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Paris, le 7 janvier 2008
Monsieur le Président,
Si jai décidé de vous écrire ce jour, cest pour vous faire part de mon désarroi, ma tristesse, depuis que vous avez été désigné pour être le Président de notre pays. Même si depuis quelques temps je lavoue, cette mélancolie profonde se change en rire, avec raison hélas.
Jessaie, simplement, de comprendre pourquoi tout en vous heurte le goût, heurte la sensibilité aussi, et surtout. Je tente de cerner, discerner pourquoi je ne puis croire en ce pouvoir que vous détenez certes, mais qui, loin de forcer le respect, tel que vous lexercez, tourne la vision en dérision.
Je sais, on (vos conseillers, certains media), prétendent que vous avez, malgré votre fonction, le désir de montrer que vous êtes un homme comme un autre. Les deux corps du roi, etc, etc
Et que nombre des propos qui vous sont attribués, (certains que vous tenez publiquement surtout), relèvent de la pure provocation tant votre intelligence de lattente du peuple est grande, à ce quil paraît
Je doute. Et cest mon droit. En dautres termes, je ne suis pas convaincue. Dautant que jai toujours pensé que le devoir des responsables politiques (et responsables substantiellement), était non pas de complaire, mais déveiller, de porter plus loin le désir du bien, et du beau, en passant (en passant certes mais ce nest pas du luxe). Quant au goût, mauvais ou bon, loin de moi lidée de penser que je sais ce qui vaut et ce qui ne vaut pas. Jai appris.
Une évidence, et lessence, sans doute, de ce trouble que votre manière inspire et engendre, est la question qui peut prêter à sourire, sinon à rire dans la sphère politique -, de la poésie, du poétique. Vous nêtes pas sans savoir, ce qui est aujourdhui banal tant limage a été reprise, que le verbe grec à lorigine de ce mot, est poiein, cest à dire littéralement faire, agir.
Or, tout ce que vous faites est le contraire même de la création, de ce qui gouverne la création quand elle a souci et conscience de sa responsabilité. En loccurrence, le sens de ce que lon souhaite, prend son origine dans les mots, le verbe. Jessaie de mexpliquer pourquoi le verbe dont vous usez me paraît si peu crédible. Peut-être parce quil est affiché clairement, ce qui nétait pas le cas avant je sais, que ce nest point vous qui êtes lauteur de vos discours. Ce qui est dérangeant et terriblement étrange pour le citoyen, cest que vous apparaissez alors comme celui qui exécute, comme un comédien semploie avec talent à rendre sienne la parole de lauteur, pour que lillusion soit totale. Mais ceci est un art, et donc une autre histoire.
Il me semble au contraire que vous transformez à peu près tout ce qui existe et fonde notre société, notre identité culturelle, en puissance a-poétique, aussi radicalement que possible. Là est pour moi la rupture, là est pour moi Lécriture du désastre. Et je ne veux même pas parler ici de la langue dont vous faites lusage. Dautres sen chargent très bien, dautres par ailleurs, nous laissent entendre que tout ceci est pure mise en scène, comme le reste, et que cest pour, à loisir, vous moquer de ceux que vous aimez à fustiger, les intellectuels
Mais pourquoi un Président de la République qui dit vouloir être le président de tous les français nourrit-il un tel mépris pour ceux qui exercent la pensée, si nécessaire à la vie de la démocratie ?
Monsieur le Président, je vous le demande.
En quelque sorte, vous minquiétez, doù mon désarroi. Quant à la poésie, - elle que je tente de comprendre depuis que jai goûté ce quelle peut apporter à la vie, il y un certain temps, par la voix des maîtres et des professeurs, et des amis -, elle si belle et si prompte à sélever parfois pour défendre le verbe qui est la vie, et qui est chair, je vous invite à vous pencher davantage sur sa fonction, qui est à lexact opposé de la communication telle que la manière de votre pouvoir lentend. Oui, elle donne à entendre, à partager, sans doute, mais elle le fait à perte, dans labsolu de sa disparition.
Elle est fondée, elle prend racine, elle devient, elle prend corps. Elle sentend.
Je vous en prie, Monsieur le Président, cessez de casser comme un enfant un jouet quil chérissait disait-il, ce quil reste de cet attachement de notre culture, de notre savoir, de nos joies comme de nos tristesses les plus belles. Ceci est le fondement de notre commune humaine condition.
Ne soyons pas trop bêtes, gardons la dignité de lhomme et ce qui le distingue.
Avec le respect que cependant je vous dois.
Sylvie Gouttebaron
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