai l'impression de devenir fou", ou pleurer.
Le dernier chapitre de la première partie (il y en a quatre), intitulé Un personnage des temps modernes, met en parallèle Simon et Charlot: chapitre qui éclaire de ses lumières tout le roman, qui livre quelques clés... mais pas toutes encore! Disons que grâce à ce chapitre, on a, au bout des 130 premières pages, enfin l'impression de mettre en rapport les petits chapitres entre eux, de saisir un fil directeur dans tout cet écheveau... Ne vous privez pas d'y revenir tout au long de votre lecture!
En bref, un roman complexe (comme la pensée peut l'être) où les détails ont toute leur importance, ce qui rend assez ardue la tâche de lecteur.
Instruments des ténébres de Nancy Huston
Impressions de lecture de Vanicaramel
Paris, FRANCE
Instruments des ténébres
Nadia, écrivain d'une cinquantaine d'années, se sert de son Daîmon (son diable-inspiration) comme d'un psy, puisqu'elle lui raconte ses relations avec les hommes, le mariage catastrophique de ses parents, enfin, tout ce qu'on peut raconter sur un divan. Et elle le fait sans aucune concession pour elle-même, puisqu'elle s'aime assez peu pour se faire appeler Nada (rien).
Le Daîmon lui répond, se fout d'elle, et de temps en temps la coupe pour lui faire écrire un chapitre du Roman de la Résurrection, l'histoire des jumeaux Barbe et Barnabé au début du XVIIIè siécle. Un roman qui fait bien sûr écho à la vie de Nadia... jusqu'à cette fin qu'elle prend en main, au grand dam du Daîmon, pour sauver enfin le monde, réel comme imaginaire, de sa noirceur.
C'est très violent, bourré d'émotions, mais surtout de réflexions sur le rapport entre fiction et réalité. Comme elle le dit elle-même, Nancy Huston est non seulement belle mais aussi intelligente : ce roman est loin de la desservir (l'Empreinte de l'Ange, plus récent, est nettement moins inspiré).
Stupeur et tremblements d'Amélie Nothomb
Impressions de lecture de Vanicaramel
Paris, FRANCE
Stupeur et tremblements
C'est l'histoire, racontée à la première personne, d'une jeune belge, appelée Amélie-san, qui en bave dans la compagnie Yumimoto à Tokyo. Elle est sous les ordres - de préférence débiles - de tout le monde. Elle commence par les photocopies et les cafés, puis finit comme dame-pipi.
Est-ce autobiographique? En tous cas, elle ne va pas se faire des potes au Japon, Amélie-san ! J'avais adoré adoré "Hygiène de l'assassin" et ses réflexions acides sur la littérature, mais "stupeur et tremblements" m'a complétement déçue. Je ne rentrerai pas dans le débat marketing-ou pas, ça ne sert à rien, dans un monde où on écrit aussi (et surtout?) pour vendre.
Aux dires de nombreux internautes qui ont comme elle vécu au Japon, elle caricaturerait l'esprit japonais comme quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds au pays du Soleil levant! et même quand, comme moi, on ne connaît pas le Japon, on sent bien que tout ça c'est exagéré... mais après tout, le but d'Amélie ce n'est pas de faire un rapport de stage fidèle et précis, c'est plutôt d'exercer son fameux humour grinçant... ceci dit, je n'ai quand même pas aimé ce roman: ça manque vraiment trop de finesse...
Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor
Impressions de lecture de Vanicaramel
Paris, FRANCE
Inconnu à cette adresse
C'est ce qu'on pourrait appeler une "nouvelle épistolaire": l'espace de quinze lettres seulement, deux amis séparés par l'Atlantique, se regrettent puis se déchirent.
Max, le Juif américain, et Martin, l'Allemand, sont associés (ils sont marchands de tableaux) et lorsque Martin retourne dans son pays, un certain Adolf Hitler comence tout juste à faire parler de lui. "Plaise à Dieu qu'il soit un chef digne de ce nom et non un ange de la mort", écrit-il d'abord à Max.
Mais bientôt il est séduit par les théories antisémites. A son fidéle Max il demande la rupture de leur correspondance, en déclarant : "Le Juif est le bouc émissaire universel. Il doit bien y avoir une raison à cela", comme la sagesse populaire dit qu'il n'y a pas de fumée sans feu...
Max s'obstine, confie même à Martin sa petite soeur Griselle, qui joue dans un théâtre de Berlin... Et quand les lettres qu'il adresse à Griselle lui sont retournées, tout bascule irrémédiablement, et Max répondra au Mal par le Mal...
On ne peut s'empêcher, à la lecture de cette petite merveille (publiée en 1938!), de réagir comme si c'étaient de vraies lettres! Car ici la fiction rejoint tragiquement et prémonitoirement l'Histoire... Une nouvelle tout simplement parfaite.
Tous les jours sont des adieux d'Alain Rémond
Impressions de lecture de Vanicaramel
Paris, FRANCE
Tous les jours sont des adieux
"Pourquoi faut-il dire adieu, dès son enfance, à tout ce qu'on aime? Pourquoi les choses se défont-elle, pourquoi tout s'en va-t-il?", s'interroge douloureusement l'enfant qui est en chacun de nous.
Alain Rémond à 53 ans se souvient de son enfance bretonne parmi ses 9 frères et soeurs, leurs jeux, leurs rêves... un paradis où se réfugier pour oublier que quand vient le soir, le père revient "allumer la guerre" dans la maison...
Regret du père qui aurait pu être et même de celui qui a été, de l'enfance qui aurait dû demeurer, horreur de la mort qui emporte incompréhensiblement les proches...
Quand on dit "tu te rappelles...", il est bien trop tard... Mais on n'a jamais fini de dire adieu à l'enfance, car "on vit avec elle chaque jour de sa vie", et c'est peut-être ça l'Enfer.
C'est bref, c'est fort, touchant à l'extrême, mais jamais larmoyant.
Vanicaramel
L'événement d'Annie Ernaux
Impressions de lecture de Vanicaramel
Paris, FRANCE
L'événement
Comme tout ce qu'écrit Annie Ernaux, c'est un ouvrage court, dense, et bouleversant. Et curieusement, je lui ai trouvé un point commun avec celui de Christine Angot (voir précédemment), puisqu'il s'agit d'un retour douloureux sur le passé, une mise en mots à laquelle le lecteur assiste, une genése difficile, mais libératrice.
Annie Ernaux, à l'époque où les faiseuses d'anges se substituaient aux médecins trop respectueux de la loi pour risquer leur carrière, a subi un avortement qui a marqué son corps comme son âme au fer rouge.
"D'avoir vécu une chose, quelle qu'elle soit, donne le droit imprescriptible de l'écrire. Il n'y a pas de vérité inférieure", et c'est au nom, là encore, d'une authenticité absolue qu'Annie Ernaux, dans une page atroce et inoubliable, raconte l'expulsion du foetus dans les toilettes de la cité universitaire.
Raconter, revenir sur ses pas, pour exorciser le passé, et s'étonner d'avoir cru qu'en le faisant il lui "arriverait quelque chose".
Le chevalier silence de Jacques Roubaud
Impressions de lecture de Coxe
FRANCE
Jacques Roubaud et le médiéval
Je suis une fanatique de la littérature du Moyen Age, de la légende arthurienne, du Graal et de tout le reste. Et puis un jour, par hasard (je cherchais le livre E ("ensemble") de Roubaud, je suis tombée dans le sens figuré du terme, sur une petite merveille qu'il a écrit, "Le chevalier silence" (collection Haute enfance chez Gallimard) et je suis tombée (au sens physique du terme cette fois ci) par terre ! D'étonnement, de bonheur (d'être encore étonnée par un livre...), bref totalement amoureuse de cette belle et triste histoire d'amour (mais les histoires d'amour sont toujours tristes), où Roubaud s'éclate à envoyer des boîtes (!!) à un certain Chr. de T.
Ce n'est pas à proprement parler, de la poésie, mais ça en est rempli ! Et comme c'est la première fois que je lis un livre de cet auteur, je me pose la question : Est-il toujours comme ça ??? A vérifier, en tout cas, moi je vais aller chercher un autre bouquin de lui...
Et si c'était vrai de Marc Lévy
Impressions de lecture d'Eva Domeneghini
FRANCE
Bonjour,
Facile à consommer
Chef d'un cabinet d'architecture, français vivant aux Etats-Unis, Marc Lévy ne se destinait pas à l'écriture. De fait, il n'est pas devenu un écrivain reconnu mais un phénomène médiatique...
Et si c'était vrai, suite de l'article içi
Wilkie Collins
Impressions de lecture de Sandrine Sénéchal
FRANCE
Passionnée de littérature anglo-saxonne, je me permets de vous adresser un article/critique sur un écrivain anglais, oublié dans les brouillards victoriens : Wilkie Collins, dont, par chance, les textes les plus passionnants ont été réédités en français depuis quelques années. Une (re)découverte qui peut-être vous intéressera.
Wilkie Collins, suite de l'article içi
Sincèrement
Le silence de l'étoile de Corinne Pasqua
Impressions de lecture de vepe
FRANCE
Un texte court et percutant sur l'aliénation et le désir. Un texte sur la musique aussi, qui vous prend aux tripes et vous donne de l'espoir. Corinne Pasqua fait merveille et l'illustration (calligraphies) est à la hauteur.
Amateurs de récit narratif s'abstenir. Ici, on est à la limite de la poésie, dans une littérature subjective, centrée sur les sensations, les impressions. Les toits explosent et les pelouses brûlent, les notes vous envahissent ... Et on en redemande.
En plus, j'ai découvert en le lisant que cette auteur(e) peu connue avait déjà publié chez Desclée De Brouwer. Je vous conseille notamment son "Eaux fortes", écrit à 4 mains.
Le silence de l'étoile de Corinne Pasqua. Collection Pollen. Editions alternatives.
Le Pays perdu d'Alain Suied
Impressions de lecture de Paul Berloc
FRANCE
Alain Suied - la poésie au dela du langage
A LIRE
LE PAYS PERDU ARFUYEN EDITEUR (70 FF, ISBN 2908825589)
ACTES DE PRESENCE LA LETTRE VOLEE
Né en 51, Suied est en marge et au centre, contemporain et de toujours
- au coeur de nos plus secrètes interrogations
qui le sait/
Les Pentes Fabuleuses de Dominique Poncet
Impressions de lecture de Jean-Paul Gavard-Perret
FRANCE
Bonjour,
L'impur
La narration permet à Dominique Poncet de passer vers un domaine bien différent de celui du fantasme, où la fiction, comme le récit, a toujours tendance à jouer en pure perte pour - justement - égarer le lecteur dans une feinte d'ébranlement...
Les Pentes Fabuleuses, suite de l'article içi
Dedans de Charles Pennequin
Impressions de lecture de Michèle Tillard
Le Mans - FRANCE
Bonjour,
Une poésie en apnée
Professeur de lettres et en train de faire une thèse sur la poésie contemporaine, j'ai lu avec un énorme intérêt le dernier livre de Charles Pennequin :
Le dernier recueil de Charles Pennequin, Les Dedans, paru aux éditions Al Dante, n'a l'air de rien à première vue : un petit livre blanc crème, élégant, inoffensif. Mais dès la première page, c'est le choc !...
Les Dedans, suite de l'article içi
L'anneau du Monde, de Jean Benoît
commentaire de Ingrid Perin
Taveiro - PORTUGAL
Bonjour,
J'ai bien aimé votre site internet. Je me permets donc de vous signaler un petit conte qui vient de paraître récemment : "L'Anneau du Monde", de Jean Benoît.
En voici le résumé : "le maitre de l'univers, distrait a perdu l'anneau de notre monde. Il donne à une petite fille un délai de 7 jours pour le retrouver. Dès lors, la petite fille, accompagnée d'une poule blanche, va commencer un voyage initiatique pendant lequel elle vivra de multiples aventures et des rencontres pleines d'enseignement avec le Nomade, le Roi, le Savant, La Musicienne, la Vie, le Hasard ou le Temps..."
A première vue, ça ressemble un peu à "l'Alchimiste" de Coelho, en mieux. Et en plus c'est une histroire de petite fille !
Le livre n'est pas facile à trouver. Il faut le commander en librairie, ou aux Editions Mutine,34 rue des vernottes, 21110 Cessey sur tille, Fax: 03-80-37-89-03 (Prix 70F+ 10F de port).
Vous devriez lire le livre et lui faire un peu de publicité. En tout cas, moi j'ai bien aimé.
Salutations amicales,
Alphonse Boudard est mort
de Hervé Bougel
Alphonse Boudard est mort le 14 janvier, Pépère avait commis pas mal de bouquins alimentaires, mais il n'est pas interdit de se nourrir et derrière ceux-ci, se cachaient de véritables chefs-d'oeuvres : "La cerise", L'hôpital", "Les combattants du petit bonheur"; et l'un de ses derniers bouquins "Mourir d'enfance", dont à l'occasion, quand j'aurai moins la flemme, je donnerai ici les dernières pages.
Pour moi, Boudard était digne des filiations dont il se réclamait : Céline et Marcel Aymé.
A travers les hauts et les bas vertigineux de "sa vie pleine de trou", il n'avait d'autre projet que celui "de nous faire marrer un peu", et ce n'est pas rien.
Au moment ou le livre du médecin-chef de la prison de la Santé cause scandale, et fait se pincer les narines de nos bourgeaillons qui savent tout grâce à Arte, Charlie-Hebdo et Télérama, on peut se souvenir de cette phrase simple extraite de "La cerise" : "La prison, c'est d'abord une odeur..."
Salut à Alphonse Boudard
Anne F. Garréta : La Décomposition
de Eva Domeneghini
La Décomposition
Qu'est-ce donc que la "Décomposition"? Après avoir tourné la question dans tous les sens et toutes les directions, il ne semble pas, en définitive, que l'auteur lui-même veuille nous fournir une réponse...
La Décomposition, suite de l'article içi
(Consultez les autres critiques à l'aide de l'index)
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