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14 octobre 2008

Vigneron + écrivain = honnête homme

Classé dans : Les articles — Thierry Guichard @ 16:46

Samedi 4 octobre se tenait à Rivesaltes (66), les traditionnelles Vendanges littéraires. Le nom de cette manifestation, le lieu où elle se tenait (ce pays Catalan abreuvé de vents, de muscats et de grenaches) ont suffi à nous convaincre (ma belle éditrice et moi) à y prendre un stand. Nous avions la certitude de n’y pas vendre beaucoup de livres Cadex et la garantie d’y goûter de très bons vins. Autrement dit : calme et volupté au programme. Nous ne fûmes pas déçus.

vignobles de Rivesaltes

La manifestation se tenait aux Dômes, sorte de salle de théâtre amovible avec piscine municipale et mitoyenne, qui sont situés en dehors de la ville : les exposants surent rapidement qu’ils n’auraient à fréquenter que des visiteurs venus exprès. Guère de chalands donc. Nos voisins : une fromagerie, les éditions Mare Nostrum qui se sont lancées depuis quelque temps dans le polar régional, les vins du domaine de Rombeau (belle propriété qui a étendu ses activités vers la restauration et l’hôtellerie, une bonne adresse). Un peu plus loin : Balzac éditeur, Le Château les Pins (vins), Arnaud de Villeneuve (vins), Trabucaire (livres), etc. Plus de régionalisme chez les éditeurs que de littérature, et personne, en dehors de nous, qui ne soit pas du pays. On a connu des salons du livre mieux charpentés, plus fréquentés, moins amateurs. Le lieu, « Les Dômes », est froid, sans âme, mais bien équipé. Dommage qu’on laisse derrière soi les Corbières, le Canigou et le ciel bleu pour s’y enfermer. Le programme, comme souvent, pêche par peur du vide : pas un quart d’heure sans musique ou discours, de quoi faire fuir les flâneurs autour des livres. Les exposants, visiblement, ont plus été invités pour meubler l’espace que par reconnaissance pour leur production. Ailleurs qu’ici, on aurait fui. Mais ici, le charme agit. L’amateurisme devient sympathique, la grande salle se transforme en lieu convivial. Il est vrai que le vin aide à cette métamorphose…

Les Vendanges littéraires remettent chaque année à des écrivains sélectionnés quelques prix dont le principal consiste en une barrique de 230 litres de vin. De quoi donner envie d’écrire. Cette année c’est Michel Le Bris qui en fut l’heureux lauréat. La barrique, qu’on lui présente, est conservée quelques mois en cave, puis le vin ensuite est mis en bouteille. Car un vin s’élève. J’ai appris cette précision concernant le Prix littéraire en lisant le journal d’un membre du jury : Henri Lhéritier, vigneron et écrivain. L’homme tient un blog où s’exprime sa passion de la littérature. C’est plutôt revigorant et l’on ne saurait trop conseiller sa lecture à tous les éditeurs au bord du suicide. À voir un tel animal lecteur, dévoreur de livres et diariste hors pair partageant ses lectures, les producteurs de livres se diront que, tant qu’il y aura des types comme ça, tout ne sera pas perdu.
L’ayant un peu lu avant d’aller à Rivesaltes, il était hors de question qu’on en reparte sans l’avoir rencontré. C’est lui qui est venu nous voir, accompagné de l’écrivain Claude Delmas. Le vigneron écrivain se dit amusé de trouver ici un lecteur de son blog. « Vous devriez lire ses livres » nous sermonne Claude Delmas, auquel on donne raison. Et goûter ses vins, se dit-on in petto.
On part donc, quelques minutes plus tard, à la recherche des ouvrages signés Henri Lhéritier. On les découvre sur le stand de la librairie de Rivesaltes. On revient chercher un peu de monnaie au stand des éditions Cadex où l’on ne s’attendait pas à trouver de visiteur. Mais notre auteur est là, son journal Autoportrait sauvé par le vent (éditions Trabucaire) à la main. Qu’il nous offre. Qu’il refuse qu’on paie. Soit ! On remercie, on s’enquiert de son stand de producteur de vins : il n’en a pas (l’homme pousse la discrétion jusqu’à ne pas présenter sa production à un salon auquel il participe…)

muscat

On ira, le lendemain, à  La Maison du muscat, sa cave, goûter un formidable Grenat et se délecter d’un merveilleux Hors d’âge.
À moins que vous ne soyez en train de sauver l’économie mondiale de la faillite et les banquiers du suicide, vous pouvez abandonner toute activité (y compris lire ce blog paresseux) pour vous procurer Autoportrait sauvé par le vent (15 € seulement).
Le livre m’a accompagné toute la semaine en Poitou-Charentes où je me suis rendu pour la manifestation « Passeurs de monde(s) » et à Poitiers, cité à laquelle sera consacré le dossier « lire en ville » du Matricule de novembre. Chaque jour, après avoir animé une rencontre ou un débat, fait de la route, mangé midi et soir au restaurant, causé avec des bibliothécaires, des libraires, des lectrices, des lecteurs, des auteurs, après les révisions d’usage à la veille d’autres débats, c’était un bonheur de retrouver Henri Lhéritier. Tendrement grincheux, dénigreur de lui-même, amoureux juvénile de la littérature, amant du vin, le bonhomme nous ouvre un an de son journal. « (…) tentant d’imaginer l’impression ressentie à la lecture de cet autoportrait, quelque chose me frappe douloureusement, je ne suis pas sympathique ! Ni attachant, ni aimable, ni sensible, ni attentionné, ni co-vivant mais grognon, critique, insatisfait, donneur de leçons, vaniteux égoïste, cuistre, ne respectant rien  excepté le vin et la littérature » écrit-il alors qu’il nous raccompagne à la porte de ses 230 pages de colères, indignations, enthousiasmes et notes climatiques. Comme quoi, Henri Lhéritier peut se tromper : d’une part, un homme qui respecte le vin et la littérature ne peut être antipathique, d’autre part, «  aimable, sensible et attentionné » l’homme l’est pour dix, cent ou mille. Au point de faire figure de misanthrope amoureux des hommes. A-t-on vu un misanthrope préparer une artichautade (« cœurs d’artichaut sautés avec des gésiers de volaille, de la saucisse et des lardons de chez Duffaud, charcutier émérite rivesaltais ») pour trente personne ? « À Paris, Duffaud serait une étoile, ici, il est normal, l’excellence est notre quotidien. »
Notre hôte passe ses nuits à tenter d’arracher sur le Net des ouvrages vendus aux enchères. Il s’y ruine au point de devoir parfois se séparer de certains livres qu’on lui achète de même via la Toile. Ainsi de Mémoires sauvés du vent et Un privé à Babylone qu’un Nivernais lui commande : « C’est un écrivain délicieux Brautigan et lorsque je déposerai ces deux livres sur le comptoir de la Poste, j’aurai lâché un ami. » Défenseur écologiste de son pays, épris de l’Agly qui y coule, notre homme se mobilise contre l’extension des carrières qui rasent la montagne. Il s’engage à son corps défendant dans une lutte syndicale et viticole perdue d’avance, sort un livre dont les journalistes locaux parleront sans l’avoir lu, refuse de vendre ses bouteilles aux grossiers, aux indélicats ou à un visiteur dont les premières paroles seront malheureuses. Il pousse des cris de joie en lisant Faulkner, s’enthousiasme pour Dickens, revisite Balzac, conquiert des livres de Jean de La Fontaine, fréquente Rousseau avec assiduité. « Je lis comme un ivrogne boit. J’ai toujours peur de manquer. »  Il caresse ses bouteilles, parle à son vin et laisse ses chats manger son petit-déjeuner. Il encourage le vent de Rivesaltes à saccager les fêtes médiévales qu’on organise pour retenir des touristes hagards, s’émeut d’une maladie qui atteint un poète ami, s’indigne de ce que l’Occident fait subir à L’Irak et trousse, au fil des pages, des phrases qui font de vrais bonheurs de lecture.
Lors de notre passage à sa cave, notre hôte nous a offert deux autres de ses livres. J’écris cette note dans le TGV qui me ramène de Poitiers avec une envie pressante de les lire, et, pourquoi pas, de boire une de ses bouteilles. Vous devriez peut-être en faire autant, non ?

2 septembre 2008

Ouverture de la Petite Librairie de campagne à Boulbon

Classé dans : Les articles — Tags:, , — sylvie durbec @ 12:25

LA PETITE LIBRAIRIE OUVRIRA SES PORTES LE SAMEDI 27 SEPTEMBRE ET LE DIMANCHE 28 AU MOULIN BRULE, à BOULBON.
Elle sera associative et placée sous le double signe de la passion et de la poésie.
Passion pour le livre, passion pour la poésie, passion pour ceux qui écrivent, ceux qui publient, ceux qui lisent.
En ces temps de solitude télévisuelle et d’invasion d’images agressives, nous souhaitons inventer une nouvelle manière de diffuser et d’échanger autour du livre, de la poésie et de l’art dont le besoin est pour nous une évidence et que nous souhaitons non seulement mettre au centre de notre vie mais aussi de notre maison. Cette manière, nous l’avons trouvée chez Stéphane Landois de l’Atelier du Hanneton à Charpey dans la Drôme, dans l’atelier de Jacques Brémond à Montfrin et chez bien d’autres résistants d’ici et d’ailleurs.
C’est elle qui nous guide et nous pousse à ouvrir cette petite librairie de campagne, à Boulbon, au bout de trois départements, dans cette maison déjà ouverte au spectacle vivant.
Partager notre goût des livres, des textes et aussi de ceux qui les font vivants, poètes, éditeurs et lecteurs, voilà ce qui nous anime.
Car une maison ne sert pas seulement à habiter, à s’abriter, à dormir et à se tenir au chaud.
Elle peut aussi ouvrir un monde et nous en donner la clé : devenir une petite librairie pour un salon ne sera pas trop difficile et une métamorphose en valant une autre, nous pourrons habiter autrement le salon devenu la Petite Librairie de Campagne.
Notre désir : que la poésie soit présente, vivante, active, que l’art soit représenté au travers de ses liens avec le livre, que la petite édition trouve dans la petite Librairie un lieu où être accueillie pleinement.
Nous ouvrirons deux fins de semaine par trimestre. Notre première ouverture sera consacrée à la poésie et à la femme. Plusieurs événements se dérouleront durant ces deux journées : présentation et ventes de livres, atelier d’écriture, lecture du Fou d’Elsa d’Aragon par Viviane Théophilidès, lecture d’Hélène Sanguinetti, expositions et vente de livres d’artistes…
Tout cela agrémenté de nourritures terrestres et de boissons odorantes.
La deuxième ouverture sera davantage tournée vers l’enfance et la poésie, livres jeunesse, mais aussi poètes évoquant l’enfance comme Denis Hirson.
Voilà nos premières idées. Nous accueillerons quelques éditeurs pour commencer :Le Hanneton, jacques Brémond, Cousumain, l’Atelier des Grames, les éditions Philonard, Rougerie qui ont accepté avec enthousiasme notre projet.

Vos suggestions et remarques sont les bienvenues.
Nous créons une association : Les Amis de la Petite Librairie pour soutenir le projet dont nous voulons qu’il soit un acte de liberté et de fantaisie dans un monde où tout est compté et comptable.

C’est la rentrée

Je vous donne tel quel un article de l’AFP qui donne plus envie de (re)partir en vacances que d’aborder cette rentrée littéraire :

“Forêt des livres: Aznavour, Attali, PPDA parmi les Lauriers Verts 2008
2008-08-31 22:05:50
CHANCEAUX-PRÈS-LOCHES (AFP)
© AFP

Le chanteur Charles Aznavour, l’écrivain Jacques Attali et le journaliste Patrick Poivre d’Arvor font partie des auteurs récompensés dimanche d’un Laurier Vert à l’occasion de la 13e édition de la Forêt des Livres, à Chanceaux-près-Loches (Indre-et-Loire).
Le prix de la meilleure nouvelle a été décerné à Charles Aznavour pour son recueil “Mon père ce géant” (Raoul Breton). Jacques Attali a décroché le prix de la meilleure biographie contemporaine pour “Gandhi ou l’exil des humiliés” (Fayard). Le prix évasion a été décerné à Patrick Poivre d’Arvor pour son roman “Petit prince du désert” (Albin Michel).
L’historienne Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française, qui présidait le festival cette année, a remporté le prix d’histoire pour “Alexandre II” (Fayard).
Le chanteur Francis Lalanne a obtenu le prix du traité de philosophie pour “Mère patrie, planète mère” (Pascal Petiot).
Le prix du roman a été décerné à Nathalie Rheims pour “Le chemin des sortilèges” (Léo Scheer) et celui du premier roman à Aude Walker pour “Saloon” (Denoël).

Ce festival populaire, qui réunit 150 auteurs dans un village de 150 habitants durant un week-end, se présente comme le premier rendez-vous littéraire de la rentrée, préfigurant parfois les récompenses plus prestigieuses décernées à Paris à l’automne.
Près de 60.000 personnes, selon les organisateurs, se sont déplacées à la Forêt des Livres cette année pour faire dédicacer leurs livres et rencontrer les auteurs, contre 50.000 en 2007.”

Si ça ne sent pas la république des copains et des coquais tout ça. Et vous remarquerez la fine analyse du journaliste qui prétend que ce prix préfigure ceux de la rentrée. Heureusement que Christian Clavier ne sort pas de bouquins en ce moment : tout critique littéraire qui n’en dirait pas du bien serait sûrement mis aux fers…
Ce genre de pratiques nous a donné envie, au Matricule, de reprendre notre chronique “Médiatocs” que vous avez sollicitée. Pour le Matricule N°96 qui est sorti hier, j’ai dû me coltiner le dernier opus de Guillaume Musso. Vous lirez ça dans notre numéro de la rentrée dont la Une est consacrée à Emmanuelle Pagano.
Je vous présente ce Matricule N°96 demain, je pense, avec les nouvelles rubriques qui s’y trouvent et celle qu’on vous prépare.
D’ici là : Bonne rentrée!

31 mai 2008

Albanel enterre le livre

Classé dans : Bibliothèques idéales, Les articles, Politique et littérature — Tags:, , , — Thierry Guichard @ 11:27

Les signes se multiplient : le livre, en général, la littérature encore plus, n’est pas une priorité du ministère de la Culture et du gouvernement en place. Ou plutôt si : la priorité est de s’en débarrasser au plus vite. Sans avoir l’air d’y toucher… Quelques indices de l’enterrement programmé du livre par Christine Albanel :
• Je reçois chaque mois le magazine Culturecommunication publié par le ministère du même nom. Et je suis assez effaré de voir à quel point la littérature est la grande absente de cette publication. Architecture, mode, communication (télévision, vidéo, presse), gastronomie, théâtre, cinéma, danse, internet : tout y est hormis la littérature. Je dis bien « littérature » et non « livre ». il est en effet ici ou là question du livre (BD souvent, photos, art, documentation). Les médias, surtout, sont à l’honneur.
Dans le numéro de mai, une brève nous informe que le magazine Géo (groupe Prisma) a obtenu le prix du magazine de l’année. D’autres ont été récompensés comme Capital, Glamour, Télé 2 semaines… Selon quels citères? L’article explique que c’est le syndicat de la presse magazine et d’information qui a organisé ce prix et donne l’adresse de son site internet. On s’y rend donc pour essayer de comprendre les critères de ce prix : peine perdue, pour entrer sur le site il faut être membre du syndicat. Ce qui s’appelle la transparence.
• On vient de l’apprendre : la Direction du Livre et de la Lecture, instance chargée du livre au ministère de la Culture a fait long feu. La grande Albanel a annoncé que ce qu’il reste de cette entité visiblement assez inutile pour son ministère va être intégré à un truc donc le nom suffit à montrer le cas qu’on va désormais faire de la littérature au ministère : ce sera la Direction générale du développement des médias et de l’économie culturelle. Fermez le ban. Quand on veut enterrer une activité, il convient d’accompagner l’assassinat de déclarations qui disent le contraire de ce que dit l’acte qu’on commet. Notre ministre a donc ainsi déclaré qu’elle entendait ainsi « souligner son attachement à la politique du livre. » Un attachement dont, au final, on se passerait bien.

Pour clore avec les tartufferies du moment, vous lirez dans le Matricule de juin (qui doit arriver dans les boîtes aux lettres de nos abonnés ce samedi 31 mai) mon édito concernant l’amendement d’un député (UMP comme il se doit) qui vise à réduire la durée du prix unique du livre, qui, par la grâce de la loi Lang a permis aux librairies de perdurer. Le député en question n’est pas à une tartufferie près : amateur de culture (OGM ?), il s’intéresse aussi à l’environnement. Il avait été mandaté pour faire un rapport sur l’enfouissement des lignes haute-tension et avait conclu que c’était chose impossible. Une conclusion qui ravit EDF mais n’a guère plu au Comité Européen pour la Protection de l’Habitat de l’Envirronement et de la Santé qui sait de quoi il parle… Les réactions à cet amendement du petit député (voyez cette vidéo où le bonhomme fait devant des journalistes dociles sa propre promotion) n’ont pas manqué. Syndicat de l’édition, syndicat de la librairie, Société des Gens de Lettres, Maison des écrivains… On va peut-être enfin voir une manifestation des professionnels du livre : un grande première!

Et pour finir par un peu de littérature, continuons à visiter les bibliothèques des écrivains invité en février dernier à la Fête du Livre de Bron , avec aujourd’hui :

La bibliothèque de Franz Bartelt qui aime lire tout d’un auteur…
Journal Jules Renard (Actes Sud)
Journal littéraire Paul Léautaud (Mercure de France)
Mangeclous Albert Cohen (Gallimard)
L’Ironie du sort. Chroniques de L’Équipe, 1954-1982 Antoine Blondin (Julliard)
L’Âne rouge Georges Simenon (Livre de Poche)
La Chronique fabuleuse André Dhôtel (Mercure de France)
Alexandre Vialatte
Arthur Rimbaud
Paul Verlaine
Marcel Aymé
Pierre-Henri Cami

17 mai 2008

Des images qui bougent

Classé dans : Bibliothèques idéales, Les articles — Tags:, , , , — Thierry Guichard @ 13:52

Lmda68Je vous avais causé ici même d’un film vidéo sur Raymond Federman qu’il m’avait fallu tourner et monter dans une urgence propre à se chopper un infarctus. Ladite vidéo est maintenant en ligne (ne soyez pas effrayé(e) par la publicité qui s’impose avant la lecture du film, elle n’est pas de mon fait). Si vous cliquez sur le lien précédent, vous découvrirez Raymond Federman himself et Stéphane Rouzé son adaptateur et traducteur lire À la queue leu leu, le récit désopilant que publie ces jours-ci mon éditrice préférée (éditions Cadex) et néanmoins compagne. Vous pouvez aussi aller jeter un coup d’œil au livre en question grâce à ce petit pdf qu’elle propose sur son site. Pour être complet sur Federman, signalons la récente parution de Chut aux éditions Laureli/ Léo Scheer.
Afin de poursuivre ma publicité éhontée des éditions Cadex, je vous livre également cette autre vidéo tournée chez l’écrivain René Pons.

Blandine Longre, sur son blog, signale la naissance du « Prix de l’inaperçu » qui a son site internet, son forum et dont les animateurs ne manquent ni de bon sens ni d’humour. Suffit de lire la présentation des jurés de la cuvée 2008. Juste une critique : les livres sélectionnés pour recevoir ce prix, selon le règlement, ne devront pas avoir eu plus de trois recensements critiques. C’est louable, mais voilà : si nous au Matricule on souhaiterait qu’un livre qu’on aime obtienne ce prix, appelé à devenir prestigieux, faudra-t-il donc qu’on n’en parle pas ? Bon, j’imagine encore qu’il peut arriver qu’on soit les seuls à parler de tel ou tel titre dans la presse française (qui va vraiment mal en ce moment).

Pierre Autin-Grenier, en bon Lyonnais de La Croix-Rousse nous a signalé quelqueslmda42 exactions commises par la police autour de la venue de Sarkozy dans la Vienne. L’info émane de Libé Lyon qui agrémente son article de photos quand même un peu compromettantes (les commentaires d’ailleurs sont au poil). Est-ce sous le coup de ces dérives sarkozyennes (ça semble un pléonasme) que l’auteur de Friterie-Bar Brunetti a écrit ce texte qu’il nous a proposé ?

• Enfin, pour tenir mes promesses, je poursuis la recension des bibliothèques idéales (ou du jour) que les auteurs invités à la dernière fête du livre de Bron ont proposées. Un bon moyen d’anticiper l’univers d’un auteur tout en donnant quelques pistes de lectures…
Dans la bibliothèque de Nathacha Appanah
© C. Hélie /Gallimard Écrivain mauricienne auteur de Les Rochers de poudre d’or (Gallimard 2003) et La Noce d’Anna (Gallimard 2005). Elle a obtenu le prix des libraires Fnac 2007 pour Le Dernier Frère (L’Olivier).

L’Étranger Albert Camus (Gallimard)
Le Malentendu Albert Camus (Gallimard)
Vingt poèmes d’amour, une chanson désespérée Pablo Neruda (Gallimard)
La Mort est mon métier Robert Merle (Gallimard)
Michael K, sa vie , son temps John Michael Coetzee (Seuil)
Le Dernier des justes André Schwarz-Bart (Seuil)
Le Dieu des petits riens Arundhati Roy (Gallimard)
Maria avec ou sans rien Joan Didion (Robert Laffont)
L’Année de la pensée magique Joan Didion (Grasset)
Le Complot contre l’Amérique Philip Roth (Gallimard)
Pluie et vent sur Télumée Miracle Simone Schwarz-Bart (Seuil)
Le Fantôme d’Anil Michael Ondaatje (Seuil)

9 mai 2008

P’tite réflexion hebdomadaire

Classé dans : Les articles — Tags: — Thierry Guichard @ 16:23

(Peux pas faire mieux)

Ceux qui lisent régulièrement Le Matricule des Anges savent que le rapport que les médias entretiennent avec le langage est un des leitmotive de mes éditoriaux. Il me semble que c’est là, au moins, que se légitime la littérature.
Je donne un exemple : à propos du Liban qui semble revenir à la guerre civile, j’entends plusieurs fois l’expression : « l’armée libanaise est fragilisée ». Qu’est-ce qu’un auditeur, un téléspectateur voient à partir de cette expression reprise ici ou là comme si elle suffisait à évoquer le réel ? À mon avis : pas grand-chose. Des soldats démunis ? Des régiments sous-équipés ? Un chef d’état-major sans directive ? Tout cela reste assez abstrait, ne dit rien de ce qui est vécu à Beyrouth. On sait que l’armé libanaise est constituée des différentes composantes du pays dont, précisément, celles qui s’affrontent. Ça signifie que des soldats ne voudront pas obéir à certains ordres, que d’autres peut-être constitueront comme une menace pour leurs camarades ? Voici des hommes, armés, entraînés, qui vivent ensemble et qui peuvent assez rapidement devenir les ennemis les uns des autres. Suspicion, peur, haine, violence… Qu’est-ce qu’on éprouve quand, soldat, on se voit donner l’ordre d’intervenir contre sa propre famille ? N’y a-t-il pas, dans telle ou telle garnison, des rumeurs qui circulent contre tel ou tel sous-officier ou troupier ? Je ne sais rien de tout ça. Les médias n’en disent rien. Juste : « l’armée libanaise est fragilisée ». Des mots qui ne témoignent d’aucune expérience, d’aucun acte même. Des mots qui nous tiennent à l’extérieur de ce dont ils sont censés parler.
Il me semble que seul un art narratif peut approcher d’une telle réalité. Un art qui ne couvre pas les faits sous des mots tout entiers cimentés entre eux. La littérature donc, le cinéma peut-être.
Ce qu’on défend au Matricule, c’est justement une littérature qui tente de rendre compte d’une expérience. Elle peut-être infime ou grandiose : c’est la manière avec laquelle le lecteur peut la partager qui compte le plus.
Et ceux qui ont donc lu Platte River de Rick Bass savent de quoi je veux parler…
La littérature cependant ne s’attache pas seulement à dire des événements, un réel. Elle n’a pas tant de frontières. Elle peut tout. Je lis actuellement un petit livre d’Alain Roussel La Vie privée des mots (La Différence) où l’écrivain, à partir de mots qu’il aime et qui sont très simples, se laissent entraîner dans des microfictions burlesques, des proses joueuses, tout un lacis de transports amoureux. Qu’elle dise le réel ou qu’elle s’en éloigne, la littérature nous est nécessaire pour être, davantage, au monde. Et pas seulement épingler à l’heure du dîner quelques mots morts pour dire notre époque.

2 mai 2008

Reprise des hostilités

Classé dans : Les articles — Tags:, , , — Thierry Guichard @ 9:50

J’avais laissé ce blog au point mort depuis pas mal de temps pour raisons multiples (trop de travail sur le Matricule, les débats qu’on m’a demandé d’animer ici (Paris) ou là (Grenoble), un désir d’écrire d’autant plus émoussé que le blog est bombardé de spams, une forme de lassitude sur ce qui serait à dire, qu’on a dit et répété en vain forcément).
Mais vu que je m’étais lancé dans quelques opérations de longue haleine (la bibliothèque idéale des auteurs invités à la fête du livre de Bron, dont vous trouverez ici les premiers titres ou la mission “il faut faire de Rick Bass l’écrivain américain le plus lu de France”), je voudrais reprendre aujourd’hui l’écriture du blog… en croisant les doigts pour ne devoir pas l’interrompre après-demain.
La printemps étant synonyme de renaissance, je voudrais en profiter pour vous solliciter au sujet du Matricule des Anges. Nous envisageons en effet de travailler cet été (on est un peu taré quand même) à une nouvelle présentation du magazine. Votre avis sur les rubriques que vous aimez et celles dont vous vous passeriez bien nous intéresse. Donc faites-nous vos critiques et vos propositions de nouvelles rubriques en réagissant ci-dessous.

Pour illustrer la lassitude face à l’actualité littéraire telle qu’elle nous est donnée ces jours-ci, voyez les titres de Livres Hebdo. L’hebdomadaire des professionnels nous annonce que :

le prochain livre de Christine Angot (qui passe au Seuil - ce dont on se doutait après l’avoir vue en grande discussion complice avec Bernard Comment, éditeur au Seuil, lors du festival (épatant) Ecrivains en bord de mer à La Baule) évoquera sa relation avec Doc Gynéco…

Marc Lévy sort un nouveau livre dont sa sœur a déjà tourné l’adaptation cinématographique… (Marc Lévy a même droit à une interview)

la mère de Houellebecq sort son autobiographie où elle ne serait pas tendre avec son fils (qu’est-ce qu’on s’en fout !)

Guillaume Musso vient de détrôner Anna Gavalda au top 20 des meilleures ventes…

Après ça, soit vous vous ouvrez une bonne bouteille que vous buvez entièrement à l’ombre d’un arbre, soit vous allez déterrer quelques pavés puisqu’on est en mai, soit vous êtes bon pour la dépression…
Je vais opter pour les deux premières solutions.

29 février 2008

Retard saisonnier

Classé dans : Les articles — Thierry Guichard @ 9:19

Même en année bissextile, le mois de février est le plus court de l’année. C’est une des raisons pour lesquelles, chaque année, le numéro du Matricule de mars a quelque retard… Cette année, en plus, une panne chez l’imprimeur n’a pas arrangé les choses. Les abonnés recevront donc leur mensuel préféré mardi 4 mars, si tout va bien du côté de La Poste. Vous y découvrirez un dossier consacré à l’écrivain tchadien en exil en France, Nimrod qui publie simultanément un très très beau roman, Le Bal des princes suit à son Les Jambes d’Alice, un essai La Nouvelle Chose française et un livre pour la jeunesse, Rosa Parks.
Côté actualités éditoriales, quelques parutions assez savoureuses (en lecture en ce moment, L’Ombre de la chute du tandem Mark Henshaw et John Clanchy qui poursuit les aventures du détective, le lieutenant Solomon Glass : un peu convenu mais très agréable). Sur la pile des livres à lire, entre autres, le nouveau Murakami, une bio de Bukowski, le dernier Montalbetti et deux César Aira.

Je reçois toujours des courriels ou des messages de personnes qui ont lu Rick Bass et s’en félicitent : tant mieux. On nous annonce la présence de l’Américain du côté de Nantes dans le courant du mois. À suivre, donc et pour ceux qui ne l’ont pas encore fait : lisez Platte River de Rick Bass !

14 février 2008

La bibliothèque idéale de Bron

Classé dans : Bibliothèques idéales, Les articles — Thierry Guichard @ 10:01

Le week-end dernier, donc, le Matricule des Anges était à la fête du Livre de Bron , près de Lyon. Le travail réalisé par l’équipe de Colette Gruas (directrice du projet) et Brigitte Giraud (chargée de la programmation) est exemplaire de ce que devrait être une fête du livre. Alors que certains se contentent d’aligner des auteurs plus ou moins médiatiques à la queue leu leu comme bœufs en foire, que d’autres ne jurent que par les vedettes parisiennes ou internationââles agglutinées autour de cocktail et convoquées pour de pseudo débats, La Fête du Livre de Bron réussit un mélange étonnant. Sur l’ère de l’hippodrome de Parilly, on trouvera de tout : un chapiteau consacré aux livres jeunesse, un Magic Miror où danser le samedi soir (et boire aussi), une immense librairie, un funambule sur deux roues, et même un troc de livres… La fête, du coup, est populaire. Mais le grand bâtiment face à l’hippodrome accueille surtout des débats de très grande qualité (et je ne dis pas ça pour la vingtaine qu’a animé le duo du Matricule : Benoît Legemble et bibi). Regards croisés, par exemple, de Natacha Appanah, Bernard Collet et Minh Tran Huy sur le pays perdu, conversations entre Thierry Beinstingel, Charly Delwart et Joël Egloff sur les identités virtuelles, Dialogue ennivrant entre Nicole Caligaris et le philosophe Nicolas Grimaldi (suivi par une foule de passionnés), la liste est longue des rencontres et débats qui ont animé les trois jours de la fête. Face à la librairie (constituée par plusieurs libraires de la région), les organisateurs avaient installé un Salon de lecture où une vingtaine d’auteurs sont venus parler de leurs livres préférés du moment. Pour l’occasion, un petit livret était offert comportant les choix de 37 écrivains. L’occasion est bonne : je vais vous proposer, au fil des jours, les 37 bibliothèques idéales auxquelles vous pourrez rajouter la vôtre.
Commençons, par ordre alphabétique par :

La Bibliothèque de Roberto Alajmo
écrivain sicilien auteur de Un cœur de mère et Fils de personne (Rivages 2005 et 2007)

L’Adversaire d’Emmanuel Carrère (P.O.L et Folio)
L’Étranger d’Albert Camus (Folio)
Le Conseil d’Égypte de Leonardo Sciascia (Folio)
Le Guépard  de Giuseppe Tomasi di Lampedusa (Seuil)
L’ïle au trésor de Robert Louis Stevenson (Folio)
Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert (Livre de poche)
De sang-froid de Truman Capote (Folio)
Bartleby le scribe d’Herman Melville (Folio)

28 janvier 2008

Quand Amazon se torche avec Lang…

Classé dans : Les articles, Politique et littérature — Thierry Guichard @ 11:04

Difficile d’alimenter ce blog autant que je le souhaiterais. Ces derniers jours ont été chargés, entre un bouclage du numéro 90 du Matricule (Jacques Roubaud en Une, dossier réalisé par Lucie Clair), un tournage de film avec Raymond Federman, la préparation de la rencontre à Uzès avec François Salvaing, et une escapade à Bruxelles pour faire un reportage sur les éditions Les Carnets du dessert de lune.
Une semaine marquée aussi par les disputes autour du port gratuit proposé en toute illégalité par Amazon. Condamné par la justice l’épicier américain fait appel à ses clients pour qu’ils le soutiennent dans cette tentative de passer outre la loi Lang. Le plus affligeant, sûrement, c’est que les clients d’Amazon sont nombreux à signer le truc. Réaction vive de Lekti, lettre publique de Christian Thorel directeur de la librairie Ombres Blanches à Toulouse qui lui en appelle aux éditeurs. Mon éditrice aime bien ce côté « solidaire» d’un libraire auquel il lui est impossible de vendre ses livres. (Un client est venu à Ombres Blanches demander Un Cri, on lui a dit que c’était épuisé. Mon éditrice préférée a appelé la libraire. Qui a dit que c’était une erreur, le même client est donc revenu, la même libraire lui a dit à nouveau que ce livre n’existait pas). Je viens de jeter un œil sur la base de données des éditions Cadex : en 2007, Ombres Blanches, le-libraire-militant-de-la-littérature a vendu… 3 livres des éditions Cadex — deux titres de James Sacré que la librairie recevait en novembre — (malgré la parution d’un Autin-Grenier, d’un Dominique Fabre, d’un François Salvaing, d’un Éric Faye, d’un James Sacré, d’un Jean-Pierre Chambon, d’une Evelyne Morin… autant de nouveautés qui ont valu coups de fil, fax et mails de présentation des livres et se sont ajoutés aux 160 titres du catalogue). Malgré ça, on ne peut qu’être de l’avis de Christian Thorel : il faut faire respecter la loi Lang. On comprend alors la réaction de François Bon, d’accord sur le principe mais peu désireux de signer la lettre du libraire. On s’agite beaucoup aussi autour des livres électroniques, mais il me semble que la menace ne touche pas tant aux moyens de diffusion de la littérature qu’à l’acculturation de nos sociétés. Renaud Camus qui nous a donné un bel entretien dans le Matricule de février le dit assez bien. Cent nouvelles librairies s’ouvriraient, je ne suis pas sûr qu’on vendrait plus de littérature. Plus de livres, oui, mais plus de littérature ?
Cette acculturation fait le bonheur de notre petit président. Petit Nicolas 1er auquel l’écrivain et poétesse Sylvie Gouttebaron a adressé une lettre impeccable. Qui vient donc justement nourrir notre rubrique « le monde ne méritait pas ça ».

Bon, promis : je vous parle de ce film (que je suis en train de monter) avec Federman… Mais un peu plus tard.
D’ici là, bonnes lectures!

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