En lisant Rick Bass, suite…
Certes, il y a Platte River dont je ne suis pas près d’arrêter de vous parler ici. Mais tous les livres de Rick Bass méritent le détour. Peut-être, le moins intéressant, selon moi, c’est Oil notes où l’écrivain roule un peu des mécaniques, dans le style cowboy Marlboro qui cherche et trouve du pétrole. Mais Oil notes vaut largement la plupart des livres dont on nous bassine les oreilles un peu partout. Aujourd’hui, je note quelques citations prises dans Colter. C’est le récit de la relation de l’auteur avec son chien de chasse, un « pointer ». Un sujet pour lequel, a priori, je ne me serais pas lever la nuit. Mais, outre l’ambiguïté ou la contradiction qu’il y aurait à être tout à la fois un chasseur et un écologiste (contradiction peut-être très française), le livre touche par le rapport inversé de l’homme à l’animal : Bass en vient à penser que son chien Colter ne chasse que pour révéler à son maître la beauté de la nature. Bon, c’est mieux dit que ça dans le livre (ce n’est pas paresse de ma part d’écrire aussi schématiquement : c’est juste un manque de temps lié à la réalisation du Matricule 89, celui de janvier sur lequel j’ai quelque peine à travailler).
Les citations que je reproduis ci-dessous sont le résultat de balises mises via des post-it au moment de ma (mes) lecture(s) du livre. Certains post-it marquent une pensée, d’autres une tournure de phrase qui m’a enchanté, d’autres indiquent des informations biographiques ou autres que j’ai ou non utilisées ensuite au moment de l’interview de Rick Bass pour Le Matricule N°88. Les citations n’ont donc pas le même rôle, la même valeur, mais livrées ainsi, il me semble qu’elles révèlent tout de même quelque chose du livre.
Citations prises à la lecture de Colter
P 24 : « Dans un paysage, qu’est-ce qui touche notre cœur, détermine nos émotions et conditionne éventuellement nos actions ? »
P. 29 : « Je ne me suis jamais demandé, étant enfant, pourquoi je me sentais si bien en harmonie avec la nature et le comportement des animaux. Le monde des adultes m’était étranger, il demeurait mystérieux et, pour tout dire, sans grand intérêt (je n’ai pas tellement changé d’avis), et même la compagnie de mes amis n’était pas essentielle pour moi. »
P.88 : « J’ai enterré Ann comme le font les Indiens.pour son voyage, j’ai mis près d’elle des os de cerf. Une couverture, pour qu’elle ait chaud. Des fleurs, des branches de cèdres, des pierres rapportées des endroits où nous étions allés, des plumes de grouse, un peu de gibier cru, une mèche de mes cheveux. Une pierre à la tête, une pierre au pied ; à la tête, j’ai planté un tremble, il lui fera de l’ombre, et elle aura la musique de ses feuilles dans la brise. »
P. 116 : « Certains citadins parmi nous se sont étonnés que je puisse être à la fois chasseur et écologiste, ce qui m’a beaucoup peiné : la distance était si grande entre nous et il nous restait si peu de temps. »
P. 125 : « Les tronçonneuses sont en train de détruire le monde autour de moi, mais la splendeur des faisans ne change pas, c’est quelque chose à quoi se raccrocher. »
P. 134 : « Le soleil s’est couché derrière les Rocheuses, dans une apothéose de rouge flamboyant, de rose, de pourpre, tandis que les flancs de la montagne se coloraient de violet et de gris. Le monde sauvage étant si beau, comment ne luttons-nous pas bec et ongles pour sauver ce qu’il en reste ? »
P. 137 : « Le paysage, c’est comme le quarante-septième chromosome — c’est comme si ici j’avais une nouvelle identité. »
P. 174 : « J’ai pensé à toutes nos chasses, à chaque moment, chaque arbre, buisson, à tous les oiseaux que j’avais plumés, aux gésiers, à ce qu’ils contenaient. Un chien crée, transmet un nouveau paysage. Un chien comme Colter aiguise la joie que nous donne chaque nouvelle saison, et souvent il semble immobiliser le temps, l’intensifier. Et quand il n’est plus là, c’est comme si le monde disparaissait. »
P. 184 : « Je l’ai enterré près de mon appentis, dans ce coin béni où il faisait la sieste, en attendant notre prochaine expédition. À côté des églantiers. Je l’ai enterré comme je l’avais fait pour Ann, avec des os et des bois de cerf, du gibier, du manger de chien, une couronne de cèdre et de lupins, des cartouches de 12 et de 20, pour une chasse à venir, et quelques-unes en plus, pour les coups que je manquerai. Les os d’une de ses proies. Un sifflet, une clochette de bronze. Je l’ai ensuite recouvert de terre, ajoutant une nouvelle douleur à l’ancienne, comme une montagne qui se ravine au-dessus de quelque chose de précieux qui y est enterré. »
